La psychologue Judith Morency oeuvre auprès des Autochtones depuis 25 ans et a plaidé pour un rapprochement entre les deux peuples, vendredi, lors d’une conférence présentée dans le cadre de la journée consacrée à la pédopsychiatrie, à l’initiative du CIUSSS.

«L’héritage de la colonisation est encore là» - Judith Morency

Aux yeux de Judith Morency, psychologue auprès de membres des Premières Nations depuis 25 ans, le territoire, ça n’a rien de physique. « C’est la place que tu occupes dans le monde et la relation que tu entretiens avec ceux qui t’entourent ».

Vendredi matin, dans le cadre de la journée annuelle en pédopsychiatrie organisée par le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Saguenay–Lac-Saint-Jean (CIUSSS), la professionnelle a présenté une conférence éclairante sur la réalité des Autochtones d’aujourd’hui et le clivage qui subsiste entre les deux peuples. Mais surtout, elle a livré un vibrant plaidoyer en faveur du vivre ensemble et de l’importance, pour les intervenants de première ligne en santé, de s’ouvrir à la réalité socioculturelle et historique des Premières Nations.

Celle qui se décrit comme l’amie des Innus, des Cris, des Attikameks et de toutes les autres communautés présentes au Québec depuis des milliers d’années est venue expliquer, à l’auditoire présent à l’hôtel La Saguenéenne, comment, depuis 25 ans, elle « marche avec eux ».

« Ça pourrait être facile pour moi d’oublier que je ne suis pas une personne qui vient de la communauté. Avant de venir ici, je me suis dit : ‘‘Là, je vais aller parler à des Blancs. Mais je vais m’imaginer dans ma tête que mon monde est là.’’ », a imagé la psychologue, au cours d’une entrée en matière visant à camper son propos. Sa conférence s’intitule « Sécurisation culturelle comme base de l’alliance thérapeutique avec les enfants et les familles des Premières Nations ».

La spécialiste a précisé que les deux peuples sont parfois « tellement loin » l’un de l’autre. Toutefois, Judith Morency nourrit de l’espoir puisqu’elle a présumé, vendredi, que les gens présents à sa conférence ont « un désir sincère de se mettre à l’ouvrage ».

« Il y a un proverbe des Premières Nations qui dit : ‘‘Avant de juger quelqu’un, marche pendant trois lunes dans ses mocassins.’’ Le problème, c’est que souvent, les gens qui ont des contacts avec les Premières Nations sont exposés au ‘‘Ça va mal’’. Ils disent : ‘‘Coudonc, est-ce qu’ils sont tous comme ça ? ’’ La réponse est non », a-t-elle formulé, insistant sur l’importance de ne pas généraliser.

Toutefois, les intervenants ne doivent pas négliger certains facteurs ni oublier que « l’héritage de la colonisation est encore là ».

Statistiques

« On est ignorants de l’histoire des Premières Nations. Changeons ça ! », a lancé la détentrice d’un doctorat en psychologie, avant de fournir des statistiques fort évocatrices sur la situation des quelque 1,6 million d’Autochtones au pays. Selon l’Enquête nationale auprès des ménages de 2016, le quart des enfants issus de communautés des Premières Nations habitent dans des logements surpeuplés et vivent de l’insécurité alimentaire.

« Quand vous faites vos plans d’intervention, il faut tenir compte de ça. C’est important. Cinquante pour cent de tous les enfants de 14 ans et moins qui sont en famille d’accueil sont des Autochtones. On a besoin de les protéger », a martelé Judith Morency.

La psychologue a prononcé des paroles lourdes de sens.

« Quand vous tenez la tête d’un enfant qui souffre de troubles anxieux et qui a des hallucinations, pensez à certains traumatismes historiques. Pensez aux premiers contacts, aux épidémies, aux extinctions, aux missionnaires, à la Loi sur les Indiens, à la perte des territoires et des terres sacrées, aux pensionnats. C’est un portrait complexe », a soulevé Judith Morency, qui a rappelé que le cimetière d’Opitciwan se trouve aujourd’hui noyé dans le réservoir Gouin.