Le fiscaliste François Imbeau

Les particuliers oubliés

Le fiscaliste François Imbeau a rarement vu aussi peu de mesures fiscales intéressantes pour les particuliers dans un budget fédéral.
Habitué à dépouiller un document qui compte souvent 500 pages et plus, l'associé chez Deloitte à Chicoutimi a été surpris d'avoir plutôt entre les mains un budget de quelque 300 pages.
« L'essentiel du budget n'est pas dans les mesures fiscales », a-t-il souligné en entrevue avec Le Quotidien, en soirée. Les mesures touchant l'innovation et la formation pour les entreprises occupent la plus grande part du budget.
Particuliers
Après avoir survolé le document une première fois, il a néanmoins pu identifier quelques mesures qui auront un impact sur la déclaration de revenus des Canadiens. « Il y a plusieurs ajustements de crédits d'impôt pour les particuliers, mais sans plus », a-t-il précisé.
Le fiscaliste explique que les trois crédits d'impôt auxquels étaient admissibles les proches aidants ont simplement été fusionnés en un seul. « Il n'y a rien qui change pour eux », a-t-il noté.
Parmi les autres mesures qui sont susceptibles d'attirer davantage l'attention des contribuables, il énumère l'abolition du crédit d'impôt pour le transport en commun et l'admission de cours axés sur l'application en milieu de travail au crédit d'impôt pour études postsecondaires.
Il souligne aussi que sans avoir un impact sur la déclaration de revenus, la hausse de taxe de 2 % sur l'alcool qui sera imposée aux producteurs aura un impact sur le porte-feuille des consommateurs, qui se verront éventuellement refiler la facture. « On va taxer nos vendredis soirs ! » a lancé le fiscaliste avec une pointe d'humour.
Entreprises
Du côté des entreprises, plusieurs entrepreneurs ont certainement été soulagés d'apprendre que le taux d'inclusion du gain en capital n'était finalement pas révisé dans le budget déposé, après les rumeurs qui ont circulé sur le sujet. Néanmoins, le gouvernement a annoncé qu'une étude sur la fiscalité des entreprises sera lancée.
François Imbeau s'attend à ce que les sorties de fonds des compagnies et le fractionnement du revenu entre les membres d'une même famille subissent des modifications à la suite de cette étude.
Il est aussi à noter que les professionnels tels que les médecins, les notaires, les avocats, les comptables et les dentistes devront dorénavant inclure leurs travaux en cours (services effectués, mais pas encore facturés) dans leurs revenus. Ils auront donc deux ans pour passer leur « banque de travaux en cours », ce qui mettra une pression sur leurs finances, analyse M. Imbeau.
Autochtones
Le gouvernement a aussi annoncé que des négociations seront entreprises avec les Premières Nations dans tout le pays pour identifier une façon de générer des revenus pour les communautés autochtones, par l'imposition ou la taxation. Ces négociations, plus avancées dans l'Ouest canadien, devraient donc aussi être à l'avant-plan dans les communautés de l'est du pays.
La députée de Jonquière, Karine Trudel,
Rien pour les travailleurs forestiers, déplore Karine Trudel
La députée néo-démocrate de Jonquière, Karine Trudel, aurait aimé que le budget propose un programme de garanties de prêts pour les travailleurs forestiers pour les aider à affronter la surtaxe américaine sur le bois d'oeuvre qui s'annonce.
« Je n'ai pas été impressionnée par le budget, a-t-elle indiqué, en entrevue téléphonique. Des travailleurs forestiers étaient sur place, pour assister à la lecture, et rien n'a été annoncé pour eux. »
Un programme de garanties de prêts permettrait aux travailleurs forestiers de les aider à conserver ou à acheter de la machinerie forestière, par exemple, dans un contexte où une surtaxe risque de miner l'industrie canadienne. « On peut s'attendre à une surtaxe d'ici la fin avril ou la fin mai, et pendant que les travailleurs devront attendre que le conflit se règle devant les tribunaux, un programme de garanties de prêt les aiderait », a-t-elle pointé.
Elle accueille cependant favorablement les mesures du budget qui encourageront les constructions en bois. « Sauf que la mesure s'applique seulement dans un an, et c'est maintenant que l'industrie en a besoin », a reproché la députée.
Mme Trudel aurait aussi souhaité voir dans le budget une bonification du programme de l'assurance emploi et soutenir les travailleurs saisonniers dans la région. L'annonce d'investissements pour soutenir l'innovation lui semble de prime abord positive, si la région arrive à répondre aux exigences du gouvernement et à tirer son épingle du jeu.