Les vagues sous-marines ont été observées à L'Anse-de-Roche à la suite de différentes échographies. Elles ont été évaluées à plus de 10 mètres, en plus de provoquer d'importants remous à la surface.

Les vagues sous-marines démystifiées

Les vagues à la surface de l'eau sont fréquentes et surtout bien visibles. Les vagues sous-marines, elles, sont bien plus mystérieuses. Une équipe de chercheurs de l'Institut des sciences de la mer de Rimouski (ISMER), de l'Institut Maurice-Lamontagne (IML) et du regroupement Québec-Océan a récemment fait une importante découverte à la hauteur de L'Anse-de-Roche, près de Sacré-Coeur, ce qui leur a permis de comprendre un mécanisme et de faire un soupçon de lumière sur la question.
Des échographies prises dans le fjord du Saguenay ont permis de faire la lumière sur la présence de vagues sous-marines.
S'ils savaient que les vagues sous-marines existaient dans le fjord du Saguenay, l'équipe de scientifiques a assisté au phénomène en direct. Celui observé dans le Saguenay est le croisement de deux courants marins; celui du Saguenay (eau douce) et celui de l'estuaire du Saint-Laurent (eau salée). L'écart de température de l'eau entre deux courants peut également provoquer des vagues sous-marines. La recherche a été effectuée à l'été 2015. Les vagues sous-marines ont été observées à L'Anse-de-Roche à la suite de différentes échographies. Elles ont été évaluées à plus de 10 mètres, en plus de provoquer d'importants remous à la surface.
«La découverte est d'avoir compris un des mécanismes qui provoque les vagues sous-marines, explique le professeur Daniel Bourgault, de l'ISMER. Avant, on ne savait pas trop d'où ça venait. Ces mécanismes étaient souvent suggérés en laboratoire ou par des théories, mais étaient rarement observés. C'est assez rare que ça arrive en mer et ce qui est original avec notre recherche, c'est qu'on a pu observer un des mécanismes en temps réel.»
L'océanographe physicien effectue des recherches dans le Saguenay depuis plusieurs années. Une autre expédition est à l'horaire l'été prochain dans le but de se concentrer uniquement sur le mécanisme recueilli sur les vagues sous-marines. À l'été 2015, le projet de recherche se déroulait autour des zones internes, dans les eaux du fjord, et c'est un peu par hasard si l'équipe a réussi à recueillir les précieuses données.
«On n'a vu le phénomène qu'une fois, ou à peu près, et on ne l'a pas échantillonné beaucoup, met en contexte Daniel Bourgault. Cette fois, on sait plus où aller, quoi chercher, à quel endroit chercher et à quel moment de la marée. On veut observer le phénomène plusieurs fois pour bien le comprendre. Est-ce que ça arrive régulièrement? Est-ce que c'était un coup de chance et que ça n'arrive pas si souvent que ça? Il y a plein de choses qu'on ne sait pas et on veut pousser la recherche pour approfondir ce mécanisme.»
Impacts probants
Le mouvement provoqué par les vagues sous-marines aurait également des effets sur le développement du phytoplancton, à la base de la chaîne alimentaire des espèces marines. L'organisme, qui a besoin de lumière pour croître, se nourrit habituellement des nutriments à la surface de l'eau, et les remous qui remontent l'eau de fond permettraient de fournir un apport continu en nutriments, a fait savoir le professeur Cédric Chavanne, collègue de Daniel Bourgault à l'Institut des sciences de la mer de Rimouski.
De plus, le mouvement des vagues sous-marines pourrait même avoir un effet sur la vitesse de croisière des paquebots qui sillonnent le fjord.
«Les gros navires provoquent un tirant d'eau qui génère des ondes internes et ces ondes font ralentir l'avancée du bateau, signale M. Chavanne. Il s'agirait sans doute d'un ralentissement minime, mais il serait tout de même bon de quantifier jusqu'à quel point.»
Vers une référence mondiale
Les fruits de l'étude sur les vagues sous-marines observées dans le fjord du Saguenay sont maintenant accessibles à tous les scientifiques de la planète. Le long article vient d'être publié sur le site de la réputée revue Nature Communications, devenant ainsi une référence pour les autres intervenants du milieu.
Le rapport final des observations sur le phénomène a été soumis à la revue anglaise l'hiver dernier, avant d'être accepté à l'automne pour finalement être publié cette semaine.
«Ça serait de la fausse modestie de dire que ça ne nous fait rien, c'est une revue très prestigieuse», concède le professeur Daniel Bourgault.
La dernière découverte des scientifiques est d'autant plus encourageante qu'elle risque de devenir une référence pour les autres chercheurs du monde. Les chercheurs de l'ISMER, de l'IML et de Québec-Océan croient que le mécanisme ne se produit pas exclusivement dans le fjord du Saguenay.
«Notre découverte n'est pas anecdotique, elle est davantage fondamentale, souligne M. Bourgault. Ce phénomène peut se reproduire dans le Saint-Laurent, dans les fjords en Norvège et n'importe où dans le monde. On pense avoir découvert un mécanisme qui peut s'appliquer un peu partout. Un chercheur de l'Australie va pouvoir lire notre publication qui concerne le phénomène observé dans le Saguenay, mais ça pourrait l'aider à interpréter ses propres observations.»