Après une ascension de plusieurs semaines, Mario Cantin est rentré au pays dimanche dernier.

L’Everest n’a pas eu le dessus

Le lâcher-prise. Après deux mois à affronter et à tenter de dominer l’Everest de toutes ses forces, si Mario Cantin revient de son périple avec le sentiment du devoir accompli, il est aussi de retour à la maison avec cette certitude d’en avoir appris beaucoup plus sur lui-même. Et ce n’est pas d’atteindre le plus haut sommet du globe qui représente le défi à ses yeux, mais bien cette capacité à accepter ce qu’on ne peut pas contrôler.

Mario Cantin s’est lancé dans cette aventure le 23 mars. Il a mis le pied sur le plus haut sommet de la planète le 22 mai, à 5h02 du matin. Et il est revenu au pays le 28 mai. Une aventure de deux mois qui, évidemment, aura laissé des traces.

Si Mario Cantin a dompté l’Everest, c’est pour sa fille Mélanie, décédée il y a 15 ans dans un accident de la route. Il s’est lancé le défi de gravir les sept monts les plus hauts de la Terre, pour y laisser une photo de sa fille. Le mont Everest était le 4e défi de l’homme. Un défi qu’il a réussi, mais qui ne s’est pas fait sans difficulté.

Mario Cantin a été malade et il a pensé renoncer à quelques occasions. Il a même dû retourner au pied du mont pour guérir d’une infection aux yeux puis d’une toux liée au fameux mal des montagnes. Parce que pour ceux qui l’ignorent, l’ascension du mont Everest ne se fait pas en une seule montée, mais plutôt en rotation, c’est-à-dire que les alpinistes se rendent aux différents camps (il y en a quatre), puis redescendent au camp de base. Ils effectuent ces alternances à quelques reprises, dans le but de s’acclimater à l’environnement. Plus les alpinistes avancent dans le processus, plus l’oxygène se fait rare, d’où les maux qui apparaissent. La mort frappe parfois et certains alpinistes laissent leur vie au cours du périple.

« La montée des camps 1 et 2 a super bien été. Mais en redescendant au camp de base, j’ai eu une méga infection à un oeil. J’ai dû être isolé quatre jours et un médecin m’a prescrit des médicaments. L’infection s’est propagée aux deux yeux, mais après quelques jours, j’étais guéri. J’ai recommencé l’aventure, mais c’est la toux qui s’est mise de la partie. Je saignais du nez et c’est en continuant malgré tout que j’ai eu une espèce de révélation. Ma fille Mélanie m’a dit : ‘‘Eille, papa, ça fait 15 ans. Pense à toi maintenant, je suis correcte. Tu es malade, retourne à la maison.’’ Je ne sais pas trop comment expliquer ça, mais j’ai senti que je devais lâcher prise. Je suis donc retourné en bas, car la seule façon de guérir en montagne, c’est de descendre », raconte Mario Cantin, qui était déjà retourné au boulot cette semaine, bien qu’il ne soit revenu au pays que dimanche dernier.

Finalement, l’homme a pris du temps pour guérir au pied de la montagne. C’est à ce moment qu’il a eu ce sentiment de résilience. Il était fier de son accomplissement, même s’il n’avait pas été en mesure de mettre le pied sur le sommet.

À quelques pas du sommet... Mario Cantin suit son guide.

Mais l’aventure n’était pas terminée, puisque Mario Cantin s’est relancé une fois la toux guérie. Cette fois-ci était la bonne. Après avoir repris l’aventure, surmonté la maladie et échappé à une avalanche, le Jonquiérois d’origine a finalement atteint le sommet à 5h02, le matin du 22 mai.

« J’ai passé une heure au sommet. Mais je dois dire que je n’ai pas vécu le ‘‘high’’ dont plusieurs parlent. Le ‘‘high’’, je l’avais déjà vécu lorsque j’ai passé mon temps malade et isolé. Car j’ai ressenti ce fameux sentiment du lâcher-prise et cette faculté à accepter ce qu’on ne peut contrôler. C’est toute une révélation dans mon cas ! », a affirmé M. Cantin, reconnu pour son implication dans plusieurs causes et défis sportifs. « Je vous dirais que ç’a été un trip plus spirituel que sportif, cette fois-ci ! Mon but est vraiment de pouvoir montrer aux gens qu’on peut atteindre nos objectifs, mais en gardant en tête que l’objectif n’est pas toujours celui qu’on s’est fixé. Si je peux inspirer quelques personnes, mon objectif sera atteint », explique celui qui avait tenté une première fois de gravir l’Everest en 2011, mais qui avait dû renoncer en raison d’une grave infection à la gorge.

Pour se préparer à gravir l’Everest, Mario Cantin s’est entraîné durant deux ans, 15 à 25 heures par semaine. Il a fait la traversée de Charlevoix à pied, notamment. Et il s’est également entraîné à être seul avec lui-même.

De retour à la maison, Mario Cantin s’est déjà remis à l’entraînement. Il participera d’ailleurs à un demi-Ironman, à l’automne, en plus de s’être inscrit à quelques Spartan Race cet été.

Malgré les embuches et les difficultés, l’homme a toujours gardé le sourire.

Cinquième montagne

Mario Cantin s’attaquera maintenant à son cinquième mont, soit l’Elbrouz, en Russie. Cette fois, il sera accompagné l’un de ses deux autres enfants, Anthony. « Ce sera sûrement mon plus beau projet ! », lance M. Cantin. Cette ascension n’est toutefois pas prévue avant deux ans. Mais après avoir affronté les 8848 mètres d’altitude de l’Everest, les 5642 mètres de l’Elbrouz devraient être un peu moins difficiles...