Me Claudine Roy, ici photographiée alors qu’elle agissait comme avocate à la Commission Charbonneau, est fière de représenter le ministère public comme procureure en chef adjointe du DPCP en région.

Les femmes au pouvoir, deuxième partie

Avant aujourd’hui, le Saguenay–Lac-Saint-Jean n’a jamais compté autant de femmes dans des postes clés ou d’influence. De la mairesse de Saguenay à la nouvelle ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, en passant par la rectrice de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et la procureure adjointe du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), de nombreuses femmes de tête et de cœur démontrent chaque jour que les hautes sphères du pouvoir ne sont plus l’apanage des hommes. Certes, il reste du travail à abattre avant d’atteindre le parfait équilibre en matière de parité, mais force est de constater que la région se trouve à un moment charnière de son histoire en termes de représentativité féminine.

Aujourd’hui, Le Quotidien vous présente la seconde et dernière partie du résumé des entretiens réalisés avec ces femmes d’exception, de même qu’un aperçu de leur vision du fameux plafond de verre, cette paroi invisible à laquelle certaines se heurtent lorsqu’elles tentent d’accéder à de hautes responsabilités.

CLAUDINE ROY, PROCUREURE EN CHEF ADJOINTE AU DPCP

Native de Québec, Me Claudine Roy n’était pas destinée au droit. Vers la fin de ses études collégiales, un conseiller en orientation lui a cependant recommandé d’emprunter cette voie. 

« C’est vraiment dans le cadre du bac, quand une procureure de la Couronne est venue faire une conférence, que je suis revenue à la maison et que j’ai dit à mes parents : “Je veux être procureure de la couronne”. Ils m’ont dit : “Qu’est-ce que ça fait un procureur de la Couronne ?” J’ai dit “ça plaide tout le temps et ça fait du droit criminel”. Pour moi c’est une fierté d’exercer cette profession-là. Je me sens encore fière que la société m’autorise à parler en son nom », dit Claudine Roy, native de Québec, mais Saguenéenne d’adoption depuis 1990.

À l’université, l’avocate a vu les femmes prendre leur place.

« Quand j’ai terminé, on était rendus à 57 pour cent de femmes », note-t-elle.

Devenue procureure en chef adjointe au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) pour toute la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de Chibougamau en 2013, à la suite de la nomination de sa collègue Sonia Rouleau au poste de juge, Claudine Roy ne savait pas qu’elle deviendrait gestionnaire. 

« Moi, je me voyais procureure de la Couronne. À partir du moment où on m’a donné ma chance, je me disais que je devais me trouver reconnaissante envers la vie. Mais à un moment donné, il y a des situations qui nous amènent à dire “peut-être que la gestion je pourrais trouver ça intéressant”. Par contre, j’aimais beaucoup, beaucoup plaider, alors la gestion, je ne l’entrevoyais pas vraiment au départ », confie Me Roy. 

Le désir de transmission et cette grande passion qui l’anime à l’égard de sa profession ont poussé Claudine Roy à poser sa candidature à la succession de Sonia Rouleau.

« Ce que j’aime, c’est faire en sorte qu’on s’arrête sur les fonctions qu’on a, nos responsabilités, nos compétences. Pour moi, c’est tellement encore une fierté quand je suis dans la salle de cour. Je n’y vais plus beaucoup parce que le rôle de gestionnaire est d’être un peu comme un chef d’orchestre [...], mais quand il m’arrive d’être dans la salle et d’entendre le magistrat dire “Me Roy pour le ministère public”, ça me donne tellement de fierté pour la fonction, pour le rôle et pour les responsabilités qui nous sont confiées », poursuit-elle. 

Si le droit fut longtemps un domaine réservé aux hommes, ce n’est plus le cas. L’institution qu’est le Directeur des poursuites criminelles et pénales compte de plus en plus de femmes. 

« Au niveau des gestionnaires, on est autour de 53 pour cent et pour les procureures, on est à 67 pour cent. On est une belle illustration que les femmes prennent la place qui leur revient. Dans ma région, j’ai quatre hommes sur 16 procureurs ! Quand Sonia Rouleau a été engagée, c’était la première femme, j’ai été la deuxième. Pendant longtemps, on était seulement quatre filles procureures au Saguenay-Lac-Saint-Jean et tout à coup, ça a pris la tendance inverse », se réjouit Claudine Roy. Fait à noter, le DPCP est dirigé par une femme, Me Annick Murphy.

Tout au long de sa carrière, Claudine Roy a démontré qu’elle est fine plaideuse et une adversaire redoutable. Parfois, certains collègues masculins ont joué du coude. Cela dit, jamais Claudine Roy n’a voulu « sexualiser ces actions ».

« Je n’ai jamais voulu qu’il y ait une distinction. Je me disais si on m’attaque, c’est parce que je suis un adversaire qu’ils veulent déranger. C’est certain qu’il y a peut-être des choses qui, comme personne, pouvaient m’atteindre plus que la personne d’à côté. Mais je n’ai jamais voulu dire “ils me font ça parce que je suis une femme”. Je ne voulais pas me laisser atteindre par ça parce que je me serais dit : “je ne pourrai jamais changer la situation”. Par exemple, je suis grande. Que quelqu’un me reproche d’être grande, je ne peux absolument rien y changer. Je n’ai jamais voulu me dire qu’on agissait de cette façon-là parce que j’étais une fille. Je n’ai jamais voulu m’arrêter à ça », martèle l’avocate, qui se sent tout à fait épanouie dans son rôle de gestionnaire.

