La mairesse de Saguenay, Josée Néron.

Les femmes du Saguenay-Lac-Saint-Jean à des postes importants

Avant aujourd’hui, le Saguenay–Lac-Sain-Jean n’a jamais compté autant de femmes dans des postes clés ou d’influence. De la mairesse de Saguenay à la nouvelle ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, en passant par la rectrice de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et la procureure adjointe du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), de nombreuses femmes de tête et de cœur démontrent chaque jour que les hautes sphères du pouvoir ne sont plus l’apanage des hommes. Certes, il reste du travail à abattre avant d’atteindre le parfait équilibre en matière de parité, mais force est de constater que la région se trouve à un moment charnière de son histoire en termes de représentativité féminine. Mardi et mercredi, Le Quotidien vous présente les résumés d’entretiens réalisés avec ces femmes d’exception, de même qu’un aperçu de leur vision du fameux plafond de verre, cette paroi invisible à laquelle certaines se heurtent lorsqu’elles tentent d’accéder à de hautes responsabilités.

JOSÉE NÉRON, MAIRESSE

Le plafond de verre s'amincit

Du plus loin qu’elle se souvienne, Josée Néron a toujours ressenti un besoin profond de s’impliquer dans sa communauté. 

« Si je sentais que je pouvais faire la différence, je levais la main et j’étais présente. J’ai été impliquée dans plusieurs dossiers », raconte celle qui est devenue mairesse de la septième ville en importance au Québec le 5 novembre 2017. 

La politique est arrivée naturellement dans le parcours de Josée Néron, qui a eu envie de pousser ce désir d’implication un peu plus haut, un peu plus loin. Première femme à accéder au titre de première magistrate de la capitale régionale, elle a marqué l’histoire et a, à sa façon, campé le rôle de modèle pour de nombreuses jeunes femmes. 

« Tranquillement, mais sûrement, le plafond de verre s’amincit », constate Josée Néron. Toutefois, elle est d’avis qu’il faut continuer le travail et maintenir le cap.

« Il faut toujours garder en tête les raisons qui nous ont poussées à faire ce que l’on fait. Moi, je dis aux femmes que souvent, notre principal frein, c’est nous-mêmes. Si vous avez des rêves, allez-y, réalisez-les ! Vivez votre vie et vos folies. Donnez-vous la chance d’y accéder », lance la politicienne, mère de cinq enfants. 

Lorsqu’elle tentait de recruter des candidates pour l’élection municipale de l’an dernier, la cheffe de l’Équipe du renouveau démocratique (ERD) a entendu beaucoup de femmes lui dire qu’elles n’osaient pas se lancer en politique parce qu’elles craignaient les échanges musclés.

« Le problème, c’est que les femmes ne veulent pas se chicaner. Souvent, elles perçoivent le débat politique comme de la chicane alors que ce n’est pas ça du tout. Il y a aussi la peur de la défaite. Moi, je dis aux femmes : “même si vous perdez l’élection, vous aurez gagné en expérience” », met-elle en relief.

Existe-t-il de la misogynie dans l’arène politique ? Josée Néron croit que cette époque est révolue. La mairesse convient cependant avoir senti du sexisme à son égard au cours des ses quatre premières années à la table du conseil. 

« À un moment donné, on m’a quasiment dit de retourner à mes chaudrons. Mais ce discours n’est plus présent », affirme-t-elle. Josée Néron estime qu’il ne faut pas minimiser l’apport des femmes dans une société où elles occupent des rôles clés.

« Des études démontrent que les femmes abordent les problèmes différemment. C’est un plus pour la société. On le voit chez les députés. Quand il y a une meilleure équité de représentativité, ce sont tous les programmes sociaux qui en bénéficient », note la mairesse, qui croit cependant que la bataille n’est pas gagnée et qu’il faudra « toujours travailler sur le dossier de l’équité et de la parité ».

CLAUDINE GAGNON, RIO TINTO

La boss des « comm » pour les Amériques

Dès le secondaire, Claudine Gagnon savait qu’elle évoluerait dans le monde des communications, de préférence dans l’univers des relations médias. À ce moment, elle ne pouvait toutefois pas prévoir qu’elle deviendrait, au milieu de la quarantaine, directrice Affaires corporatives, Canada et Amériques, au sein du géant minier Rio Tinto. La semaine dernière, l’Arvidienne d’origine a obtenu une promotion, elle qui était, jusque là, directrice des relations médias au Canada. 

Claudine Gagnon a travaillé très fort pour accéder aux hautes sphères de sa profession. Baccalauréat en communications de l’UQAM en poche, elle a décroché un certificat en relations publiques, puis un diplôme d’études supérieures en études régionales. Elle est retournée sur les bancs de l’école pour obtenir un MBA alors qu’elle était enceinte. 

« J’ai accouché en mars. Entre avril et juin, j’apportais mon bébé avec moi à mes cours », relate-t-elle.

