La vie de famille de Daniel Fortin et Audrey Lapointe est devenue soudainement beaucoup plus chargée à la naissance des triplets Philippe, Gisèle et Madison. Au centre, Henry, l'aîné, s'est bien adapté à ce changement.

L'inspirante histoire des triplets Fortin

Madison, 2 livres 2 onces. Philippe, 2 livres 9 onces. Gisèle, 2 livres 12 onces. Nés à 29 semaines et deux jours, les triplets ont causé toute une surprise à leurs parents, Audrey Lapointe et Daniel Fortin, à la première échographie. Âgés de trois ans maintenant, ils animent bien la vie de la famille de quatre enfants de Larouche, même si les premiers mois de prématurité n'ont pas été faciles avec le diagnostic de paralysie cérébrale de Gisèle.
La vie de famille de Daniel Fortin et Audrey Lapointe est devenue soudainement beaucoup plus chargée à la naissance des triplets Philippe, Gisèle et Madison. Au centre, Henry, l'aîné, s'est bien adapté à ce changement.
À l'annonce des trois bébés, le coeur des parents a passé par toutes sortes d'émotions. « Notre garçon Henry avait un an et demi quand je suis tombée enceinte à nouveau. Les symptômes étaient dix fois amplifiés. On était convaincus qu'il y en avait deux... mais on ne pense jamais à trois ! », raconte la maman.
Après la surprise, l'inquiétude s'est glissée dans la tête du couple, qui avait déjà vécu la prématurité. Leur première fille Charlie est décédée 13 jours après l'accouchement, à 28 semaines de grossesse. Audrey Lapointe avait été transférée d'urgence à Québec en avion. Les risques de complications sont plus élevés chez les enfants prématurés, puisque leurs fonctions sont encore immatures à leur naissance.
« On savait qu'une grossesse multiple allait être impossible à mener à terme à 40 semaines, et on s'est posé beaucoup de questions en raison de la dure expérience déjà vécue. On s'est dit qu'on allait voir ce qui allait arriver et se croiser les doigts. Notre famille a assuré qu'elle allait nous aider, peu importe qu'il y en ait un, deux ou trois au final. »
Admise au CHUL
À 26 semaines, Audrey Lapointe s'est rendue au CHUL de Québec où elle a été alitée pendant trois semaines. Contrairement à la plupart des parents à l'unité néonatale, son conjoint et elle étaient déjà familiers avec l'équipement. La famille y est restée pendant trois mois avant de pouvoir revenir dans la région. Les parents logeaient au Manoir Ronald McDonald.
« Ce n'était pas de l'inconnu, confie la mère. On s'impliquait beaucoup dans les soins, avec le programme qui intègre les parents afin qu'ils soient habitués de retour à la maison. On manipulait les bébés le plus possible. »
Aux trois heures, les parents participent en s'occupant de l'hygiène de la bouche, de la couche, de la température et du bain. « Nous étions limités et on avait juste le temps d'en faire deux pendant qu'une infirmière s'occupait du troisième. On faisait alors du peau à peau avec lui », indique Audrey Lapointe. La méthode est particulièrement encouragée pour réconforter les bébés prématurés, qui sont plus sensibles à la douleur. Après, la maman tirait son lait, et le cycle recommençait.
« Je les ai allaités jusqu'à 13 mois », fait-elle part.
Les tests pour les yeux, les oreilles et le cerveau ont pris du temps, puisque Madison était atteinte de la rétinopathie du prématuré et ils devaient être faits régulièrement pour suivre la progression. Elle se porte maintenant très bien. « C'est encore de l'inquiétude, tu espères toujours que ton enfant sera correct », confie Audrey Lapointe.
À quatre semaines de vie, les médecins ont diagnostiqué une paralysie cérébrale chez Gisèle causée par le décollement du placenta. « Est-ce qu'elle va avoir toute sa tête ? Est-ce qu'elle saura marcher ? On ne sait pas ce qui va arriver au début », poursuit la maman.
Maintenant, Gisèle impressionne les médecins. Elle se déplace soit à quatre pattes, soit avec son déambulateur. Les spécialistes estiment qu'elle pourra marcher sans aide à son entrée à la maternelle.
