Josée Dubé, à l’arrière, pose avec la nouvelle gérante, Caroline Girard, et les nouveaux propriétaires, Carl Trépanier et Audrey Lefrançois. ­
Josée Dubé, à l’arrière, pose avec la nouvelle gérante, Caroline Girard, et les nouveaux propriétaires, Carl Trépanier et Audrey Lefrançois. ­

L’histoire de jouets de Josée Dubé

Samuel Duchaine
Samuel Duchaine
Le Quotidien
Toute belle histoire a une fin, mais si la propriétaire de la Boutique Lydie, Josée Dubé, part à la retraite, l’histoire du commerce de jouets et de jeux ne se termine pas pour autant. Un nouveau chapitre s’amorce, avec la vente de l’entreprise à Audrey Lefrançois et Carl Trépanier. Tout de même, le départ de Madame Lydie, pour les intimes, laissera un vide dans la boutique, celle-ci étant reconnue pour sa proximité et son dévouement envers la clientèle.

Annoncé le 13 octobre sur la page Facebook de la boutique, le départ de Mme Dubé, après une vingtaine d’années, a eu l’effet d’une bombe sur la clientèle, qui n’a pas tardé à lui souhaiter une belle retraite, mais surtout à la remercier pour de nombreuses années au service du plaisir des petits et grands. Cette vague d’amour, Josée Dubé l’a prise avec le plus grand des bonheurs.

« Ça fait chaud au coeur. Je savais un peu que la clientèle m’appréciait, mais j’étais contente de voir ça. La proximité avec le client, ç’a toujours été notre plus-value, notre marque de commerce. C’est ce que les gens aiment de notre boutique. Quand les gens entrent, ils m’appellent Josée ou Madame Lydie. On connaît nos clients et ça fait un velours d’avoir ces commentaires », souligne celle qui a pris le temps de répondre à chaque personne qui lui a écrit.

Mme Dubé est encore à la boutique pour un certain temps, mais elle appréhende déjà son départ. « Je n’ai pas encore tourné la page, parce que je suis encore là, mais je pense qu’il y a un grand sentiment de fierté. C’est le plus gros sentiment que je ressens en ce moment. Le départ, je ne sais pas. Je pense que je suis prête, mais peut-être que quand je partirai ce sera plus difficile. »

Si elle avait le soutien de sa clientèle, Mme Dubé avait aussi celui de sa petite équipe, de qui elle s’ennuiera certainement. « C’est sûr que je vais m’ennuyer. J’ai des petits-enfants, alors je vais venir magasiner et je vais pouvoir les voir. Ce n’est qu’un au revoir. J’ai tissé de bons liens, alors je suis certaine qu’on va aller souper au restaurant et continuer de se voir. »

À travers les années, elle n’a pas eu un gros roulement de personnel. « J’ai été chanceuse d’avoir de bonnes personnes avec les mêmes valeurs que la boutique. Les gens restent. Ce qui roule un peu plus, ce sont les étudiants, mais même eux, ils restent jusqu’au moment de trouver leur emploi dans leur domaine. C’est une autre fierté d’être capable de garder son personnel. Je ne me suis jamais vue comme la patronne, mais comme une membre de l’équipe qui prenait un peu plus de décisions. »

Petit train va loin

Durant toutes ces années, Josée Dubé a vécu une véritable histoire de jouets, s’émerveillant devant chacune de ses trouvailles. « Je n’ai jamais vendu pour vendre, mais pour satisfaire le client. Chaque client est différent et c’est du cas par cas. La clé, c’est qu’il faut aimer ce que l’on vend. Tout ce qu’il y a dans le magasin, ce sont des produits que j’aime. Ça fait 20 ans et encore, quand j’ouvre des boîtes, je suis encore un bébé lala, même si c’est moi qui ai commandé les produits. J’ai toujours la même passion pour les jouets et les jeux. »

Sous le règne de Mme Dubé, la Boutique Lydie a connu une croissance importante, si bien que la clientèle a plus que décuplé au fil des ans. « C’était tout petit quand je suis arrivée et c’est devenu pas mal gros. C’était un commerce dédié aux écoles et aux garderies. C’était la priorité des anciens propriétaires. C’est ça que j’ai développé, je crois. Je me suis ouverte à monsieur et madame Tout-le-Monde et à offrir de tout, pas seulement des jouets spécialisés. »

Selon elle, plusieurs défis ont parsemé son parcours. « Il faut rester à la page, rester dans l’actuel des besoins des enfants. Ça change extrêmement vite et il faut savoir se renouveler. Il faut aussi se démarquer des autres, notamment des gros joueurs, mais on a des prix compétitifs et l’expérience qu’on offre au client, ça n’a pas de prix. »

Une pandémie constructive

La Boutique Lydie, comme tous les commerces jugés non essentiels, a dû fermer ses portes au printemps dernier en raison des mesures sanitaires. Les six semaines de fermeture ont été difficiles pour le commerce, mais Mme Dubé et sa bande se sont retroussé les manches et se sont tournées vers le Web, chose essentielle depuis le début de la pandémie.

