Les femmes enceintes retirées des établissements de santé de la région

Jonathan Hudon
Jonathan Hudon
Le Quotidien
L’appel de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) a été entendu. Depuis samedi matin, toutes les professionnelles en soins enceintes ou qui allaitent sont sorties de leur milieu de travail. Leurs collègues ont aussitôt accepté de mettre les bouchées doubles afin de combler certains trous dans les quarts de travail.

La présidente du Syndicat des professionnelles en soins du Saguenay–Lac-Saint-Jean affilié à la FIQ, Julie Bouchard, a confirmé la nouvelle, samedi avant-midi. Elle a reçu un appel de la direction du CIUSSS à 20h30, vendredi soir, annonçant le retrait de toutes les infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes des unités de soins de la région, c’est-à-dire les hôpitaux, CHSLD, CLSC et centres jeunesse.

«Depuis ce matin (samedi), je n’ai plus de femmes enceintes qui travaillent dans les établissements de santé du Saguenay–Lac-Saint-Jean nécessitant une proximité avec la clientèle», a annoncé Julie Bouchard en entrevue téléphonique, précisant que cette mesure touchait une centaine d’employées syndiquées.

Cette bonne nouvelle aura certains impacts sur les autres travailleuses, mais la présidente syndicale a reçu un appui massif lors d’une vidéo-conférence avec ses membres, vendredi soir.

«Ça peut paraître banal comme mesure, mais dans les faits, ce n’est pas ça, a convenu Mme Bouchard. Il y avait peut-être la moitié qui était appelée à travailler au cours des prochains jours et au moment où on décide de les retirer immédiatement, ça crée des trous. On se retrouve en manque de personnel et en ce sens, j’ai demandé une collaboration très importante et une solidarité envers les employées enceintes. Ça se peut qu’il y ait des déplacements de certaines ressources vers des quarts des travail laissés vacants et que ça crée du temps supplémentaire obligatoire afin de s’assurer qu’il y ait une remplaçante. La réponse a été positive et tout le monde comprend et accepte de se serrer les coudes. Pour une fois qu’on fait du temps supplémentaire pour une bonne raison.»

Avant le début de la crise du coronavirus, la situation n’était déjà pas très rose chez le personnel soignant. La situation qui perdure depuis plusieurs semaines ne vient pas diminuer la charge de travail, mais Julie Bouchard a assuré que tout le monde était prêt à faire sa part.

«On était déjà sur la ligne très rouge donc c’est sûr que ce n’est pas en temps de crise que les professionnelles en soins pleuvent et qu’on embauche, a-t-elle imagé. Il y a un manque de personnel à certains endroits, mais pas partout. Il va y avoir un peu de temps supplémentaire, mais plusieurs personnes ont déjà accepté volontairement de travailler pour éviter que leurs collègues soient dans le trouble. Elles le font surtout pour la bonne cause.»

Cette décision survient après qu’une infirmière travaillant au CHSLD de la Colline, à Chicoutimi-Nord, ait été testée positive à la COVID-19. Julie Bouchard a pressé la direction du CIUSSS de retirer les femmes enceintes des milieux de travail, donnant un ultimatum à midi, vendredi. «Je ne leur avais pas donné le choix», a tranché Julie Bouchard, qui est toutefois mécontente qu’il ait fallu un cas positif pour faire bouger les choses.

«Ça a pris un cas d’espèce pour les faire bouger et c’est ce qui me fait suer. Il faudrait être beaucoup plus en mode prévention qu’en mode réaction», a-t-elle déploré.