La directrice générale de la Société historique du Saguenay, Joëlle Hardy, s’inquiète de la refonte des critères de financement des centres d’archives québécois par Bibliothèque et archives nationales du Québec (BanQ)

Les sociétés historiques sur le qui-vive

La révision des critères encadrant l’octroi de financement par Bibliothèque et archives nationales du Québec (BanQ) aux 32 centres d’archives de la province et le retrait du statut d’agrément à sept d’entre eux font craindre le pire aux sociétés historiques du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

L’été dernier, BanQ a annoncé qu’à compter de 2018, seulement 25 centres d’archives pourraient conserver leur statut d’agrément, valide pour une période de deux ans. Cette reconnaissance est assortie d’un soutien financier. Pour la Société historique du Saguenay, il s’agit d’une aide de 26 000 $. L’organisme reçoit une subvention additionnelle dans le cadre d’un projet précis, ce qui porte l’enveloppe moyenne annuelle à environ 33 000 $. Cette somme est impérative aux activités de l’organisme. 

La Société historique a beau être l’un des plus anciens et des plus grands centres d’archives de la province, elle n’est pas à l’abri du couperet de Québec. La situation inquiète la directrice générale, Joëlle Hardy, et ses collègues du Lac-Saint-Jean.

« Notre statut ne nous permet pas d’affirmer que nous serons épargnés. Nous avons déposé notre dossier de demande de financement et nous devrions avoir une réponse en mars », a-t-elle expliqué, en entrevue.

La menace plane sur l’ensemble des centres d’archives québécois, une situation très préoccupante aux yeux de la directrice. Les budgets accordés à BanQ par le ministère de la Culture et des Communications du Québec (MCCQ) n’ont pas été majorés depuis 25 ans. Joëlle Hardy et ses collègues estiment que le gouvernement doit accorder plus d’importance à la préservation, à la conservation, à l’entreposage et à la mise en valeur des éléments qui forment la mémoire et l’identité collective de la population québécoise.

La reconnaissance de BanQ sera dorénavant accordée selon des critères de performance, ce que déplore Joëlle Hardy avec véhémence. « Il y a des objectifs et des cibles à atteindre concernant l’acquisition de documents, le traitement et l’utilisation des services par la population. On est dans un mode de performance, où les exigences sont accrues et les budgets ne suivent pas », fait-elle valoir. La DG explique qu’en plus du retrait du statut d’agrément à sept centres, le financement de 850 000 $ versé aux établissements soutenus sera réduit à 700 000 $. Un montant de 150 000 $ sera donc transféré vers un programme de soutien au traitement, dont pourraient bénéficier des organisations qui ne sont pas des sociétés d’histoire, mais qui conservent des documents d’archives qui présentent un intérêt national. 

Maillon affaibli

Nombreuses sont les organisations à tirer profit de l’existence des centres d’archives. Musées, médias, établissements d’enseignement et chaires de recherche, entre autres, ont recours aux services d’archivage et de consultation de documents.

« Ces autres organisations sont importantes. Mais on est au début de la chaîne et il ne faut pas qu’on devienne le maillon faible », martèle Joëlle Hardy. 

La directrice pointe que plus le temps avance, plus il y a d’archives. Évidemment, le nombre de documents à traiter et à conserver n’ira pas en diminuant. 

« La rationalisation qui se fait parfois en entreprise privée ne s’applique pas à nous parce qu’on n’est pas dans une situation dégressive. La quantité de documents progresse à un rythme imprévisible. On va toujours être plus grand, mais ont doit fonctionner avec moins d’argent. En plus, on est maintenant face à des archives numériques. Il y a un changement de paradigmes et on doit prendre un virage qui nécessite l’utilisation de ressources technologiques », poursuit Joëlle Hardy, précisant que les archivistes sont des personnes qualifiées et spécialisées détenant deux diplômes universitaires. Trois employés oeuvrent à temps plein à la Société historique du Saguenay. 

PLUS DE DOCUMENTS SERONT MIS EN VALEURS, CROIT LA DIRECTION DE BANQ

La direction de BanQ croit que la révision du programme aura peu d’impacts sur les centres d’archives privés déjà agréés. Selon la directrice générale et conservatrice, Hélène Laverdure, ceux qui détenaient déjà une reconnaissance devraient la conserver. 

Au cours d’un bref entretien téléphonique, la responsable a également précisé que la répartition du financement de façon différente favorisera la mise en valeur de davantage de documents par des fonds d’archives privés. Quant aux nouveaux critères d’évaluation, Hélène Laverdure estime qu’il est tout à fait normal que l’argent gouvernemental soit octroyé à des centres d’archives performants et qu’il est donc nécessaire d’établir des critères selon des cibles d’acquisition et de traitement.

Précisant que l’organisme qu’elle dirige ne fait que répartir les sommes accordées par le Ministère aux sociétés historiques, Hélène Laverdure a convenu que l’octroi de plus d’argent de la part de Québec pour la conservation, la manipulation et la préservation des archives serait «apprécié».