Les docteurs Pierre Michaud, Fabien Simard, Marc-André Brassard, Annick Boulard et Raynald Simard avaient dénoncé, il y a quelques semaines, le transfert des chirurgies du cancer de l'oesophage à Québec.

L'INESSS repart à zéro pour évaluer Chicoutimi

Les interventions chirurgicales pour traiter les patients atteints du cancer de l'oesophage devraient reprendre d'ici quelques semaines à l'hôpital de Chicoutimi, pendant que l'Institut national d'excellence en santé et services sociaux (INESSS) établira les paramètres de la nouvelle étude qu'elle réalisera sur les meilleures pratiques médicales à adopter pour dispenser des soins aux personnes atteintes de cette pathologie.
Le chirurgien thoracique Pierre Michaud a confirmé brièvement au Quotidien, lundi, qu'il avait informé ses partenaires des hôpitaux de la région et du Nord du Québec qu'ils pouvaient reprendre les activités liées au cancer de l'oesophage avec ses collègues des autres disciplines. Le chirurgien n'avait toutefois pas été informé du cadre des travaux de l'INESSS et estime que ce sont les responsables du CMDP qui auront à veiller à ces aspects.
Le chirurgien thoracique devrait donc retourner au bloc opératoire pour traiter cette pathologie à court terme puisque, d'année en année, il voit de 5 à 8 patients. Il fait toutefois remarquer que ce cancer devrait augmenter de façon non négligeable, selon les prévisions des spécialistes de la santé.
Au cours d'un entretien avec Le Quotidien, la porte-parole de l'INESSS, Olivia Jacques, a confirmé que les spécialistes qui réaliseront les travaux d'analyse sur la façon de faire de l'équipe multidisciplinaire de Chicoutimi responsable du traitement des cas de cancer de l'oesophage avec intervention chirurgicale, font table rase sur l'étude Traitement chirurgical du cancer de l'oesophage : effet du volume d'interventions sur les résultats cliniques, publiés en 2011. Ils vont reprendre les travaux à partir des études les plus récentes sur les différentes approches cliniques pour le traitement de cette maladie.
Le Quotidien a demandé à un professionnel de la santé qui n'est pas concerné par ce dossier qui crée de profonds malaises en ce moment entre la haute direction du CIUSSS et les équipes médicales de faire une lecture de l'étude de l'INESSS de 2011, afin de vérifier les bases de l'argumentation du gouvernement pour interrompre ce service à Chicoutimi. Il en ressort globalement qu'il existe de nombreuses zones grises dans ce que le ministre Gaétan Barrette considérait comme des données probantes difficiles à réfuter.
Il est même fait mention dès le début que le Québec n'a pas exploité ses bases de données médicales pour en arriver à tirer une conclusion limpide de la situation en matière d'oesophagectomie. « Au Québec, les bases de données hospitalières devraient être exploitées pour comparer plus finement les taux de mortalité postopératoires relevés dans des hôpitaux ayant différents volumes d'oesophagectomies et tracer un portrait de la qualité des soins », écrivent les auteurs dans le résumé. 
Ces derniers expliquent que des études additionnelles seront nécessaires avant de procéder à une centralisation de ce type d'intervention chirurgicale.
Variables importantes
« Cette analyse très limitée des données québécoises ne tient pas compte de variables importantes comme le profil des patients, la distribution sur le territoire des centres pratiquant des oesophagectomies et le nombre de chirurgiens pratiquant ces interventions dans les centres à plus haut volume. Ces éléments, ainsi qu'une analyse approfondie du taux de mortalité par centre, sont essentiels pour la planification d'une éventuelle centralisation des services, » recommandent les auteurs à la page 23.
Ceux-ci ont procédé à une revue de littérature sur des données provenant des États-Unis et de l'Europe. Certes, ils établissent une relation entre les volumes et les taux de mortalité, mais identifient aussi d'autres éléments qui fragilisent ces résultats, comme la notion de concentration. Dans certains pays, on accepte l'idée d'une concentration à partir de six interventions par année (entre cinq et huit à Chicoutimi), alors qu'ailleurs, on opte pour des concentrations de 20 interventions chirurgicales et plus par année. Il existe de plus des éléments qui devront être considérés dans le futur comme la spécialisation du chirurgien (chirurgien thoracique de préférence), ainsi que la présence sur un site d'une équipe multidisciplinaire pour encadrer le patient.
« Au terme de son analyse, basée sur les recommandations d'autres pays et provinces canadiennes et sur des études dont les faiblesses méthodologiques et l'hétérogénéité imposent une interprétation prudente des résultats », insistent les experts, avant d'émettre le constat qu'il y a une relation inversement proportionnelle entre le débit des interventions et les taux de mortalité.
D'autres chirurgies pourraient partir
Malgré les éléments contenus dans le document, il existe au ministère de la Santé et des Services sociaux une volonté de concentrer certaines interventions chirurgicales, principalement dans le cas des cancers. Au cours de l'entrevue qu'il accordait au Quotidien, le ministre Gaétan Barrette a laissé tomber que, d'ici deux ans, il est probable que les cas de cancer du cerveau soient transférés à un établissement de Québec qui disposera d'une nouvelle technologie. Le ministre n'est pas allé plus loin lorsqu'il a cité cet exemple pour expliquer qu'il est préférable pour un patient d'avoir accès aux meilleurs soins disponibles.
Selon les informations obtenues au cours des derniers jours, et non confirmées puisque le CIUSSS estime qu'il s'agit d'une affaire qui concerne uniquement les médecins sur une base personnelle, il n'y a pas encore eu de contact officiel entre les responsables de l'analyse qui sera menée au cours de la prochaine année. Les médecins de Chicoutimi qui ont demandé au gouvernement de maintenir le service ont des particularités d'analyse à soumettre à l'INESSS.
Ils souhaiteraient que l'on tente de mesurer les impacts de l'éloignement d'un service dans le choix de traitement du patient. Ils veulent également que l'on tienne compte de la présence d'une équipe multidisciplinaire qui encadre quotidiennement le patient sur un seul site.