Les producteurs risquent d'obtenir de meilleurs prix dans le futur avec l'abolition des frais d'exportation avec l'Europe qui oscillent de 3 à 18%.

L'Europe s'ouvre au bleuet

L'accord de libre-échange entre le Canada et l'Europe pourrait être une manne pour l'industrie du bleuet de la région.
C'est du moins ce que croit le professeur titulaire à l'Université Laval, Rémy Lambert. « Ça va ouvrir les marchés et stimuler la demande parce que les prix vont être plus bas. De plus, comme les produits naturels sont en croissance en Europe, le bleuet sauvage du Québec va être avantagé », a-t-il indiqué. En effet, selon ce dernier, la demande pour les produits biologiques augmente de 5 à 10 % annuellement en Europe.
De plus, comme les États-Unis n'ont pas encore signé d'entente avec l'Union européenne, il s'agit d'un avantage concurrentiel important pour les producteurs de bleuet du Québec. « Les industriels de la région vont pouvoir aller chercher des parts de marché intéressantes. En revanche, je n'ai pas de boule de cristal pour prédire ce que ça pourrait représenter comme augmentation », ajoute-t-il.
Avec l'élimination des tarifs d'exportation, la demande pour les produits importés va être stimulée. Pour le bleuet congelé, les tarifs sont de l'ordre de 3,2 %. En revanche, en 2013, ils n'ont pas été appliqués. Ils pourraient l'être cette année. L'avantage se fera sentir surtout du côté des produits transformés comme le bleuet déshydraté et le concentré de bleuet qui sont taxés à 17,6 % et la purée à 18,4 %, peut-on lire dans une étude réalisée par Forest Lavoie conseil.
Il s'agit donc d'une excellente nouvelle pour les producteurs de la région dont environ 80 % de la production est vendue à l'étranger. Ce qui représentait en 2012 une valeur d'exportation de 85 M$ dont 34,2 M$ en Europe.
Ultimement, avec une hausse de la demande pour les bleuets sauvages, les producteurs vont en profiter parce que le prix payé pour le petit fruit risque de monter.
C'est l'opinion du ministère du Commerce international du Canada. « Cet accord vient assurer une meilleure compétitivité des entreprises de l'industrie du bleuet et leur garantit un accès à des marchés très important. Comme l'accord devrait être signé dans environ 18 mois, ça donne du temps aux entreprises de développer leur réseau et établir leur réseau de distribution », a affirmé le porte-parole Rudy Husny.
Prix du bleuet
D'ailleurs se dessine un avantage pour le prix du bleuet sauvage. Alors que le prix pour le bleuet en corymbe (cultivé) a baissé de 26 cents, celui pour le bleuet sauvage du Québec a augmenté de 7 cents pour atteindre 1,92 $ la livre à la fin de 2013. « On le sent, la demande est constante pour le bleuet sauvage car des clients veulent des fruits plus naturels, pas arrosés de pesticides comme c'est le cas pour le bleuet cultivé. De plus, les transformateurs ont développé des marchés de niche qui les sert bien jusqu'à maintenant », illustre Rémy Lambert. Il est important de préciser que cette hausse du prix est due à la rareté du bleuet cette année à cause d'une récolte catastrophique.
Ce qui a un effet direct sur les exportations. Elles ont chuté de 30 % en août et septembre comparé à la même période en 2012, ce qui représente un volume de 850 000 livres de moins. Les ventes en Europe ont baissé de 50 % tandis que le marché américain s'est maintenu et celui du Japon a explosé de 506 %. Les quantités exportées dans ce pays sont beaucoup plus faibles, soit 144 000 kg ,comparativement à 918 000 kg.
Il a été impossible de parler aux deux transformateurs de la région Bleuets Sauvages du Québec et Bleuets Mistassini pour connaître leur point de vue.