Catherine Dumoulin, professeure au Département des sciences de l'éducation, Salmata Ouedrago, professeure au Département des sciences économiques et Lise Gremion, professeure à HEP Vaud, organisent l'Université d'été sur les inégalités scolaires.

Les inégalités scolaires sous la lorgnette des chercheurs

Les inégalités scolaires sont catastrophiques pour une société. Dans l’espoir d’y mettre fin et pour que chaque élève qui fréquente l’école ait un avenir à espérer, des étudiants, professeurs, chercheurs, sociologues, économistes et intervenants du domaine de l’éducation mettent leur savoir-faire en commun, cette semaine, à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

La deuxième mouture de l’Université d’été francophone sur les inégalités scolaires est organisée par l’UQAC, en collaboration avec la Haute École pédagogique (HEP) du canton de Vaud, en Suisse. Le Consortium régional de recherche en éducation (CRRE) en est également partenaire. L’activité de formation réunit une centaine de personnes, dont certaines proviennent de Belgique, de Suisse, du Brésil et d’Afrique, et a pour but de scruter à la loupe l’enjeu des inégalités scolaires. L’objectif est également de réduire la distance entre recherches, formations, politiques et pratiques.

Catherine Dumoulin, professeure en sciences de l’éducation à l’UQAC, organise l’activité en partenariat avec Lise Gremion, professeure-chercheuse spécialisée en sociologie de l’éducation en Suisse. Elles sont épaulées par Salmata Ouedraogo, elle aussi prof au Département des sciences économiques et administratives de l’UQAC. En entrevue, les trois femmes ont rappelé qu’encore en 2018, l’origine de l’enfant a des répercussions sur sa trajectoire scolaire et de vie. Au Québec, une province dotée d’un bon système d’éducation et où sont prônées des valeurs progressistes, il existe un écart de réussite important entre les élèves de milieux favorisés et leurs camarades considérés comme mieux nantis.

« Pourquoi est-ce encore un problème aujourd’hui et comment pouvons-nous faire autrement ? L’idée est de réunir des étudiants de la Francophonie qui représentent la relève en éducation et de les sensibiliser à cette question. On veut les inviter à comprendre le phénomène par le décloisonnement des recherches. C’est la communauté scientifique qui se rassemble pour réfléchir ensemble autour d’un même enjeu. Parce que les inégalités scolaires, ça ne s’arrête pas seulement aux sciences de l’éducation. C’est un phénomène socioéconomique », met en relief Catherine Dumoulin.

Chez nous, comme ailleurs dans le monde, la réussite est mesurée en fonction du taux de diplomation et du nombre d’années passées à l’école. Toutefois, pour que la société s’enrichisse en matière de capital humain, il faut mettre l’accent sur la qualité de l’enseignement et faire en sorte que l’école soit adaptée à tous les types d’élèves.

« L’école doit pouvoir préparer les élèves à une vie sociale et communautaire. Le but, c’est de faire prendre conscience aux étudiants et aux chercheurs qu’on doit travailler ensemble pour préparer les enfants à la vie sociale. L’école doit développer le plein potentiel de chaque enfant. Les retombées d’un événement comme celui-ci sera que les futurs enseignants feront des petits pas pour changer les choses », note Catherine Dumoulin.

Selon la professeure, le politique doit faire partie des discussions. La présence de Conseil supérieur de l’éducation à l’Université d’été était donc impérative. Et comme il est important de ne pas entendre que le point de vue des enseignants, il était tout aussi primordial que le sujet des inégalités soit placé sous la lorgnette des cerveaux en santé, en économie et en sociologie. Des représentants des commissions scolaires et des cégeps de la région y prennent part également.

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POUR SORTIR DE L'UTOPIE GENTILLETTE DE L'ÉGALITÉ DES CHANCES

Lise Gremion, professeure-chercheuse à la Haute École pédagogique (HEP) du canton de Vaud, en Suisse, rappelle que l’UNESCO relève que dans tous les pays du monde, particulièrement les pays riches, on observe un creusement des inégalités scolaires entre les classes sociales.

« Il est très important que l’école contribue à éradiquer ces inégalités », note-t-elle.

La professeure Catherine Dumoulin rappelle que dès la publication du rapport Parent, en 1964, il a été relevé que l’école doit jouer un rôle égalitariste. Pourtant, bien que d’aucuns soient contre la vertu, ce principe de l’égalité des chances relève de la théorie bien plus que de la pratique.

Salmata Ouedraogo signale que la pauvreté n’est pas juste monétaire et qu’une approche globale est nécessaire. « C’est un problème social complexe. Il faut éveiller les consciences pour faire différemment. Les inégalités scolaires engendrent des coûts sociaux élevés », met-elle en relief.

C’est pourquoi il est pertinent de sortir le chercheur et l’emmener à voir les choses autrement. Pour les étudiants, il faut créer des chocs qui permettent de sortir de l’utopie gentillette de l’égalité des chances. Où est le bâton magique pour que ça ne persiste plus ? », lance Lise Gremion.