Mario Roberge, président de l'UPA du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Luc Berthold, député conservateur de Mégantic-L'Érable, et Michel Frigon, Sylvain Boily et Réjean Plourde, administrateurs de l'Association des producteurs de lait du Saguenay-Lac-Saint-Jean, ont dénoncé les décisions du gouvernement Trudeau.

Les producteurs laitiers insatisfaits du gouvernement fédéral

Les producteurs laitiers du Saguenay-Lac-Saint-Jean sont insatisfaits du gouvernement de Justin Trudeau. Le Parti libéral a décidé de suspendre les demandes acheminées pour le Programme d'investissement pour fermes laitières (PIFL) tout en limitant à 250 M $ sur cinq ans les sommes disponibles.
À l'invitation du député conservateur de Mégantic-L'Érable, Luc Berthold, le président régional de l'UPA, Mario Théberge, accompagné des membres du conseil d'administration de l'Association des producteurs de lait régionaux, Michel Frigon, Sylvain Boily et Réjean Plourde, ont dénoncé le fait que huit jours après le lancement du PIFL, le programme a été fermé sous prétexte que le nombre de demandes a atteint la limite.
Ce programme financier vise au départ à augmenter l'efficacité des fermes laitières pour le remplacement des équipements de traite, hausser le confort animal avec le réaménagement des stalles, la mise en place d'équipements de ventilation, etc.
Dans le contexte de la mise en application du nouvel accord de libre-échange Canada-Europe, les producteurs verront entrer sur le marché canadien 17 000 tonnes de fromage, une perte estimée entre 110 et 150 M $ par année.
Selon Michel Frigon, un producteur d'Albanel, même si le programme est le bienvenu, il est évident qu'il y a un manque flagrant d'aide financière compte tenu du nouveau contexte avec l'Europe, mais aussi du fait que les producteurs ont le vent dans les voiles. « Les producteurs sont dynamiques. Ils connaissent une hausse de part de marché de 11 %. Les volumes de quotas sont en hausse de 20 % parce que la consommation est en croissance. C'est le cas pour le beurre et la crème qui sont en croissance de consommation de 4 % annuellement. Les usines de production sont accotées », affirme le producteur. La mode des « foodys » et la diffusion d'émissions de télévision avec des chefs réputés contribuent à mousser les hausses de produits laitiers.
Même si le contexte de production est favorable, rien n'indique qu'il en sera toujours ainsi avec l'entrée en vigueur de l'accord Canada-Europe, d'où l'importance pour les producteurs d'investir dès maintenant dans leur ferme laitière.
Le PIFL permet des aides financières pouvant varier entre 60 000 $ pour des projets d'investissements mineurs jusqu'à 250 000 $ pour des projets plus importants, explique Sylvain Boily. Or, selon lui, l'annonce d'un programme de 250 M $ pour 12 000 producteurs au Canada est nettement insuffisante.
Les porte-parole ont mentionné que depuis plusieurs décennies, les producteurs laitiers font les frais des accords internationaux, peu importe que ce soit avec les États-Unis ou l'Europe. On y rappelle que les producteurs ont dû affronter plusieurs crises causées par l'importation américaine de « kits de pizza » qui permettait l'entrée de fromage américain sur le marché en dehors des réglementations canadiennes, du lait au chocolat ou dernièrement du lait diafiltré. « Chaque fois, c'est nous qui devons absorber des pertes de revenus en signant des ententes avec des prix à la baisse sur le marché », explique M. Plourde.
Les producteurs voient également arriver à l'horizon la renégociation de l'ALÉNA et les revendications du président Donald Trump qui souhaite « s'ingérer » dans le système de gestion de l'offre canadien, un système basé sur le partenariat entre les producteurs, les consommateurs et le gouvernement.
Quant à M. Théberge, ce dernier s'est dit prêt à appuyer les producteurs laitiers dans leurs démarches qui débutent par une campagne de sensibilisation du grand public.
Une « fermeture temporaire », dit Jean-Claude Poissant
(Katerine Belley-Murray) - Le secrétaire parlementaire du ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire, Jean-Claude Poissant, affirme qu'il ne s'agit que d'une fermeture temporaire. Toutefois, il ne veut pas s'avancer quant au fait que le programme pourrait être bonifié.
« Nous avons averti les associations dix jours à l'avance pour que les agriculteurs aient le temps de se préparer. Les 3000 demandes vont être traitées et les producteurs vont recevoir éventuellement l'argent, à moins qu'ils ne soient pas éligibles ou qu'ils se désistent. »
Pour la première année du programme, l'enveloppe est de 16 M $. Le 250M $ sera dépensé sur cinq ans. Certaines conditions font en sorte que des producteurs pourraient recevoir jusqu'à 250 000 $. Toutefois, le secrétaire parlementaire assure que le programme sera rouvert à d'autres demandes éventuellement, sans vouloir dire à quel moment. Le gouvernement verse 50 % du montant total des projets retenus.
Le député de Chicoutimi-Le Fjord, Denis Lemieux, y voit pour sa part un signe que les producteurs agricoles veulent moderniser leurs installations.
« Il y a des points extrêmement positifs là-dedans parce que ça nous donne un signal incroyablement fort que les agriculteurs canadiens veulent se moderniser. Comment on peut les aider ? Qu'est-ce qu'on peut trouver comme avenue ? Nous n'avons rien à annoncer aujourd'hui, mais ça ouvre la porte. »