Les physios en demande pendant la pandémie

Samuel Duchaine
Samuel Duchaine
Le Quotidien
Le télétravail vient avec plusieurs avantages, mais aussi de nombreux inconvénients, dont les positions de travail parfois inadéquates. C’est pour cette raison que le nombre de clients a bondi dans les cliniques de physiothérapie.

« Je n’ai pas de chiffres ou de statistiques officielles qui confirment l’augmentation, mais on remarque que beaucoup de gens consultent pour un peu les mêmes types de douleurs qui sont souvent associées à des positions statiques pendant une longue période et des positions qui ne sont pas ergonomiques », lance d’entrée de jeu Jérôme Ruel, physiothérapeute chez Remix Santé, à Chicoutimi.

Les douleurs sont souvent les mêmes. On parle de douleurs au niveau des épaules et du cou, mais aussi au dos, aux bras et aux poignets. « Ce sont des douleurs qui étaient déjà reconnues comme problématiques chez les gens qui ont des emplois de bureau et qui travaillent en position statique. Effectivement, depuis le début de la pandémie, on voit plus de gens affectés par cette problématique et c’est étroitement lié au télétravail », poursuit M. Ruel.

« Les gens arrivent avec leur douleur, mais ne font pas nécessairement le lien avec leur télétravail. On veut savoir comment ils sont installés à la maison. À force de poser des questions, on se rend compte qu’il y a des lacunes et on finit par établir un lien entre les deux. C’est une réalité qu’on a observée depuis le début de la pandémie », confirme Jean-Benoit Ouellet, physiothérapeute à la Clinique Lambert Physio, à Chicoutimi.

Faire sa part

Ceux qui ont adopté le télétravail du jour au lendemain se sont aussi retrouvés, pour la grande majorité, dans des environnements de travail qui sont moins ergonomiques, comme sur la table de cuisine ou sur le divan.

« C’est arrivé tellement vite et les employeurs ont voulu se retourner rapidement. Pour certains, ç’a été plus long pour bien organiser les gens à la maison. S’adapter, ça entraîne des coûts supplémentaires et ce n’est pas tout le monde qui a les ressources pour avoir un bureau adéquat à la maison », fait savoir M. Ruel.

De son côté, Jean-Benoit Ouellet croit que les gens ont intérêt à investir dans de l’équipement, plutôt que de courir le risque d’avoir des douleurs. « Il y a beaucoup d’employeurs qui ont permis aux employés d’apporter l’équipement du bureau à domicile et je les félicite, mais ce n’est pas tout le monde qui peut le faire. Il y en a qui nous ont dit que leur employeur ne veut pas payer pour de l’équipement, mais c’est mieux pour eux de s’équiper eux-mêmes. Ça revient pas mal moins cher que de consulter un physio ou un chiro à plusieurs reprises », souligne M. Ouellet.

Rester actifs

Au-delà de l’ergonomie, il y a la position statique prolongée qui est souvent problématique. Le fait que les gens restent immobiles, en plus d’être dans une mauvaise position, représente une des causes importantes des consultations en physiothérapie. Ne pas sortir de la maison et ne plus se retourner vers un collègue, par exemple, rendent la position statique plus présente chez les gens en télétravail.

« Dans une réunion, on se tourne la tête vers la personne qui parle, alors que là, c’est en visioconférence et on a les yeux fixés sur l’écran. Il y a aussi les moments où on va poser une question à un collègue. Maintenant, on le fait par téléphone ou courriel, donc on ne bouge pas. Les déplacements sont moins fréquents. Même le fait de ne pas avoir à sortir, à prendre sa voiture, ç’a un impact », explique Jean-Benoit Ouellet.

Pour contrer ça, les deux physiothérapeutes recommandent de rester actifs. « On recommande de se lever aux 20 ou 25 minutes de travail et de bouger un peu. Ça peut avoir un impact intéressant sur la diminution des tensions, même encore plus important que d’être installés d’une façon ergonomique. Donc, quelqu’un qui est bien installé et qui prend le temps de se lever, de se dégourdir et de se réinstaller, ça peut être une stratégie pour aider à diminuer les douleurs liées au télétravail », conseille Jérôme Ruel.

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Six trucs rapides pour améliorer l’ergonomie de votre poste de travail

Chaise

Régler la hauteur et l’inclinaison du siège pour que les pieds soient en appui sur le sol et que les cuisses soient parallèles au sol. Si le mobilier est fixe et trop haut, ajuster la hauteur du fauteuil pour adopter la posture décrite et ajouter un repose-pied si vos pieds ne sont pas appuyés sur le sol. Régler légèrement l’inclinaison du dossier vers l’arrière. Le bas du dos doit être bien supporté. 

Régler la hauteur des appuie-bras pour que les épaules soient relâchées, les bras près du corps et les avant-bras appuyés sur les appuie-bras. S’ils ne sont pas ajustables ou s’ils sont encombrants, il est préférable de les enlever.

Surface de travail

Le fauteuil doit glisser facilement sous le bureau. Rapprocher ensuite le plus possible votre tronc du bureau, et repousser le clavier et la souris devant soi pour les éloigner du bord de la table. 

Écran

Régler adéquatement la hauteur et la distance de l’écran. Placer l’écran devant soi et l’ajuster pour qu’il soit à une distance égale à la longueur d’un bras. Le haut de l’écran doit être à la hauteur des yeux. La tête doit être droite. Ajuster l’angle de l’écran afin d’optimiser le confort visuel. L’utilisateur qui porte des verres à foyer progressif devra possiblement ajuster l’écran plus bas. 

Clavier et souris

Placer la souris tout près du clavier et s’assurer que la main est en ligne droite avec l’avant-bras. Utiliser un clavier mince et plat ou réduire l’inclinaison du clavier en abaissant ses pattes arrière et, au besoin, ajouter un repose-poignet. Si un porte-copie est utilisé, l’installer près de l’écran, à la même hauteur, ou devant soi, entre le clavier et l’écran. 

Fatigue visuelle

Il est conseillé de nettoyer l’écran fréquemment, de régler les boutons de la luminosité et du contraste, de modifier la résolution de l’écran pour grossir les caractères et les icônes, ainsi que de faire régulièrement de courtes pauses en regardant au loin. Ces petits gestes permettront à vos yeux de travailler plus efficacement sans se fatiguer, ce qui peut entraîner des maux de tête.

Ordinateurs portables

Pour les ordinateurs portables, la CNESST suggère d’utiliser un clavier et une souris externes, et de n’utiliser l’ordinateur que pour l’écran, en essayant de le positionner comme pour un ordinateur conventionnel. Si vous n’avez pas de souris ou de clavier externes, il est conseillé d’utiliser l’ordinateur portable sur une courte période. Il est déconseillé d’utiliser l’ordinateur portable dans les moyens de transport, comme l’autobus ou le train. Il est préférable de lire des documents imprimés sur papier plutôt que de travailler à l’ordinateur, dans la mesure du possible.