Lors de la dernière ronde des fusions municipales, le gouvernement du Québec souhaitait créer des pôles pour générer une plus grande force économique.

L'étalement urbain: un coût difficile à chiffrer

Il est pratiquement impossible de chiffrer les coûts additionnels pour les contribuables de Saguenay liés au financement des infrastructures qui servent également aux citoyens des autres municipalités, mais il est établi que l’étalement urbain a un coût significatif pour l’ensemble de la société.

Le directeur du département des sciences administratives de l’Université du Québec à Chicoutimi et professeur de finance Vincent Morin n’est pas en mesure de déterminer qui a raison entre le conseiller municipal Michel Potvin et le maire de Saint-Honoré, Bruno Tremblay. Le premier considère que les citoyens préfèrent Saint-Honoré pour des terrains à bas prix alors qu’ils bénéficient gratuitement des infrastructures de la grande ville.

Le second défend son patelin avec l’argument voulant que les contribuables de Saint-Honoré participent à l’activité économique de Saguenay en plus des travailleurs de Niobec qui habitent au sud.

« Les deux ont un peu raison dans les arguments qu’ils avancent, mais il faut bien identifier les infrastructures dont il est question. Ça peut s’appliquer à un équipement d’une grande ville qui est utilisé par des contribuables des autres communautés », souligne le professeur.

Il cite en exemple la construction d’un nouvel amphithéâtre comme le propose la mairesse de Saguenay. Des citoyens de Saint-Honoré pourraient utiliser cette infrastructure pour différentes raisons et payer un billet comme le citoyen de Saguenay. La différence est que le citoyen de Saguenay aurait en plus à payer pour l’érection de l’amphithéâtre sur son compte de taxes.

Vincent Morin, directeur du département des sciences administratives de l’UQAC

Lors de la dernière ronde des fusions municipales, le gouvernement du Québec souhaitait créer des pôles pour générer une plus grande force économique. Selon Vincent Morin, cette grande opération n’a pas permis de réaliser des économies d’échelle et le professeur estime que le monde municipal échappe à cette loi de la gestion qui veut que les regroupements et les grands nombres permettent de réaliser des économies.

« Quand on parle de grandes villes, on parle aussi de grandes structures. Les syndicats sont puissants et on a souvent des conditions supérieures à ce qui est accordé dans des plus petites villes. Il y a donc aujourd’hui des gens qui pensent que “small is beautiful” et font donc le choix d’aller vivre dans des petites villes situées à proximité de plus grands centres. Il existe aussi des réalités historiques qui font que des gens décident de demeurer dans des plus petites communautés. »

Le croisement de certaines données gouvernementales confirme cependant que cette tendance à l’étalement urbain finit par coûter cher à l’ensemble de la collectivité, et ce, autant pour les contribuables des grandes villes que ceux qui optent pour les banlieues ou les petites villes de proximité.

Vincent Morin a à l’esprit une année financière au gouvernement du Québec. Le ministère de l’Éducation avait alloué un milliard de dollars pour la construction des nouvelles écoles au primaire. Les statistiques sur la clientèle scolaire démontraient qu’il n’y avait pourtant aucune augmentation de clientèle au niveau primaire. Ces constructions avaient été justifiées par des déplacements de population.

Cette situation démontre que le gouvernement a été dans l’obligation de dédoubler des infrastructures afin de combler les besoins des citoyens.

Le gouvernement de l’Ontario avait aussi mesuré les coûts générés par ce dédoublement d’infrastructures dans la grande région de Toronto qui a été le théâtre d’un étalement urbain assez important dans les 30 dernières années. Selon Vincent Morin, un important rapport en arrivait à la conclusion que l’État devait réaliser 20 % de plus d’investissements pour assumer le dédoublement des infrastructures. Il s’agissait d’une facture de plusieurs dizaines de milliards de dollars pour les contribuables de l’Ontario qui devaient assumer cette réalité.