Une femme porte le niqab dans les rues de Montréal

Loi 62 : le «gros bon sens» qui s’applique, résume Vallée

Visiblement lasse de répondre à des questions précises sur la loi 62, la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, a résumé le débat en une seule phrase : «c’est le gros bon sens» qui s’applique.

Afin de mettre le couvercle sur la marmite des critiques et des spéculations entourant le texte législatif sur la neutralité religieuse adopté la semaine dernière, la ministre Vallée a rendu publiques mardi ses règles d’application. 

Mais ce «guide» n’a pas semblé être suffisant puisque mercredi, Mme Vallée et sa collègue à l’Éducation supérieure, Hélène David, n’étaient pas au diapason quant à l’application de la loi dans les universités. 

Cette dernière a laissé entendre au cours de la matinée que les étudiantes pourraient conserver leur voile pendant la durée d’un cours, surtout lorsque ceux-ci sont donnés dans de grandes classes. Elle a cependant expliqué qu’à l’inverse, il lui apparaissait clair qu’une étudiante devait s’identifier avant la tenue d’un examen ou lorsqu’elle fait un emprunt à la bibliothèque en découvrant son visage. 

Mme David a également plaidé que la question était «complexe» et qu’il fallait dialoguer avec les différentes institutions à ce sujet. 

Quelques heures plus tard, la ministre de la Justice a donné un son de cloche complètement différent. «Dans une salle de classe, l’intitulé du projet de loi est à l’effet que la prestation de service par l’enseignant et la réception de service est à visage découvert», a-t-elle soutenu, tout en réfutant l’idée que les deux élues aient tenu des discours opposés à 24 heures d’intervalle. 

«Ne cherchez pas la bisbille»

«Il ne faut pas chercher la puce, les petits pépins, les petits problèmes. Je pense que ma collègue a bien compris l’esprit de la loi et ne cherchez pas la bisbille», a lancé la ministre Vallée aux journalistes. 

Elle s’est ensuite employée à expliquer qu’il faudrait effectivement discuter avec les établissements, mais pour la question de la mise en œuvre des lignes directrices sur les accommodements possibles tout comme le gouvernement le fera avec les municipalités. 

«Il faut simplement prendre un pas derrière et s’assurer d’une application qui reflétera le gros bon sens, parce que c’est du gros bon sens dont il est question», a laissé tomber Stéphanie Vallée. 

La ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David

La loi s’applique aux municipalités

Le premier ministre avait tenu des propos semblables plus tôt dans la journée, lorsqu’il a été questionné sur l’applicabilité de la loi 62 aux municipalités alors que certaines, comme Montréal, la contestent. Philippe Couillard, tout comme Hélène David, a néanmoins reconnu que l’objectif de «communication de qualité» de celle-ci était plus difficile à définir que ceux de «sécurité» et d’«identification». 

«La loi s’applique [aux villes], elle va s’appliquer, elle n’est pas compliquée et je pense qu’ensemble on peut l’appliquer correctement», a dit le chef du gouvernement pour dissiper tout doute à ce sujet soulevé par le chef de l’Opposition officielle, Jean-François Lisée. 

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LE PQ VEUT UNE LOI PLUS MUSCLÉE

Le chef de l’Opposition officielle, Jean-François Lisée

Le Parti québécois (PQ) souhaite présenter d’ici Noël un projet de loi «sur le visage découvert» qui a plus de mordant que celle sur la neutralité religieuse adoptée la semaine dernière par Québec. 

Le chef de l’Opposition officielle, Jean-François Lisée, désire pallier ce qu’il considère être des faiblesses de la loi 62. Il veut présenter, avant le congé des Fêtes, un projet de loi «solide» où il n’y a pas de recours possibles aux tribunaux, parce que la clause dérogatoire pourrait être appliquée. La charte québécoise serait également amendée dans le même but. 

Cette législation, qui porterait sur la «laïcité» et non «les valeurs», a répété M. Lisée, pourrait interdire aux Québécois le droit de circuler dans l’espace public à visage couvert. Mais ce serait à un comité d’experts de formuler des recommandations à ce sujet.

Le premier ministre, Philippe Couillard, a accusé son adversaire à la période des questions de vouloir «refaire le coup de la Charte [des valeurs]» et de vouloir «tout interdire» dans l’espace public.

Cette volonté du PQ d’aller plus loin a été formulée à maintes reprises dans le passé, notamment après la manifestation organisée par la Meute qui a eu lieu à la fin août à Québec. 

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TRUDEAU NE PARLE PLUS DU RESPECT DE QUÉBEC À LÉGIFÉRER

Justin Trudeau semble plus déterminé que jamais à contester devant les tribunaux la loi québécoise sur la neutralité religieuse.

OTTAWA — Justin Trudeau semble plus déterminé que jamais à contester devant les tribunaux la loi québécoise sur la neutralité religieuse. Mais il risque de trouver sur son chemin de la résistance issue de ses propres rangs.

À son arrivée au parlement mercredi matin, le premier ministre a commenté la sortie de la ministre québécoise de la Justice, la veille.

Mardi matin, Stéphanie Vallée a donné les détails de l’application de la loi adoptée la semaine dernière par l’Assemblée nationale.

«Vous appelez ça des clarifications?» a lâché le premier ministre Trudeau, alors qu’il arrivait à la réunion de son caucus accompagné du nouvel élu dans Lac-Saint-Jean, Richard Hébert.

«Nous, on va faire nos devoirs, ici à Ottawa», a-t-il déclaré, avant d’enchaîner qu’il fallait trouver les moyens de protéger les minorités et, particulièrement, les femmes musulmanes.

«Comment on s’assure que des femmes qui portent le voile ne se font pas harceler dans la rue avec ce nouveau projet de loi et ce nouveau vent qui court?» a-t-il dit, laissant ainsi entendre que ce harcèlement serait encouragé par la loi 62.

À aucun moment le premier ministre n’a dit qu’Ottawa devait respecter le droit de Québec de faire ses propres lois, discours qu’il tenait encore la semaine dernière et que sa ministre Mélanie Joly répétait mardi après la sortie de Mme Vallée.

M. Trudeau a plutôt conclu qu’il examinait avec attention «les outils» dont il dispose dans cette situation. Il a tourné les talons lorsqu’on lui a demandé de préciser ses options.

«Que M. Trudeau ne partage pas notre opinion, c’est son droit. Il a le droit d’avoir une opinion sur la loi», a déclaré la ministre québécoise Stéphanie Vallée.

Libéraux fédéraux divisés

Si Justin Trudeau ne fait plus mention du droit de Québec de légiférer dans ce dossier, il en est tout autrement de certains de ses ministres québécois.

Ainsi, Marc Garneau et Jean-Yves Duclos étaient on ne peut plus clairs, cette semaine : Ottawa n’a pas à s’en mêler.

À la sortie de la réunion du caucus libéral mercredi après-midi, le député libéral Nicola Di Iorio exprimait lui aussi sa dissidence. La Presse canadienne