Au Québec, la tordeuse des bourgeons de l’épinette attaque principalement le feuillage du sapin baumier, de l’épinette blanche, de l’épinette rouge et de l’épinette noire.

Les épidémies de la tordeuse plus au nord

Les épidémies de la tordeuse des bourgeons de l’épinette (TBE) se déplaceraient de plus en plus au nord en raison du réchauffement climatique, concluent pour la première fois des chercheurs de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

Les résultats de recherche contenus dans l’étude Changes in Spatiotemporal Patterns of 20th Century Spruce Budworm Outbreaks in Eastern Canadian Boreal Forests publiée le 21 décembre dernier dans le journal scientifique Frontiers in Plant Science, des chercheurs Lionel Navarro, Hubert Morin, Miguel Montoro Girona et Yves Bergeron (Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue) démontrent que le petit insecte – responsable de la destruction de dizaines de milliers d’hectares de forêts résineuses au cours des quatre épidémies répertoriées au Québec au XXe siècle – se déplace toujours plus haut dans nos forêts d’une épidémie à l’autre.

« Notre principale constatation est l’identification des zones d’infestation synchrone précoce dans le domaine de l’épinette noire qui précède l’épidémie de 1968-1988. Ceci représente la première preuve solide d’un déplacement au nord de l’aire de répartition de la TBE, peut-être en raison du changement climatique, comme l’ont spéculé plusieurs chercheurs. Par conséquent, nos résultats confirment que les populations d’insectes se déplacent vers le nord. Et la gravité et la fréquence des épidémies d’insectes sont plus grandes que par le passé », explique Miguel Montoro Girona dans un échange de courriels avec Le Quotidien.

« Ça suggère que l’insecte est de plus en plus confortable dans les régions nordiques, et c’est un peu inquiétant puisque la tendance actuelle s’en va plus vers du réchauffement. Des périodes où les insectes seront de plus en plus adaptés à survivre et à pulluler dans les régions nordiques. L’analyse des cernes de croissance des arbres démontre la présence de l’insecte dans des zones où on ne les voyait pas avant », ajoute le directeur de thèse Hubert Morin.

Limite nordique

Autre nouveauté, les chercheurs sont parvenus à dresser un portrait des épidémies en étudiant une base de données de 4000 arbres récoltés sur une zone de 800 000 km2, dont certains points d’échantillonnage qui se trouvent au-delà de la limite nordique de la forêt boréale, une zone peu connue seulement accessible par hélicoptère.

« Nous avons reconstitué les patrons spatio-temporels à l’échelle du paysage des épidémies forestières de la TBE pendant le siècle dernier pour tout le Québec. C’est la première fois que nous pouvons voir la distribution spatiale des épidémies dans le territoire. Nous démontrons des patrons spatiaux différents pour chacune des principales épidémies et révélons l’importance du climat en tant que facteur déclencheur et de synchronisation » , indique M. Montoro Girona.

Une autre étude réalisée il y a trois ans, citée dans celle publiée en décembre, rappelle toutefois que les épidémies de la TBE sont des « phénomènes complexes » influencés par de multiples facteurs qui incluent les espèces d’arbres infectés, la région spécifique touchée ainsi que les conditions climatiques.

Trois épidémies

Trois périodes épidémiques ont été identifiées par les chercheurs, soient celles de 1905-1930, qui a affecté 40 % de la superficie des forêts à l’étude. La seconde (1935-1965) est la plus longue épidémie recensée, mais c’est celle – plus courte – de 1968 à 1988 qui a causé les plus grands dommages selon les critères des chercheurs. Près de 50 % des sapinières ont été infectées à divers degrés par la TBE à cette époque.

Les territoires les plus affectés en pourcentage depuis les années 40 sont l’Abitibi-Témiscamingue, le sud-ouest du Lac-Saint-Jean, le lac Mistassini et la Haute-Côte-Nord.

Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs recense pour sa part quatre épidémies qui ont débuté en 1909, 1938, 1967 et 1992.