Les producteurs de bleuets menacent de demander la fin du monopole

Si le Syndicat des producteurs de bleuets du Québec (SPBQ) n’arrive pas à négocier une nouvelle convention de mise en marché en bleuetière, les administrateurs pourraient demander à la Régie des marchés agricoles de briser le monopole qui lie les producteurs aux transformateurs. Le but : trouver d’autres clients et améliorer le prix payé aux producteurs.

« On aimerait mieux s’entendre pour partager la tarte de façon équitable », lance Daniel Gobeil, le président du SPBQ, qui laisse toutefois l’option de briser le monopole ouverte, si les producteurs ne parviennent pas à s’entendre avec les transformateurs comme Bleuets Mistassini et Les bleuets sauvages du Québec.

Selon la Convention de mise en marché en bleuetière signée entre les producteurs et les transformateurs, les producteurs doivent obligatoirement vendre leurs bleuets aux transformateurs de la région. Même si cette convention est échue depuis 2016, elle est automatiquement renouvelée si une autre convention n’est pas signée, explique ce dernier. « On a consenti autrefois à renoncer à la concurrence, en échange d’avoir les coûts d’usinage, le prix de vente et le droit de vérifier ces chiffres, ajoute M. Gobeil. À ma connaissance, on n’a jamais exercé ce droit. »

À quelques reprises, des données ont été vérifiées, mais jamais l’ensemble des coûts des transformateurs, souligne ce dernier. Et c’est pourquoi le syndicat qu’il préside a fait une demande d’arbitrage à la Régie des marchés agricoles afin qu’un vérificateur indépendant puisse attester des coûts de transformation présentés par les transformateurs. « On veut connaître le coût d’usinage réel », dit-il. Cette demande d’arbitrage devrait être entendue par la régie à la fin du mois d’avril.

Ces données permettront donc de négocier une nouvelle Convention de mise en marché en bleuetière, espère Daniel Gobeil. « Si on n’est pas capable de s’entendre pour partager les revenus des bleuets, on va faire une demande à la Régie pour se sortir du monopole et faire entrer la concurrence », dit-il.

« Dans l’entente initiale, c’est écrit que l’acheteur effectue la vente au bénéfice du producteur », ajoute le président. Et une nouvelle entente devrait justement mettre l’accent sur la rétribution aux producteurs.

Il propose par exemple de laisser calculer une marge de 5 ou 6 % aux transformateurs, puis de redistribuer 80 à 90 % des profits restants aux producteurs, après avoir déduit les coûts de production. « Étant donné que les transformateurs sont déjà de très gros producteurs, ils vont faire plus d’argent avec leurs bleuetières », soutient Daniel Gobeil, qui voit cette option comme gagnante pour tous.

Selon une étude réalisée par le Centre d’études sur les coûts de production en agriculture en 2014 et 2015, ceux-ci atteignent 0,49 $/livre en bleuetière. Avec un prix de 0,33 $/livre en 2017, les petits producteurs sont à bout de souffle et une nouvelle entente est nécessaire pour assurer leur survie, ajoute Daniel Gobeil. En 2018, les producteurs ont reçu un premier paiement de 0,35 $/livre, mais le prix final ne sera connu qu’au mois d’août.

En novembre dernier, Réjean Fortin, le président de Bleuets Mistassini, estimait qu’une différence d’interprétation poussait le SPBQ à demander l’arbitrage, car différentes vérifications par des membres du syndicat avaient mené à des ententes par le passé.

Même son de cloche pour Jean-Eudes Senneville, de Bleuets sauvages du Québec, qui croit que le prix offert aux producteurs est juste, car les vérifications précédentes ont toujours donné raison aux transformateurs.

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DÉMISSION SURPRISE DU DG

Le Syndicat des producteurs de bleuets du Québec (SPBQ) doit à nouveau se trouver un directeur général après la démission de Gaétan Dallaire. Jacques Dallaire, directeur général de l’organisation de 1994 à 2006, assurera l’intérim en attendant l’embauche d’une nouvelle ressource. 

Selon le président du SPBQ, Daniel Gobeil, Gaétan Dallaire n’a pas donné de raison particulière pour justifier son départ. « Avant son embauche, il hésitait entre le poste pour le syndicat ou un emploi dans une scierie, a-t-il commenté. J’imagine qu’il a choisi l’autre option. »

Lors d’une rencontre du conseil d’administration tenue mercredi dernier, les administrateurs ont donc choisi Jacques Dallaire pour assurer l’intérim à titre de directeur général. 

« Ça nous a pris par surprise, mais l’expérience de Jacques Dallaire va nous permettre de garder le bateau à flot et d’aider à la formation du futur directeur général », a ajouté Daniel Gobeil. 

Un comité de sélection a été mis sur pied afin de trouver la bonne ressource qui devra travailler sur deux dossiers chauds dès son embauche, soit la négociation d’une nouvelle convention et la demande de vérification du prix auprès de la Régie des marchés agricoles alloués pour les bleuets en 2017. 

Gaétan Dallaire a occupé le poste de directeur général du SPBQ durant moins d’un an, après le départ de Gervais Laprise en janvier 2018.