L'ancien juge à la retraite avait fêté son 72e anniversaire de naissance le 15 janvier dernier.

L'ex-juge Louis-Charles Fournier n'est plus

L'ex-juge Louis-Charles Fournier est décédé lundi. L'homme de Chicoutimi avait célébré son 72e anniversaire de naissance le 15 janvier.
Le départ de l'ancien criminaliste (1971-1984), ancien juge de la Cour du Québec (1985-2009) et ancien juge en chef de la chambre civile du Québec (1er août 1995 au 28 août 1996) ne laisse personne indifférent dans le milieu judiciaire régional.
Procureur de la Couronne durant 37 ans, Laurent Bouchard se souvient très bien des joutes oratoires et des débats, parfois enflammés, que les deux juristes pouvaient avoir au tribunal.
«Je l'ai davantage connu comme criminaliste. C'était un avocat intelligent qui était en mesure de déterminer la psychologie d'un témoin en peu de temps et avec quelques questions seulement. Il était ahurissant à voir. On se demandait tous comment il faisait», mentionne M. Bouchard.
«Il était un grand plaideur devant un jury. J'ai eu l'occasion de le voir faire dans la région, mais aussi à l'extérieur et il a été l'un des meilleurs que j'ai pu voir», se remémore-t-il.
M. Bouchard, maintenant à la retraite, se souvient aussi d'un homme d'une grande gentillesse en dehors du tribunal. Et l'ancien procureur n'a pas oublié les années où il a eu à plaider devant le juge Fournier.
«Il était super respectueux des règles, ce qu'il ne faisait pas toujours comme avocat. Devant lui, il fallait suivre les règles de la Cour.»
«Il était au courant des dossiers plaidés devant lui. Il n'aimait pas qu'un avocat ne soit pas bien préparé pour présenter son dossier. Lorsque son idée était faite, il me regardait et me demandait ce que j'en pensais. Je lui répondais que l'accusé devrait être acquitté et c'est ce qu'il faisait», ajoute Laurent Bouchard, qui va regretter le départ de cet homme de loi.
Ancien procureur à l'Aide juridique, Me Claude Beaulieu a aussi bien connu le juge Fournier. Il a même entrepris sa carrière à ses côtés.
«C'est probablement l'avocat qui m'a le plus appris durant mes 10 premières années comme avocat.
Nous étions au tribunal tous les deux à peu près tous les matins dans l'ancien palais de justice. Je retiendrai qu'il avait un grand respect pour les avocats et qu'il était un très grand plaideur.»
«Je me souviens l'avoir accompagné pour un dossier de meurtre à Roberval à mes débuts. Je lui avais aussi donné un coup de main dans la demande d'appel au procès de Michel Dunn (coupable d'avoir assassiné son associé Serge McNicoll en septembre 1978)», mentionne Me Beaulieu.
Me Claudine Roy, procureure en chef pour les districts judiciaires du Saguenay-Lac-Saint-Jean, conserve un excellent souvenir du juge Fournier.
«Il était d'une très grande générosité. Dans les dossiers du crime organisé, il nous avait donné son adresse personnelle et nous autorisait à aller le voir, même les fins de semaine, pour des mandats d'arrestation et de perquisition.»
«Je lui parlais à chaque anniversaire, le 15 janvier. Je le savais malade depuis un certain temps, mais on se dit toujours qu'il va passer au travers. On ne s'attend pas à recevoir ce genre de nouvelle», a conclu Me Roy.
Marc-André Bédard attristé
L'ancien ministre de la Justice Marc-André Bédard se dit très attristé du décès du juge à la retraite, Louis-Charles Fournier.
«Il a commencé sa carrière d'avocat à notre bureau, Aubin, Bédard, Fillion, Brisson et Fournier. Ça me fait énormément de peine d'apprendre sa mort. C'était un homme plein de compassion et toujours prêt à aider les autres. Il comprenait le malheur des gens», a commenté Marc-André Bédard, lors d'un entretien téléphonique lundi soir.
M. Bédard, lui-même avocat, a bien connu l'ancien juge. En fait, M. Bédard l'a lui-même nommé juge en 1985 alors qu'il agissait comme ministre de la Justice sous le gouvernement du Parti québécois.
«Il a fait du très bon travail. Sa compétence comme juge a même été reconnue ailleurs que dans la région, car si mon souvenir est bon, il s'est rendu présider des procès à Québec et à Montréal», a ajouté Marc-André Bédard.
De son côté, l'avocat de Jonquière, Me Charles Cantin, mentionne que le juge Fournier était craint de certains avocats.
«Autant il pouvait être redoutable devant un avocat d'expérience, autant il pouvait être gentil avec les nouveaux venus. Moi j'ai toujours adoré plaider devant lui, car il nous ''challengeait''. Il connaissait les dossiers et n'hésitait pas à rétablir les faits si un avocat, en défense ou à la Couronne, commettait une erreur», note Me Cantin.
«Je retiens aussi qu'il avait une culture extraordinaire. On pouvait parler de hockey, de voyage ou de peinture avec lui sans aucun problème. C'est un monument qui est parti. Je trouve dommage qu'il y ait très peu de jugements écrits de sa part. Pourtant, il a rendu de nombreuses décisions d'importance», a ajouté le criminaliste.
Le son de cloche est similaire du côté de Me Jean-Marc Fradette.
«Il n'était pas toujours facile et était très interventionniste dans les causes. Mais Louis-Charles Fournier était un excellent juriste et très respectueux des accusés.»
Le criminaliste Jean-Marc Fradette a appris le décès du juge à la retraite en début de soirée. Il se remémore de bons souvenirs et des échanges intéressants que les deux hommes ont pu avoir au tribunal.
«Il avait un respect pour le rôle que nous avons à jouer en défense. Et en même temps, il trouvait important que les avocats soient prêts et fassent un très bon travail, notamment en interrogatoire», indique Me Fradette.
Louis-Charles Fournier a étudié au collège Bourget de Rigaud, au collège de Jonquière et a fait ses études de droit à l'Université de Sherbrooke.
Parmi les dossiers qui ont marqué la carrière de l'ancien criminaliste, il y a eu la prise d'otages à la prison de Chicoutimi en 1980.
Les policiers de Chicoutimi l'avaient appelé en pleine nuit afin qu'il agisse comme négociateur auprès de trois détenus qui avaient séquestré un gardien de prison de 62 ans.