Annie Lavoie pointe que le médicament Ibrance a donné des résultats inespérés. Après trois mois de traitement, 95 pour cent de ses métastases avaient disparu.

L'ode à la vie d'Annie

Chaque matin, Annie Lavoie ouvre les yeux et se dit : « Aujourd’hui, je suis vivante ». En l’espace de six ans, la femme de 47 ans a reçu un diagnostic de cancer et a été confrontée à une récidive. L’annonce du retour de la maladie, encaissée avec consternation en novembre 2016, lui a donné peu d’espoir de guérison.

 Dix-huit mois plus tard, l’état de santé de la Baieriveraine a toutefois pris un virage à 180 degrés. Grâce à un nouveau médicament, elle peut maintenant étreindre son conjoint et ses enfants et leur susurrer des mots doux à l’oreille. Des mots qui traitent de voyages, de projets. Des mots d’avenir, des mots de vie. 

En mai 2012, Annie Lavoie, contrôleuse financière chez Tourisme Saguenay-Lac-Saint-Jean, vivait sous le signe de l’épanouissement avec son conjoint, Sébastien Thibeault, et leurs deux filles, Éliane, 8 ans, et Justine, 4 ans. L’annonce de la maladie lui a été servie avec la force d’une gifle. Un cancer du sein, invasif, se répandait en elle sans aucune pitié. 

« Je me sens seule face à cet intrus qui me gruge de l’intérieur. Pourtant, il y a bien mes filles, encore très jeunes à cette époque, mon conjoint, ma famille, mes collègues et amis qui se succèdent pour me réconforter et me souhaiter la meilleure des chances. Je leur en serai d’ailleurs éternellement reconnaissante, car, sans eux pour me soutenir, je ne crois pas que je serais encore là aujourd’hui », raconte Annie, a posteriori, dans un témoignage qu’elle a couché sur papier en vue de la prochaine édition du Relais pour la vie. 

Elle participera à l’activité de financement au profit de la Société canadienne du cancer avec son amoureux et sa progéniture le 1er juin à Chicoutimi. 

À l’été de 2012, Annie Lavoie a subi l’ablation des deux seins. Des traitements de chimiothérapie et de radiothérapie ont suivi, assortis de tous les effets ravageurs qui font leur renommée. Elle en est sortie affaiblie et amaigrie, sans cheveux et habitée d’une grande solitude.

« La pire période de cette guerre se déploie ensuite à travers 20 semaines de chimiothérapie. À trois occasions, on a dû m’hospitaliser, et je me rappelle de cette fois où le médecin m’a regardée droit dans les yeux pour me dire : ‘‘Tu as seulement une chance sur deux de t’en sortir’’. Seule une personne ayant été dans cet état peut connaître le sentiment qui nous habite à ce moment-là. J’aurais voulu sortir de mon corps tellement je me sentais mal », témoigne-t-elle.

En mars 2013, Annie Lavoie avait retrouvé son erre d’aller. Lors d’une entrevue réalisée à sa résidence de La Baie la semaine dernière, elle est revenue sur ce puissant désir de vivre et cette envie de moments entre amis, de bon vin et de sorties. L’arrivée de l’automne a marqué le retour au travail de la comptable, sur une base progressive. 

« À ce moment, la vie reprend tranquillement son cours. L’énergie revient, les cheveux poussent. Je me sens revivre enfin. Tout devient possible. Je veux tout voir, tout faire, tout donner. Je m’absorbe dans ce que la vie a de plus beau », narre Annie Lavoie, dont les yeux bleus ciselés de gris scintillent quand le soleil ricoche sur eux. 

Récidive

Quatre ans après la fin des traitements, un coup violent et pernicieux est servi à Annie. 

« Le monde s’arrête à nouveau de tourner pour moi. La récidive est présente dans mon utérus. La valse des rendez-vous repart, opération et autres. En janvier 2017, l’oncologue m’apprend que plusieurs organes et os sont atteints. Ils ne peuvent malheureusement pas me guérir, et cette fois, il y a une échéance, une date de fin », poursuit la mère de famille, qui a subi une hystérectomie complète et l’ablation de moult nodules cancéreux au foie, aux intestins, au côlon et dans le liquide abdominal en décembre 2016. 

Cette fois, Annie Lavoie et Sébastien Thibeault choisissent de ne pas en parler à leurs filles. Quatre ans plus tôt, l’état de santé d’Annie avait provoqué l’onde de choc chez la petite Justine. Éliane, atteinte de quadriparésie spastique d’origine médullaire, se déplace en fauteuil roulant.« Elle menait déjà son propre combat », met en relief la maman.

