L'hospitalisation psychiatrique est devenue une véritable porte tournante pour de nombreuses personnes souffrant de maladie mentale. La toxicomanie et le refus de prendre des médicaments sont souvent la cause de ce phénomène.

Loin de la petite déprime

Dépressions sévères, anxiété, syndrome post-traumatique, troubles psychotiques. Les cas de maladie mentale sont en hausse, dans la région comme ailleurs. Les intervenants en psychiatrie sont confrontés à des pathologies de plus en plus lourdes et à des patients qui n'hésitent pas à mélanger médicaments et alcool ou à s'automédiquer avec un cocktail de stupéfiants.
Le mariage entre maladie mentale et consommation fournit des résultats explosifs. Les patients se désorganisent et la charge émotionnelle sur le personnel s'alourdit.
Ce constat empreint de lucidité est celui du Dr Rupert Lessard, psychiatre et co-gestionnaire médical du programme Santé mentale au CSSS de Chicoutimi. Le spécialiste n'utilise pas la langue de bois pour dresser le portrait d'une réalité qui a beaucoup évolué au fil des ans. Il croit que la disparition du cadre social et familial traditionnel a contribué à l'émergence de certains troubles de comportement. Il est aussi d'avis que les campagnes de sensibilisation visant à démystifier la maladie mentale ont engendré une explosion du nombre de consultations.
« On ne voit plus de petites "déprimettes". Les gens nous disent : "c'est mon problème, mais c'est ton problème de le régler". La surcharge est énorme sur le personnel. Au plan émotif, ils sont rentrés dedans », exprime le médecin.
Son collègue spécialiste Michel Saint-Hilaire croit que la consommation de drogues est devenue la bête noire de la psychiatrie.
« Un patient sur trois en santé mentale a déjà pris du cannabis et des drogues dures. Les statistiques démontrent qu'environ 40 pour cent des personnes qui ont reçu un diagnostic de schizophrénie ont déjà consommé. C'est un facteur de risque de plus qui ralentit considérablement le rétablissement. La toxicomanie devient une seconde vulnérabilité », signale-t-il.
Si la psychiatrie comporte de nombreuses histoires à succès, la difficulté d'accepter un diagnostic et la consommation de stupéfiants représentent les deux principales causes d'échec.
Désinstitutionnalisation
Le sujet de la « désins » ne tarde pas à faire surface lorsqu'il est question de santé mentale. Depuis la fermeture du pavillon Rolland-Saucier il y a quelques années, toutes les unités d'hospitalisation en soins psychiatriques sont regroupées entre les murs de l'hôpital de Chicoutimi, ce qui a contribué à faire tomber des tabous. De plus, des ressources d'hébergement ont été mises en place à l'externe, lesquelles fournissent un milieu de vie aux patients selon le type d'encadrement requis. Des équipes multidisciplinaires réalisent aussi des suivis dans la communauté. Tous ces mécanismes permettent à des personnes possédant un diagnostic de santé mentale de vivre dans un environnement qui s'apparente davantage à leur milieu naturel.
Cela dit, de nombreux intervenants avec qui nous avons échangé dans le cadre de ce dossier nous ont signifié que le contexte de restriction budgétaire en santé fait en sorte que les ressources en hébergement sont insuffisantes.
« Il y a des personnes qui devraient se trouver en institution, mais il n'y a pas assez de ressources. C'est ça le bobo. On voit souvent des sans-abri de Montréal qui meurent gelés. Il y a 20 ans, il n'y en avait pas au Saguenay. Là, il y en a », constate Rupert Lessard.