Avant d’entrer chez Alcan en 2007, trois mois avant l’achat de la compagnie par Rio Tinto, Claudine Gagnon a occupé divers boulots. Elle a œuvré dans le domaine du tourisme et comme responsable du marketing pour des centres commerciaux de la région. Elle a aussi organisé des événements comme les fêtes du 150e anniversaire de Jonquière. Elle a eu deux enfants et a décidé de fonder sa propre entreprise spécialisée en communications et marketing. 

En 2019, l’initiative La gouvernance au féminin organisera des groupes de mentors et de mentorés pour des femmes qui aspirent à obtenir des rôles au sein de diverses organisations. Claudine Gagnon a choisi d’être mentorée. 

« Même si mon rôle est important, je veux encore apprendre, me développer et faire du réseautage. Mon objectif est de toujours m’améliorer. La curiosité, je trouve ça super important. Aujourd’hui (jeudi), on est dans la région et on a refait des visites de nos sites. Chaque fois que je vais dans nos usines, je suis tout le temps impressionnée. Chaque fois, je me donne le devoir d’apprendre quelque chose de nouveau », confie Claudine Gagnon, qui n’a jamais senti que le fait qu’elle soit une femme l’empêcherait de gravir les échelons chez Rio Tinto. 

Celle qui compare ses nouvelles fonctions à celles d’un chef de cabinet auprès du vice-président Affaires corporatives basé à Washington sait qu’elle occupe une fonction importante. « J’ai un rôle d’influence qui s’est bâti avec les années parce qu’il y a beaucoup d’apprentissages à faire. Ça prend beaucoup d’humilité aussi parce qu’on représente l’entreprise. Il y a eu des moments plus difficiles que d’autres, c’est normal. Ce n’est pas un rôle qui va changer le monde, mais oui, je suis là pour collaborer, pour faire avancer les choses avec les collègues. Je trouve ça le fun de voir qu’on croit en moi et que j’ai encore plein d’opportunités et d’apprentissages à faire. On me fait confiance et c’est vraiment apprécié », termine-t-elle. 

Claudine Gagnon, directrice Affaires corporatives, Canada et Amériques.

JULIE LABBÉ, CIUSSS DU SAGUENAY-LAC-SAINT-JEAN

Avec le soutien de sa famille

Julie Labbé est « née professionnellement » alors qu’elle occupait un poste de contremaître de production dans une usine de Normandin. Elle a intégré le réseau de la santé en 2009, avant d’être nommée présidente-directrice générale du CIUSSS il y a sept mois. 

« Tu ne te lèves pas un matin en disant je vais être PDG un jour. Chaque poste est un défi. Il faut beaucoup travailler pour y accéder. Il y a des circonstances de vie aussi. On vit notre période où on a nos enfants donc il faut ajuster notre travail en fonction d’où on est rendus. Puis, à un moment donné, il y a une opportunité qui s’offre. Les enfants ont grandi et ça te permet d’accéder à des postes plus grands », explique Julie Labbé, qui a aussi occupé le poste de directrice Ressources humaines, communications et affaires juridiques. 

De son propre aveu, le plafond de verre, c’est Julie Labbé elle-même qui se l’est longtemps imposé. 

« Pour chacun des postes, j’étais dans le doute, je me disais que je ne pouvais pas. Pour le poste de PDG, j’ai décidé que c’était assez, au bénéfice de ma fille, de mes enfants. Mon garçon va le vivre aussi. Il va peut-être penser un jour frapper son plafond de verre », remarque la tête dirigeante du CIUSSS régional.

Elle constate que les gens généralisent parfois en disant que la situation est plus difficile sur le plan de la carrière pour les femmes que pour les hommes. 

« Je ne pense pas que c’est plus facile ou plus difficile d’un côté que de l’autre. Mais je pense qu’en ce moment, il y a un retour du balancier. Il ne faudrait pas que ce soit à l’extrême non plus et que les femmes se retrouvent sur tous les postes. Il y a un équilibre qui est en train de s’installer et c’est positif. On a eu besoin des hommes et il y a des hommes qui ont cru que des femmes pouvaient occuper ces postes-là. Il faut reconnaître ça aussi », signale-t-elle. 

Julie Labbé reconnaît qu’elle n’aurait pu accéder à ce haut poste de gestion sans le soutien de sa famille, ce qui lui permet de foncer. Toujours humblement, les deux pieds bien ancrés sur terre. 

« Les gens peuvent dire : “un poste comme ça, c’est tout un pouvoir”. Moi je dis que c’est un poste de grand devoir. Il faut l’occuper avec beaucoup d’humilité et il faut faire confiance aux gens avec qui on travaille. Les valeurs de collaboration, de bienveillance et d’excellence m’habitent beaucoup », enchaîne la PDG, qui se réjouit de voir autant de femmes occuper des rôles d’influence, lesquels permettent de « faire avancer des dossiers au bénéfice du Saguenay-Lac-Saint-Jean ». 

Julie Labbé, présidente-directrice générale du CIUSSS.