En dépit de la fougue de cette bête sanguinaire qu’est le cancer, Annie Lavoie n’éprouvait alors aucune douleur et ne se sentait pas malade, ce qui lui a permis de maintenir une certaine opacité sur sa condition à la maison.

Annie Lavoie pointe que le médicament Ibrance a donné des résultats inespérés. Après trois mois de traitement, 95 pour cent de ses métastases avaient disparu.

Une molécule d'espoir

Annie Lavoie n’était pas prête à baisser les bras. Une nouvelle molécule, Ibrance, venait de recevoir le sceau d’approbation de Santé Canada. Aux prises avec la récidive d’un cancer multimétastatique et hormonodépendant, elle répondait à tous les critères d’admissibilité.

« Je serais la première à prendre ce médicament dans la région. Il correspond exactement à mon type de cancer. On dirait un signe. Peut-être pourra-t-il ralentir la progression de la maladie ? Le pronostic est de un ou deux ans, tout au plus », a-t-elle exprimé dans une lettre touchante intitulée Ma lutte contre le cancer.

Il fallait trouver la juste dose du médicament pour Annie Lavoie, qui a subi des effets secondaires avant de se soumettre à quelques ajustements. Elle s’est vite sentie encouragée par les recherches menées sur Internet avec son conjoint, lesquelles témoignaient des effets probants d’Ibrance au sein de groupes tests.

« Il y avait des gens à qui on donnait 10 à 12 mois au départ. Avec la molécule, ils doublaient leur durée de survie », note celle qui a commencé à prendre Ibrance à la fin février 2017. À 8000 $ par mois, les coûts sont pharaoniques. La compagnie d’assurances de Sébastien Thibeault a accepté de payer 80 pour cent de la note. Le reste a été assumé un temps par le couple, qui a plus tard reçu l’appui de la Fondation Victoire. C’est l’organisme caritatif qui défraie la différence de 1500 $.

Annie Lavoie était très fébrile dans l’attente de son premier examen, trois mois après le début du traitement. 

« Contre toute attente, le 2 juin 2017, le scan a révélé que 95 pour cent des métastases étaient disparues. La maladie n’a pas seulement stoppé sa progression, elle est disparue en quasi-totalité. La surprise a été complète, autant pour moi et mon entourage que pour l’équipe médicale », décrit Annie Lavoie.

La dame n’a jamais cessé de prendre le médicament depuis, et le protocole est périodiquement reconduit. Sur les trois métastases qui demeuraient avant ses examens de janvier dernier, deux ont diminué de moitié. 

« Je n’ai plus d’organes atteints. C’est miraculeux et c’est inespéré. C’est exactement pour ça qu’on fait le Relais pour la vie. C’est grâce à la recherche que je peux aujourd’hui bénéficier d’un nouveau souffle et regarder la vie avec une attitude positive. Sans la recherche, mon histoire aurait connu un dénouement différent. Aujourd’hui, c’est reparti : les projets, les voyages, le travail, la vie », lance Annie Lavoie, ce même regard bleuté rendu pétillant non seulement par la volonté d’exister, mais par celle de vibrer. 

Sébastien Thibeault, qui a soutenu sa douce tout au long de cette éprouvante aventure, affiche lui aussi un regard résolu.

« Je me suis senti comme le capitaine d’un bateau en pleine tempête. Je n’avais pas le contrôle sur où on s’en allait, alors je n’essayais pas de retenir le gouvernail », image celui qui n’a jamais perdu espoir.

Justine, 10 ans, élève de quatrième année au pavillon Au Millénaire de La Baie, regarde sa mère et s’adresse à elle dans un espagnol sans faille pour lui dire qu’elle a très hâte au Relais pour la vie. 

Sa soeur, Éliane, première de classe à l’école secondaire des Grandes-Marées, artiste, amoureuse des chevaux et passionnée des religions du monde, s’est lancée dans la fabrication de sous-verre pour amasser des fonds au profit de l’événement. 

Éliane a elle aussi surmonté son lot de difficultés et a dû subir une opération pressante en septembre dernier. Après avoir passé trois mois dans un corset, elle est enfin libérée du carcan dont elle se sentait prisonnière. Cela au moment même où sa maman se permet elle aussi d’émerger du cocon de l’incertitude, à tire-d’aile, tout son petit monde avec elle. 

Annie Lavoie et son conjoint Sébastien Thibeault prendront part au Relais pour la vie à Chicoutimi le 1er juin en compagnie de leurs filles Éliane (à gauche sur la photo) et Justine. Pour la survivante du cancer, il s’agit d’un événement important puisque les sommes amassées par la Société canacienne du cancer sont utilisées pour la recherche.