La Ninjateuse Martine Bergeron, de Jonquière, a livré un cadeau à une autre membre, jeudi soir.
La Ninjateuse Martine Bergeron, de Jonquière, a livré un cadeau à une autre membre, jeudi soir.

Livraison secrète de cadeaux, d'une femme à l'autre

Myriam Arsenault
Myriam Arsenault
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
Vous les avez peut-être aperçues. Déguisées ou non, elles sont plus de 3000 femmes à faire partie du groupe Ninjateuse Saguenay-Lac-St-Jean. Elles arpentent les rues des différentes villes de la région avec une seule idée en tête : faire plaisir à d’autres en leur offrant un cadeau sans se faire voir. Depuis août, environ 2500 cadeaux ont été donnés.

Le principe de « ninjater » a commencé en Alberta et au Manitoba, au printemps dernier, durant la première vague de la pandémie de COVID-19. Petit à petit, le mouvement a commencé à gagner plusieurs régions du Québec, dont le Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Sans le savoir, deux groupes Facebook ont été créés au mois d’août, à quelques jours d’intervalle, pour regrouper les adeptes de ce mouvement. Au moment d’écrire ces lignes, Ninjateuse Saguenay-Lac-St-Jean compte près de 3000 membres, tandis que le groupe Les ninjateuses du Sag-Lac en regroupe plus de 1500. Certaines personnes sont membres des deux groupes.

Le Progrès s’est entretenu avec Sabrina Tremblay, administratrice du groupe Ninjateuse Saguenay-Lac-St-Jean, pour mieux comprendre le fonctionnement de cette initiative. Mme Tremblay a rejoint la page à ses débuts et a rapidement proposé son aide pour la gestion et l’encadrement du groupe.

« Le but du groupe est simple : c’est de répandre du bonheur. Aussi, nous voulons toujours que la roue continue. Si tu te fais “ninjater”, c’est-à-dire que tu reçois un cadeau, tu dois redonner au moins une fois », explique l’administratrice, dans un entretien téléphonique.

Depuis la création du groupe, elle estime le nombre de cadeaux donnés entre 2500 et 3000.

Quand une participante veut offrir du bonheur, elle doit écrire sur le groupe un message pour en aviser les membres et indiquer le secteur dans lequel elle se rendra. Toutes les membres de ce secteur sont invitées à y indiquer leur adresse. La personne qui donne un cadeau en choisit une autre, ou plusieurs. Elle se rend chez les élues en cachette et y laisse le cadeau de son choix.

Au début, les personnes devaient se déguiser en ninjas pour aller porter les cadeaux, mais les règles sont maintenant plus simples. D’ailleurs, depuis que la région est en zone rouge, l’envoi de cadeaux par la poste est de plus en plus populaire, mais pas obligatoire. Les membres sont invitées à prendre une pause, à continuer normalement leur livraison de colis ou à utiliser la poste, selon ce qu’elles sont à l’aise de faire.

Le groupe est réservé aux femmes. Chaque membre choisit ce qu’elle donne en cadeau. « Chacune y va avec son budget. Il n’y a pas de montant minimum. Le but est simplement d’offrir un sourire. Le contenu des cadeaux est extrêmement varié », continue Mme Tremblay.

Un coup d’oeil sur les plus récentes publications du groupe permet de voir que la diversité des cadeaux est étonnante. On retrouve des chandelles, des bas de laine, des messages personnalisés, des produits pour le corps, des bons d’achat et bien plus.

Le cadeau a été soigneusement déposé devant la maison d’une membre, sans que Monia Bouchard se fasse voir.

Des femmes de tous les âges et des quatre coins du Saguenay–Lac-Saint-Jean participent activement au groupe. Pour Mme Tremblay, cette initiative apporte de nombreux bienfaits, ce qui explique pourquoi le nombre de membres a explosé en si peu de temps.

« La pandémie y est pour quelque chose. Ça nous fait tellement du bien de recevoir de quelqu’un qu’on ne connaît pas, de savoir que cette personne a pris le temps de confectionner un petit quelque chose, de le préparer et de nous le livrer », se réjouit-elle.

Il n’y a pas seulement du plaisir à recevoir ; il y en a à donner. « De l’autre côté, quand tu donnes, c’est l’fun aussi. Tu tasses tes problèmes de côté pour cette journée et tu fais plaisir à quelqu’un. On a besoin de se changer les idées et de se rappeler que le monde peut être beau », continue l’administratrice.

Le groupe permet également aux femmes de tisser des liens entre elles et de connaître de nouvelles personnes qui ont des réalités similaires, dans un contexte où il est présentement très difficile de le faire. Par exemple, Mme Tremblay est devenue amie avec des membres particulièrement actives et est très proche de toute l’équipe d’administratrices.

Elle note d’ailleurs l’importance du travail d’équipe entre les administratrices, qui maintiennent et font connaître les règles du groupe, sans quoi il ne serait pas possible de tenir l’activité. Pour recevoir un cadeau, la personne s’engage à redonner. Les administratrices ont donc comme rôle de faire les suivis pour s’assurer que la roue continue toujours de tourner. Également, une photo du cadeau reçu doit être envoyée sur le groupe pour prouver qu’il se soit bien rendu à destination.