L’hôpital avant les cours

La pénurie d’infirmières dans la région est tellement importante que le CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean oblige les étudiantes du programme DEC-BAC à rentrer au travail au lieu d’assister à leurs cours ou de compléter les stages obligatoires.

Le CIUSSS dispose d’une clause de convention collective qui permet en cas de pénurie d’imposer à une infirmière une pleine disponibilité. C’est ce qui se produit en ce moment alors que plusieurs des 160 infirmières inscrites au programme « cheminement infirmière en exercice, volet intégré (DEC-BAC) », devront mettre une croix sur l’obtention de leur diplôme.

Dans cette affaire, le CIUSSS, l’UQAC et la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) ont des contraintes différentes qui sont difficiles à concilier. L’impact de la décision du CIUSSS sur les étudiantes a déjà commencé à se faire sentir alors que l’absentéisme est en augmentation dans les cours.

« On a déjà un cas où une étudiante a fait un quart de travail de 16 h à minuit. Elle est demeurée en temps supplémentaire de minuit à 8 h 00 du matin. Elle s’est présentée pour sa journée de stage, mais son supérieur lui a demandé de retourner se reposer. Elle était à l’horaire pour le quart du soir après sa journée de stage », explique Carolle Dionne, directrice du module de premier cycle en soins infirmiers à l’UQAC.

Carolle Dionne, du module des sciences infirmières de l’UQAC, constate une augmentation du taux d’absentéisme des étudiantes au DEC-BAC en raison de la pénurie d’infirmières au CIUSSS.

De temporaire à permanent

L’université avait accepté certaines mesures temporaires pour permettre au CIUSSS de passer à travers une première crise. Il se trouve que la situation perdure et que les mesures temporaires deviennent permanentes. Pour les étudiantes, les enjeux sont importants puisque l’obtention de leur diplôme universitaire ouvre la porte à des postes d’infirmière clinicienne. « Elles font un investissement en temps et en argent important et elles se retrouvent en fin de programme dans cette situation », déplore Mme Dionne qui admet que le problème n’est pas simple.

L’Université a également des préoccupations de sécurité pour les étudiantes. Carolle Dionne rappelle qu’une infirmière doit être en mesure de donner une prestation de travail sécuritaire pour les patients et que la situation actuelle pour les étudiantes n’est pas idéale. Certaines ont d’ailleurs fait le choix de se plier aux exigences de l’employeur.

Le syndicat

La présidente du syndicat FIQ qui représente les infirmières, Julie Bouchard, est consciente du problème. Elle explique que le syndicat doit s’assurer d’avoir des mesures équitables dans les circonstances.

« Une infirmière qui fait son quart de travail peut être contrainte de demeurer en poste pour un autre quart de travail en temps supplémentaire obligatoire et elle n’a pas le choix de dire non. Peut-on traiter de façon différente une infirmière qui fait une journée de stage et ne pas lui demander de faire un quart de travail additionnel dans sa journée ? En même temps, nous avons besoin des infirmières cliniciennes. »

Julie Bouchard n’est pas surprise de cette situation. Le temps supplémentaire obligatoire est déjà intégré dans la gestion quotidienne du CIUSSS. Les hôpitaux de Chicoutimi et Alma sont problématiques selon les données du syndicat.

Le programme compromis par la décision du CIUSSS comprend trois stages en milieu de travail de 144 heures. Le travail régulier d’une infirmière technicienne ne peut pas être considéré comme un stage. Une infirmière bachelière occupe en général des fonctions différentes dans le réseau de la santé que l’on désigne sous le titre d’infirmière clinicienne. Le contenu du stage doit obligatoirement être modulé sur le véritable travail de l’infirmière bachelière désignée comme infirmière clinicienne.

L’UQAC au courant

Le problème est d’une telle ampleur qu’il a été transmis à la haute direction de l’université. La vice-rectrice aux ressources, qui a oeuvré dans le secteur de la santé, Martine Rioux, est en discussion avec la Direction des soins infirmiers de l’hôpital. La rectrice Nicole Bouchard est consciente de la problématique et espère qu’une solution satisfaisante sera élaborée dans le respect des rôles de chacun.