Village de sécurité routière.

Les oubliés

Depuis une décennie, ils attendent patiemment, silencieusement, un regard bienveillant des autorités municipales de Saguenay.
Leur groupe avait cru naïvement mériter une parcelle de l'énorme budget consacré aux loisirs, aux activités culturelles et à l'urbanisme depuis la campagne électorale de 2009. Une enveloppe relativement modeste de quelque 50 000$ aurait suffi à rendre confortable durant un autre quart de siècle le Boulodrome aujourd'hui disparu avec le Village de sécurité routière.
Indifférence
Les oreilles de l'hôtel de ville étaient sourdes aux appels de ces citoyens trop dociles. Le conseiller du secteur, Marc Petterson, l'élu de toutes les causes sauf celle de la génération qui s'éteint, s'est rendu une fois ou deux au Boulodrome vérifier l'intérêt des aînés pour la pétanque. Il avouait toutefois ignorer complètement les intentions du conseil municipal dont il est pourtant l'un des membres les plus visibles.
On a ajouté le mépris à l'injure en ne retournant jamais les appels. L'ancien conseiller de Shipshaw, Fabien Hovington, qui a hérité de cette patate chaude depuis sa mésaventure au Festival forestier de Shipshaw, a surpris agréablement en communiquant avec le président des anciens du Boulodrome dès son entrée en fonction à l'administration de la Zone portuaire. Daniel Tremblay lui a transmis la déception ressentie par les pétanquistes après avoir été privés de leur sport favori durant tout l'hiver dernier.
Depuis, seule une allusion du maire à la possibilité de la construction, près du Chantier du Père Alex, d'une nouvelle bâtisse réservée à la pétanque, a rompu le silence monastique qui enrobe le projet depuis une décennie. Mais le groupe a perdu la foi. Ses retraités tournent maintenant leurs supplications vers saint Pierre, car ils auront tous été rappelés par le Créateur quand Saguenay aura enfin décidé de passer à l'action.
Entre temps, ils devront participer à l'assainissement des finances municipales comme l'a décrété le conseiller Jean-Yves Provencher, président du Conseil du trésor. Après tant de réalisations grandioses dont évidemment ce Parc des mille lieux de la Colline estimé à 5,7 millions$, la caisse est vide. On peut craindre pour les projets comme un boulodrome tout neuf qui ne sont même pas encore entrés dans la programmation.
Quant à l'attraction touristique qui remplacera le Village de sécurité routière, c'est probablement l'innovation la plus prometteuse. Elle cible les enfants de 3 à 8 ans. Le maire Jean Tremblay partage l'enthousiasme de ses concepteurs en prédisant une affluence annuelle de 35 000 bambins à ce futur Disneyworld du Nord.
Mais les 65 ans et plus veulent aussi se divertir, bouger autrement que dans la danse en ligne. Invention de nos cousins français, la pétanque est leur exercice préféré. Elle exige de la concentration et de l'habileté. On me répondra que Saguenay a déjà aménagé de belles allées encadrées de larges plates-formes en béton. D'accord pour l'été qui se présente timidement à la mi-juin pour disparaître à la fin d'août.
Le droit de vote
Mais l'hiver demeure la saison dominante. Il arrive avec une neige superficielle dès la mi-novembre et peut étirer sa présence jusqu'en mai après avoir longuement taquiné notre système nerveux. Six mois durant lesquels les pétanquistes privés de leur activité préférée s'ankylosent quand ils ne s'enfuient pas sous un soleil plus accueillant comme celui de la Floride.
«Saguenay ne pense pas automatiquement aux aînés», déplore Louis-Marie Pedneau, le nouveau président régional de la FADOQ. Les aînés seront perçus comme les parasites de notre nouvelle société Internet s'ils absorbent toutes les insultes avec un sourire béat comme ils le font depuis que Daniel Pinard a suggéré d'enlever aux 70 ans et plus - et il s'inclut dans cette tranche de la société - le droit de vote. Il a proféré cette sottise au 125, Marie-Anne», l'émission de Télé-Québec animée par Christiane Charrette.