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NICOLE BOUCHARD: LE PLAFOND DE VERRE N'A PAS DE SEXE

Au départ, Nicole Bouchard ne voulait pas participer à ce reportage.

« Ce n’est pas parce que le plafond de verre n’existe pas. Ça existera toujours. Mais il faut le situer dans un rapport de genre. Oui, il y a beaucoup de femmes dans certains réseaux que je connais qui le vivent. Mais en même temps, il y a autant d’histoires d’hommes qui étaient menaçants de par leur personnalité ou leur style de gestion qui ont connu leur plafond de verre », situe la rectrice.

Ce que Nicole Bouchard dit, c’est que le plafond de verre n’est pas une affaire de sexe. Il existe pour des types de personnalité, des gens qui sortent un peu du lot et des manières de faire traditionnelles, des individus qui n’ont pas une vision classique de la gestion.

« On a connu des femmes en politique qui ont été aussi cruelles que des hommes, aussi autocratiques. Je pense qu’au-delà des postes, c’est ta personnalité qui fait la différence, le genre étant un élément parmi d’autres. Je n’aime pas quand on le sort et qu’on en fait l’élément distinctif », poursuit-elle. 

Elle cite en exemple la ségrégation vécue par des personnes homosexuelles il y a quelques années. « C’était comme si ton identité sexuelle définissait l’ensemble de ta personnalité. Chez l’humain, on a tendance à sortir une caractéristique et c’est comme si elle allait déterminer l’ensemble. On n’est jamais défini par un sexe ou une caractéristique, mais on est ce qu’on est dans l’ensemble de notre ADN social, biologique et psychologique », plaide Nicole Bouchard.

La rectrice salue le travail des pionnières, « ces femmes qui en ont bavé et qui ont fait tous les combats ». Des combats qui ne sont pas gagnés, dans certains cas. Mais son expérience, comme chef d’établissement dans un réseau universitaire où la plupart de ses homologues sont des hommes, ne lui impose aucun obstacle.

« Est-ce que j’ai mon style de gestion parce que je suis une femme ? Non, c’est parce que je suis moi. C’est construit depuis mon milieu familial. Jamais on n’a été limitées dans rien. Ça naît très tôt dans la vie d’une personne cette idée-là où ton genre ne t’empêchera pas de réussir dans la vie. Moi, j’aimais jouer au football et au baseball. Mon père venait me voir. J’étais toute seule dans des équipes de gars. Je faisais rire de moi, lui (mon père) était sur le bord et il “checkait” ceux qui riaient de moi en voulant dire “tiens-toi tranquille mon p’tit gars. Elle a le droit de jouer et elle est bonne”. Vous voyez, ça caractérise une personnalité », termine celle qui est devenue, en début d’année, la première femme à diriger l’université régionale.

La rectrice de l’UQAC, Nicole Bouchard, croit que le genre n’est que l’une des caractéristiques qui forment l’ADN d’un individu et que les hommes, comme les femmes, peuvent rencontrer leur plafond de verre.

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ANDRÉE LAFOREST, DÉPUTÉE ET MINISTRE

« Travailler avec les gens, j’adore ça. C’est vraiment moi. Étant donné que j’aime m’engager pour la société et les familles, comme je l’ai fait pendant des années avec mes garderies, la politique était une suite logique. Quand on travaille avec des enfants, on aime travailler pour l’avenir d’une société. Je voulais m’engager pour eux », dit Andrée Laforest, élue sous la bannière de la Coalition Avenir Québec le 1er octobre dernier. 

Andrée Laforest et ses trois sœurs ont grandi dans une famille où tous les rêves étaient permis. « Nos parents nous ont toujours élevées dans le sens des responsabilités et de la débrouillardise. Il fallait être travaillantes et surtout ne jamais dépendre de quelqu’un. Quand ton éducation te donne ces valeurs-là, tu peux arriver un jour à obtenir des postes-clés. On est des personnes, de par notre éducation, qui ont beaucoup d’ambition. On a été élevées à respecter les autres », poursuit la mère de quatre enfants, enseignante de profession. 

Andrée Laforest se réjouit de constater que plusieurs de ses collègues élues ont obtenu des postes de ministres au cabinet de François Legault. Mais, que l’on soit bien clairs, insiste la femme d’affaires devenue politicienne, ces femmes ont été choisies pour leurs compétences et non dans le seul dessein d’atteindre la parité. 

La ministre Laforest croit qu’un changement de tendances s’est graduellement installé dans notre société au cours des 20 dernières années, avec une répartition plus équitable des responsabilités familiales entre les hommes et les femmes. Cela a permis aux femmes de se réaliser pleinement au plan professionnel. 

« Aujourd’hui, je vois les jeunes parents qui répartissent les tâches et les responsabilités à deux. Ça va aller de mieux en mieux. Je pense qu’il va y avoir de plus en plus de femmes qui vont occuper des postes-clés. Le point à retenir, c’est l’éducation qu’on donne à nos enfants. Ma mère travaille encore deux jours semaine. C’est vraiment remarquable d’avoir une mère exceptionnelle. On prend nos modèles où on peut. Ma mère, c’est mon modèle à moi », conclut-elle.

Andrée Laforest voue un respect profond à sa mère, qui demeure, encore aujourd’hui, un exemple pour elle.