« On a dû s’ajuster. On n’avait pas de site Web et c’est ça qui nous a donné le coup de pied pour se dire qu’on en avait besoin d’un. Il faut dire qu’on est dans les privilégiés. Il y a beaucoup de gens pour qui ç’a été difficile, mais en étant accessibles de la rue, pas dans un centre commercial, c’était plus facile pour nous et il y a eu beaucoup d’intérêt pour les jeux de société et les casse-tête. On ne peut pas se plaindre », raconte Mme Dubé.

Le site Web n’offre toujours pas de volet transactionnel. Le processus est très cher et les retards de production un peu partout pourraient occasionner des ruptures de stock et déshabiller la boutique. « Ma priorité, sur le Web, c’était d’offrir de la visibilité à nos produits. Quand on était fermés au printemps, il fallait envoyer des photos aux clients par courrier électronique ou via Messenger. Je ne sais pas combien j’ai pris de photo en six semaines. Maintenant, même s’ils ne peuvent pas acheter, ils voient nos produits et peuvent faire des choix. Les gens peuvent communiquer avec nous et on leur prépare leur commande. »

La Boutique Lydie, spécialisée dans les jeux et les jouets, changent de main. ­


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AU JOUEUR SUIVANT!

Tous deux travailleurs du domaine de la santé, Audrey Lefrançois et Carl Trépanier, les nouveaux copropriétaires de la Boutique Lydie et du bâtiment, comptent bien poursuivre dans la même veine que Josée Dubé, c’est-à-dire de miser sur la satisfaction de la clientèle et sur la proximité, plutôt que de chercher à vendre à tout prix.

« On avait envie d’un nouveau défi, de voir autre chose. Josée avait une bonne réputation et offrait un excellent service. C’est important pour nous de continuer ça », souligne Mme Lefrançois. 

« Le principal, c’est de continuer de véhiculer les valeurs de proximité et de service de qualité de la boutique. On trouve ça important. Ce n’est pas juste de vendre des bébelles ; c’est de vendre des jouets éducatifs et de bien conseiller les clients », poursuit M. Trépanier. 

Voilà qui explique pourquoi Mme Dubé a choisi le couple, qu’elle connaît depuis plusieurs années, pour passer le flambeau. « J’étais prête à partir , eux, à acheter. Ça faisait déjà un bout que je connaissais leur intérêt. C’était important pour moi que les gens qui prennent ça en main continuent dans la même lignée. C’est mon bébé, que j’ai bâti depuis 20 ans, et je veux le voir continuer de prospérer. Ce sont des gens en qui j’avais confiance. Les pièces du casse-tête étaient toutes en place. Je crois avoir choisi les bonnes personnes », confie Josée Dubé.

Des mois d’adaptation

Pour s’assurer d’une transition en douceur et faire profiter de sa large expérience, Mme Dubé continuera d’épauler les nouveaux propriétaires pour la forte saison d’avant-Noël. « Je vais être là pour les aider, les guider dans le droit chemin et leur transmettre les valeurs du commerce. Il y a beaucoup de choses à apprendre, mais ils apprennent vite. »

Une aide que Mme Lefrançois juge très précieuse. « On a besoin d’elle. Il faut apprendre à conseiller les gens sur tout ce qu’on a en boutique. Il y en a des jouets. Les gens entrent et nous demandent : “Avez-vous telle affaire ? ” Nous, en ce moment, on se tourne et on crie : “Jooossééééeeee ! ” »

Par contre, un coup les Fêtes terminées, Josée Dubé laissera « son enfant » voler de ses propres ailes. « J’ai toujours été très entière dans ce que je fais. Rester et que ce ne soit plus à moi, ce n’est pas ma place. J’aime mieux leur laisser la place et les laisser faire ce qu’ils ont besoin de faire. Si j’ai à travailler à nouveau un jour, ce sera ailleurs, mais j’espère que non », laisse savoir la sympathique dame.

Le couple ne cache cependant pas qu’ils auront probablement besoin de Mme Dubé de temps en temps. « Elle aime ça. Je sais que je ne la dérangerai pas si je l’appelle. Ça va lui faire plaisir », mentionne M. Trépanier. 

« Elle aime ça et elle veut que ça se passe bien », enchaîne Mme Lefrançois.

Les deux acquéreurs, qui n’ont pas de projet d’expansion en vue, afin de maintenir le sentiment de proximité, conserveront leur emploi en santé. Une nouvelle gérante a donc été embauchée pour prendre la place de Josée Dubé. 

« C’est Caroline Girard qui va être le visage de la boutique, confirme M. Trépanier. Les astres étaient alignés, parce qu’elle revient de l’Ontario et c’est une fanatique de jouets et de jeux. Elle a quasiment autant de jeux qu’on en a en boutique. On va avoir une bonne équipe avec les employés déjà en place. On les a rencontrés et on a une équipe extraordinaire. »

« Moi, je veux leur réussite. Leur réussite équivaut à la réussite de mon bébé. C’est mon enfant qui continue de grandir. Maintenant, j’espère être grand-mère », conclut Mme Dubé à la blague.