Une vie de famille très occupée
La vie de famille de Daniel Fortin et Audrey Lapointe a été complètement chamboulée par l'arrivée des triplets, passant d'un enfant à quatre tout-petits. Et le secret pour trouver le bonheur à travers toute cette agitation, c'est la routine.
« La clé, c'est l'organisation, affirme la maman. On a une routine, et on n'y déroge pas, ou le chaos embarque. Peu importe où je suis, à la maison, chez les grands-parents ou chez des amis, à 18 h 30 c'est l'heure du bain. Sinon, c'est impossible de les coucher à l'heure. »
Dès le réveil à 6 h, les parents alternent entre s'occuper des enfants et se préparer pour le travail. Souvent, un membre de la famille qui n'habite pas loin accompagne l'aîné, Henry, pour l'école. Les moments de la journée les plus chargés sont le matin et le soir. L'un va chercher les triplets à la garderie et l'autre cuisine le souper.
« Nous sommes une bonne équipe, on ne se pile pas sur les pieds. On a réussi à aller à nos entraînements de volleyball une fois par semaine, et maintenant on y va même deux fois. On fait même des activités chacun de notre côté parfois en laissant l'autre seul, alors qu'on n'y pensait même pas au début », s'enthousiasme Audrey Lapointe.
L'enseignante au secondaire a toujours voulu une grande famille. Elle a été plus que servie, surtout que, physiologiquement, elle ne possède que la moitié du système reproducteur.
« C'est difficile d'avoir quatre enfants en bas âge, car tout arrive en même temps. Quand ils sont malades, ils ont tous besoin de toi, décrit Audrey Lapointe. D'un autre côté, c'est vraiment beau de voir leur complicité ensemble. Les éducatrices à la garderie ne peuvent pas en mettre un en punition, car les deux autres arrivent pour le consoler! »
L'exemple parfait pour Gisèle
La maman voit donc aussi des avantages, notamment pour le développement de Gisèle. Même si la paralysie cérébrale affecte ses mouvements, le modèle de sa soeur Madison et de son frère Philippe la motive à persévérer.
« C'est la meilleure stimulation qu'elle peut avoir. Gisèle les voit s'habiller tout seuls, monter l'escalier tout seuls, et elle veut faire pareil. C'est plus facile comme ça que si elle était née toute seule, par exemple. »
Soutien nécessaire
Seul organisme du genre dans la province, Préma-Québec offre une aide psychologique, financière et éducative aux parents d'enfants prématurés comme Audrey Lapointe et Daniel Fortin.
« On a profité de beaucoup d'aide à la naissance des triplets, une fois de retour à la maison. Par exemple, certaines pharmacies donnent des produits et la fondation Maurice-Tanguay a préparé quelque chose pour nous. Préma-Québec nous a fourni beaucoup de documents d'information, ainsi que du soutien financier pour les rendez-vous de Gisèle. Il y a aussi des groupes d'aide qui existent », explique celle qui enseigne au niveau secondaire à temps partiel.
Cela permet à Audrey Lapointe de passer plus de temps avec les quatre enfants et de prévoir les nombreux suivis médicaux de Gisèle, atteinte de paralysie cérébrale. C'est la seule des triplets chez qui la prématurité a laissé des traces à long terme. Ils avaient chacun leur propre placenta.
C'est justement durant la Marche des prématurés organisée par Préma-Québec à Saguenay que Le Progrès a pu rencontrer Audrey Lapointe, les triplets et leur grand frère Henry. Leur grand-mère et leur arrière-grand-mère étaient aussi présentes à l'événement, alors que leur papa travaillait à son commerce.
« Je peux rester seule à la maison avec les quatre enfants, mais je ne suis pas encore prête à faire des activités seule avec eux, avoue la maman. Avec trois du même âge, on manque de bras! Ce n'est pas comparable à des jumeaux. Je me rends d'un point A à un point B toute seule quand je sais que quelqu'un sera là pour m'aider à l'arrivée. Gisèle demande plus d'attention aussi, étant donné qu'elle a plus de difficulté à se déplacer. »