Giovanni Grenon a été honoré par Saguenay et la mairesse Josée Néron en juin dernier. Il a reçu la médaille du souverain pour les bénévoles.

Les policiers doivent en parler

«Les événements impliquant des enfants sont les plus difficiles à vivre. Il y a des fois où on ne se rend pas compte totalement de ce que l’on vit. Pour s’en sortir et passer au travers, il faut en parler. Avec nos collègues et nos proches. Et il ne faut pas hésiter à demander de l’aide.»

Le patrouilleur de la Sûreté du Québec Giovanni Grenon a vécu des épisodes assez particuliers et surtout très pénibles depuis le début de sa carrière.

Même s’il a fait face à des événements atroces dans le cadre de son travail, Giovanni Grenon sait qu’il n’est pas à l’abri d’une passe difficile. Il a d’ailleurs déjà demandé de l’aide et est même sorti en maladie afin de refaire le plein d’énergie.

«Lorsqu’un enfant est impliqué, c’est ce qui est le plus dur. Je me souviens d’une mère de famille dépressive sur la Côte-Nord. Un soir, elle a consommé de la drogue et de la boisson. Elle a vidé son congélateur et s’est couchée à l’intérieur.»

«Le lendemain matin, sa mère est inquiète, car elle ne répond pas. Elle nous demande de vérifier, craignant qu’elle ait fait quelque chose de grave, surtout que sa fille de quatre ans s’y trouve. C’est la petite qui a découvert le corps de sa mère en allant se chercher un Mr Freeze dans le congélateur. L’enfant est allée tout de suite se cacher sous son lit. À notre arrivée, on craignait que les deux soient morts», de poursuivre M. Grenon.

Celui-ci indique que les policiers ne doivent pas se replier sur eux-mêmes. Il faut en parler à ses proches et à ses collègues, clame-t-il.

20 ans plus tard

Si quelques policiers parviennent à demander de l’aide rapidement, ce n’est pas le cas pour tous les agents.

Giovanni Grenon, policier à la Sûreté du Québec, avoue que les événements impliquant des enfants ne sont pas faciles à vivre.

Cyril Lapointe, ex-membre de l’Unité d’urgence de la SQ pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean, a pris sa retraite en 1997, après 28 ans de carrière.

Il a souvent été au coeur de l’action. Il a longtemps été le premier appelé à se rendre sur les lieux de divers drames.

«Durant toutes ces années, tu ne t’inquiètes pas avec ce qui se passe autour de toi. On n’a pas le temps de penser à autre chose. Il n’y a que le travail. On ne se rend pas compte de quoi que ce soit», de dire M. Lapointe.

«Mais 20 ans après ma retraite, j’ai eu besoin d’aide. J’ai été opéré à un genou et il y a eu une complication. Les médecins m’ont sauvé la vie. Et là tout d’un coup, tout est revenu à mon esprit. Je me suis dit que c’était assez. J’ai demandé de l’aide. Je consulte encore chaque semaine», indique l’homme qui aura bientôt 70 ans.

De l’aide à La Vigile

Cyril Lapointe remercie les gens de La Vigile (à Québec), un organisme à but non lucratif (OBNL), qui vient en aide aux gens qui portent l’uniforme, soit les policiers, pompiers, ambulanciers, douaniers, infirmiers et autres.

«On est chanceux d’avoir La Vigile. Ces gens-là nous viennent beaucoup en aide. Mais ce n’est pas assez connu. Le problème, c’est que les jeunes policiers ne veulent rien savoir de cette aide, que nous n’avions pas dans le temps qu’on était sur la route», précise M. Lapointe.

Patrice Grégoire, policier à la retraite et bénévole pour La Vigile depuis 2010, explique que les thérapies sont d’une durée de 30 jours et se font entre personnes qui ont subi un choc post-traumatique ou en dépression.

«C’est un lieu de repos et de thérapie pour ceux qui portent l’uniforme. On sait que certains décantent plus facilement, mais que d’autres peuvent vivre le même genre d’événements plus difficilement.»

«Mais il y a possibilité de mieux faire. On pourrait créer une sentinelle, quelqu’un qui pourrait voir la lumière jaune chez un policier, le voir avant qu’il ne mette les genoux à terre. Ce serait un filet de sécurité additionnel pour éviter que des drames se produisent», de dire Patrice Grégoire.