Les Jonquiérois plus à risque

De tous les habitants de la région, les Jonquiérois sont les plus à risque d'obtenir un diagnostic de cancer. C'est un bien triste constat pour l'arrondissement, surtout compte tenu du fait que le Saguenay-Lac-Saint-Jean, année après année, figure parmi les régions où le nombre de personnes atteintes d'un cancer est le plus élevé au Québec.
Selon les données obtenues par Le Quotidien, il n'y a qu'entre 1996 et 2000 que l'écart entre l'arrondissement de Jonquière et le reste du Québec n'a pas été significatif. Sinon, depuis 1986, l'arrondissement industriel présente toujours un «taux annuel moyen de nouveaux cas pour 100 000 habitants» nettement plus élevé que dans le reste du Québec.
«Nous sommes incapables de faire un lien entre le taux de cancers et le fait que plusieurs usines sont situées à Jonquière», prévient l'agent de planification, de programmation et de recherche à l'Agence de la santé et des services sociaux du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Fabien Tremblay.
L'exposition aux contaminants industriels est difficile à démontrer. En revanche, on sait que le taux de tabagisme a longtemps été plus élevé à Jonquière. En 2000, par exemple, c'était l'endroit dans la région où il y avait le plus de fumeurs.»
Le pourcentage de fumeurs à Jonquière est passé de 31,9% en 2000 à 19% en 2012, ce qui représente une nette amélioration.
«Il faut être patients. Les gains que l'on fait en termes de tabagisme sont importants, mais il peut prendre entre 20 et 25 ans, selon la littérature à ce sujet, avant d'en voir les effets sur l'incidence du cancer. Ce qu'il y a de très positif, aussi, c'est que les jeunes sont moins portés à commencer à fumer. Les tableaux seront sûrement différents en 2025.»
Fabien Tremblay note que les «gens qui fument sont rarement ceux qui ont la meilleure alimentation et qui font le plus d'activité physique», ce qui a également une incidence sur le développement du cancer.
Le Fonds mondial de recherche contre le cancer a établi qu'environ 30% des cancers s'expliquent par les habitudes de vie, 30% par le tabagisme et 40% par une multitudes d'autres causes. Dans la région, le cancer constitue 34% des causes de mortalité annuelles, selon les données de l'Agence.
Selon l'Enquête de santé au Saguenay-Lac-Saint-Jean disponible sur le site de l'Agence et datant de 2012, les Jonquiérois seraient sédentaires dans une proportion de 34%, légèrement plus que les habitants des autres RLS (moyenne de 32%).
Autres données
Au contraire, depuis 1986 et jusqu'en 2010, l'arrondissement La Baie et la MRC Lac-Saint-Jean Est présentent des incidences comparables au reste du Québec. Aucun des cinq territoires étudiés ne présente des données significativement moindres que dans le reste du Québec.
Pour qu'une donnée soit jugée comme étant une valeur significativement plus élevée que celle du reste du Québec, elle doit être au seuil de 5% plus élevé.
À deux reprises, soit de 1996 à 2000 et de 2006 à 2010, la MRC Domaine-du-Roy a présenté les taux pour 100 000 habitants les plus élevés dans la région. Toutefois, lors des trois autres périodes pour lesquelles Le Quotidien détient des données, les taux étaient beaucoup moins élevés que ceux de Jonquière.
Cancer du poumon
Le cancer du poumon frappe et frappe fort les hommes de la région. Depuis 1984, l'écart avec le reste du Québec est significatif pour les hommes, ce qui n'est pas le cas pour la gent féminine.
« Le cancer du poumon est celui qui cause le plus de décès dans la région, celui dont les chances de survie pour les personnes atteintes sont les moins grandes, mais il est aussi celui qui est le plus facilement évitable », souligne l'agent de planification, de programmation et de recherche à l'Agence, Fabien Tremblay.
De 1984 à 1988, il y a eu 215,1 nouveaux cas de cancers du poumon pour 100 000 hommes dans la région, comparativement à 162,3 au Québec. Au cours des mêmes années, les femmes de la région ont été touchées par un cancer du poumon à hauteur de 43,3 pour 100 000, comparativement à 41 pour l'ensemble des femmes du Québec. « Au Canada, 85 % des cas de cancer du poumon pourraient être expliqués par le tabagisme. De nos jours, les gens fument moins, mais la période d'exposition à la fumée a tout de même été grande. Dans la région, il est reconnu que les gens fumaient davantage qu'ailleurs au Québec. Le Saguenay-Lac-Saint-Jean est dorénavant davantage près de la moyenne québécoise, mais ça ne fait pas longtemps que c'est le cas », souligne le porte-parole de l'Agence régionale de la santé, Jean-François Saint-Gelais.