L'ignorance, la maladie d'un peuple

Anthropologue et communicateur, Serge Bouchard soutient qu'il n'y a rien de plus maladif chez un peuple que l'ignorance et l'absence d'éducation.
De passage à Chicoutimi, hier, dans le cadre du colloque La performance et la réussite scolaires chez les premiers peuples, qui réunit à l'UQAC 300 personnes oeuvrant dans le milieu de l'éducation auprès des autochtones, M. Bouchard a inauguré la seconde journée du colloque par un témoignage bien vivant et imagé à partir de son expérience personnelle.
Né dans les années 50 dans l'Est de Montréal dans un quartier qui comptait sept raffineries et trois cimenteries, M. Bouchard a rappelé qu'à cette époque, il était normal que les Canadiens-Français ne sachent ni lire ni écrire, ne connaissent pas leur géographie mondiale, la littérature ni les sciences, puisque ces gens étaient appelés à travailler manuellement. C'était l'époque d'une société injuste où de nombreux enfants n'avaient pas accès au système d'éducation contrôlé à l'époque par le clergé. Le conférencier se souvient que sa mère, née en 1919, a vécu dans un monde super catholique en détestant le clergé et le pape sous prétexte qu'il était trop riche.
« Quand Pie XII est mort, le midi, ma mère était sur le party. Elle nous a fait des sandwichs pas de croûtes avec une bouteille de coke. Ma mère, qui n'avait pas d'éducation, prétendait que Pie XII avait aidé les Nazis. Elle détestait Duplessis et les hommes en raison de leur pouvoir. »
La religion maternelle était la lecture et l'école. « Ma mère se sacrait du fait qu'on se battait, qu'on arrivait égratigné. Elle disait, si vous tuez, je vais vous cacher. Si vous volez, je vais vous aider, mais si vous lâchez l'école, je vais vous tuer. Nos parents se sont sacrifiés pour qu'on aille à l'école. »
Doctorat
Poussé par sa mère, M. Bouchard a décroché à 32 ans un doctorat en anthropologie. « Je n'ai jamais aimé l'école. Au primaire, ça m'emmerdait. Au cours classique, je n'ai pas aimé ça. J'ai souffert pour apprendre le grecque et le latin. »
En jetant un regard sur le monde actuel, M. Bouchard constate que nous vivons dans un monde d'images instantanées où le temps est disparu. Selon lui, les jeunes croient qu'ils ne vieilliront jamais, qu'à 95 ans, ils feront du ski nautique. « La révolution numérique a fait de nous des malades mentaux. On veut aller dans le sud tout de suite. Trois heures dans un avion pour aller en Floride, c'est trop long. Nos ancêtres, lorsqu'ils marchaient 400 kilomètres, le faisaient un pas après l'autre. Ils ne se disaient pas après le premier pas que ce serait long. »
Avec son expérience de vie, M. Bouchard soutient que l'école n'a pas à être agréable pas plus que les obstacles n'ont à être contournés. Selon lui, la richesse des individus tient à leur éducation, à leur victoire, même si les individus sont demeurés des êtres de communautés.
L'avenir passe par l'éducation
L'anthropologue soutient que, dans ce monde devenu moderne, l'avenir des premières nations repose sur l'éducation, sur la priorité qui sera donnée à l'éducation, comme l'ont décidé les Canadiens-Français au début de la Révolution tranquille. « Nous sommes en 2014 et nos enfants ne sont pas à l'école sur plusieurs continents parce qu'il n'y a pas d'école, qu'il y a la guerre, la famine. L'éducation est la liberté des individus et des peuples. Nous sommes les créateurs du monde dans lequel on vit», conclut-il.