Employée du Musée amérindien de Mashteuiatsh, Bianca Launière participe aux fouilles dans le cadre d’un stage.

Les fouilles archéologiques débutées à Mashteuiatsh [PHOTOS]

Plus de 5000 ans d’histoire seront passés au peigne fin, au cours des prochains mois, alors que les fouilles archéologiques ont repris dans la communauté autochtone de Mashteuiatsh au Lac-Saint-Jean. Les travaux, qui se déroulent sur le site autrefois occupé par la Compagnie de la Baie d’Hudson, s’échelonneront jusqu’à la fin septembre avant de se déplacer, pour d’autres phases, au Musée amérindien de Mashteuiatsh.

Il aura fallu patienter plus de trois ans avant que le projet de recherche sur le patrimoine archéologique et historique soit accepté. Lors de la démolition de l’ancien commerce Axep, en 2017, le promoteur avait remarqué la présence d’ossements, ce qui avait ensuite mené à la découverte d’une hache datant de plus de 5000 ans. 

« Évidemment, les travaux ont arrêté. Nous sommes venus faire des sondages, c’est-à-dire creuser des trous de 50 centimètres par 50 centimètres. On s’est aperçu qu’il y avait de l’occupation. Normalement, dans une journée, on fait 74 trous. Ici, on en a fait 13. Il y avait du matériel partout, jusqu’à plus d’un mètre de profond. Ensuite, nous sommes venus faire des fouilles. On espérait y être pour une deuxième année. Il a fallu monter un projet, ça prend du temps. On a obtenu le projet qui est en cours cette année et qui est super génial », raconte l’archéologue Noémie Plourde. 

Elle est appuyée par une équipe composée de chercheurs, de membres du personnel de la Société d’histoire et d’archéologie de Mashteuiatsh, d’étudiants provenant de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et de l’Université Laval qui y réalisent un stage pendant quatre semaines.

Le sol du site DdFb-18 est récolté grâce à des truelles, des porte-poussières et des chaudières avant d’être tamisé. Mme Plourde indique que rien n’est laissé au hasard alors que des photographies sont prises, des dessins sont réalisés et un compte-rendu écrit est fait avant d’entreprendre les mêmes opérations pour chaque mètre carré.

L’archéologue souligne que la particularité du site est de contenir 5000 ans d’occupation en continu. « En dessous, il y a un deuxième remblai qui date de la construction du bâtiment. On retrouvait des artéfacts mélangés au sable. Le niveau suivant est l’ancienne cour arrière de la Baie d’Hudson. À l’époque, il mettait de la chaux, ce qui aurait eu un effet de cimentation. En dessous, on a de la calcédoine. C’est typique de la région, c’est une matière première, une roche. On l’appelle la calcédoine du Lac-Saint-Jean. On ne la retrouve qu’à l’île aux Couleuvres. Elle est utilisée plus vers la fin du sylvicole supérieur, avant que les Européens arrivent », détaille Noémie Plourde.

Elle mentionne que les fouilles s’arrêtent pour le moment à ce niveau, vu l’abondance de calcédoine. Une transition est d’ailleurs observée alors que la matière première change pour le quartzite de Mistassini.

Au terme des travaux de fouille, soit à la fin du mois de septembre, un laboratoire d’archéologie sera mis en place au Musée amérindien de Mashteuiatsh. « Toutes les pièces seront nettoyées et analysées par les membres de la communauté formés. Toute l’information obtenue ici sera retransmise au musée. Le musée pourra même faire des offres de services. [...] Ce qu’on est en train de faire, c’est de rendre la communauté autonome au niveau de l’archéologie », souligne la responsable du projet.

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DES FOUILLES ARCHÉOLOGIQUES RÊVÉES 

Ces fouilles archéologiques sont littéralement du bonbon pour l’archéologue de formation Noémie Plourde. Le projet, qui se déroule au coeur de Mashteuiatsh, permet, en plus des traditionnelles fouilles, d’offrir un environnement d’apprentissage aux étudiants de niveau universitaire en plus de transmettre une certaine expertise à des membres de la communauté ilnu.

La durée des fouilles, qui s’échelonnent sur trois mois, fait également le bonheur de la chargée de projet qui ne bénéficie pas toujours d’autant de temps. « C’est un beau projet, on a le temps d’apprendre et de fouiller. On a le temps de bien faire les choses. Souvent, on a des contrats où c’est très cadré. On doit produire et y aller rapidement. On n’a pas le temps de former. Tu fouilles et tu sors du site. C’est très limité dans le temps », témoigne l’archéologue originaire de Desbiens.

Mme Plourde se réjouit des objectifs de ce projet qui se déroule en sol jeannois. « Malheureusement, de l’archéologie pour la recherche, il n’y en a pas beaucoup. De l’archéologie de sauvetage, il y en a beaucoup, beaucoup. Ici, c’est la cerise sur le sundae. On fait ça pour la recherche, pour l’histoire », confie celle qui est également chargée de cours à l’UQAC.