Les étudiants à l'Université du Québec à Chicoutimi, Andréanne Goulet et Stéphane Daboué, finissants en génie géologique, et Virginie Thibeault, qui complète ses études en géologie, collaborent à la conception d'un système de traitement des eaux usées pour la municipalité des Bergeronnes, en Haute-Côte-Nord, dans le cadre de leur projet de fin d'études. Ils sont ici accompagnés par Romain Chesnaux, professeur en génie et en sciences de la Terre, qui les encadre.

Les eaux usées à l'étude

Trois étudiants en génie géologique et géologie de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) participent à la conception d'un système de traitement des eaux usées pour la municipalité des Bergeronnes, en Haute-Côte-Nord, dans le cadre de leur projet de fin d'études. La petite municipalité, comme bien d'autres au Québec et au Saguenay-Lac-Saint-Jean, rejette directement ses eaux usées dans un cours d'eau.
Andréanne Goulet et Stéphane Daboué, finissants en génie géologique, et Virginie Thibeault, qui complète ses études en géologie, ont commencé à travailler sur le projet cet automne.
La municipalité des Bergeronnes a entrepris des démarches afin de se mettre aux normes environnementales en se dotant d'un système de traitement des eaux usées, tel que demandé par les objectifs du ministère de l'Environnement d'ici 2020 (voir encadré).
Les habitations du coeur de la municipalité sont actuellement reliées par un système de collecte qui amène les eaux usées jusqu'à la rivière des Grandes-Bergeronnes, qui se jette ensuite dans le fleuve Saint-Laurent. Seul un grillage se trouve à l'entrée du point de rejet.
« Le dégrilleur est un traitement qui permet de séparer les matières solides, mais c'est tout », a indiqué Virginie Thibeault, lors d'une rencontre à l'UQAC avec les trois étudiants et le professeur en génie et en sciences de la Terre qui les encadre, Romain Chesnaux.
Les étudiants travaillent avec le consultant responsable du dossier pour la municipalité des Bergeronnes. « Le but n'est pas de remplacer le travail d'une entreprise, mais d'offrir une opportunité de formation pour les étudiants », précise le professeur.
Les trois étudiants se chargent de la conception, sur papier, de l'ouvrage qui sera retenu pour le traitement des eaux usées. Ils planchent pour l'instant sur trois systèmes mettant à profit de nouvelles technologies.
« Il faut aussi tenir compte de la topographie du terrain, du type de sol et de l'espace restreint disponible », ajoute Stéphane Daboué. Les nouvelles technologies ont l'avantage d'offrir des solutions compactes, intéressantes pour les petites municipalités qui se trouvent en terrain escarpé, en bordure des cours d'eau.
Une fois leur projet de fin d'études complété et remis, en avril, le consultant pourra s'en inspirer pour compléter sa propre proposition à la municipalité.
Les étudiants pensent que ce projet aidera à sensibiliser la population à la pollution des cours d'eau, plusieurs personnes ignorant qu'au Québec des municipalités déversent encore directement leurs eaux usées dans les rivières et le fleuve Saint-Laurent. « Les gens se baignent parfois près d'un rejet d'eaux usées et ne le savent même pas », pointe Virginie Thibeault.
« Les gens voient souvent l'environnement comme une dépense, mais il faut le voir comme un investissement », conclut pour sa part Andréanne Goulet.
Les eaux usées de la municipalité des Bergeronnes, en Haute-Côte-Nord, se déversent directement dans la rivière des Grandes-Bergeronnes. Plusieurs municipalités de la province, tout comme au Saguenay-Lac-Saint-Jean, déversent encore leurs eaux usées directement dans les cours d'eau.
Des coûts énormes pour les municipalités
La mise aux normes des installations de traitement des eaux usées représente des coûts astronomiques pour les petites municipalités. Et l'objectif de 2020, fixé par le gouvernement du Québec pour les municipalités déversant leurs égouts dans les cours d'eau, approche à grands pas.
« 2020, c'est demain matin », a convenu Denis Lapointe, président de la Commission de l'environnement de l'Union des municipalités du Québec, lors d'un entretien téléphonique.
Le travail à accomplir en terme de mise aux normes est d'envergure : sur les quelque 850 municipalités rurales que compte le Québec, le président estime que plusieurs d'entre elles doivent se mettre aux normes, que ce soit en raison d'un déversement direct des eaux usées dans les cours d'eau, ou dans un plus grand nombre de cas, de systèmes de traitement autonomes non conformes (fosses septiques, notamment).
Systèmes de traitement autonomes
La vétusté des systèmes de traitement autonomes, bien que moins visible que le rejet direct des eaux usées dans les cours d'eau, n'en demeure pas moins une problématique importante.
« En milieu rural, les conditions d'application ont changé. Ces installations sont devenues vétustes, et les débordements se retrouvent dans les ruisseaux », a-t-il expliqué. Les municipalités ont la responsabilité de s'assurer que ces installations répondent aux normes gouvernementales.
« Il va falloir dans les milieux ruraux faire des investissements, et les programmes ne sont pas nécessairement au rendez-vous », a souligné celui qui est aussi maire de Salaberry-de-Valleyfield.
« Il y a des sommes disponibles, mais pas nécessairement d'argent pour la réhabilitation de ces installations, qui sont des installations privées. [...] Il va falloir qu'il y ait plus d'ouverture de la part du gouvernement », estime-t-il, ajoutant que les propriétaires n'ont souvent pas les moyens de procéder eux-mêmes à cette mise aux normes coûteuse.
Quatre municipalités déversent encore leurs eaux usées dans le Saguenay
Quatre municipalités de la MRC du Fjord-du-Saguenay déversent encore leurs eaux usées dans le Saguenay. Il s'agit de Saint-Charles-de-Bourget, de Saint-Fulgence, de Sainte-Rose-du-Nord et de L'Anse-Saint-Jean. Le préfet de la MRC, Gérald Savard, a cependant espoir que la situation sera corrigée d'ici 2025.
Certaines de ces municipalités sont dotées d'un dégrilleur, tandis que le rejet des eaux usées se fait sans aucun traitement minimal pour d'autres.
« On veut régler le dossier, et les municipalités travaillent fort. Mais il faut qu'il y ait des subventions. C'est à peu près impossible pour les petites municipalités de financer ces projets, même au tiers. Ça prend des programmes qui financent presque la totalité des projets », a-t-il indiqué, lors d'un entretien avec Le Quotidien.
Le ministère des Affaires municipales a d'ailleurs lancé en 2015 le Programme d'infrastructures municipales d'eau (PRIMEAU), qui peut financer jusqu'à 95 % des coûts de l'aménagement de stations d'épuration pour les municipalités de moins de 6500 personnes.
« Construire une station d'épuration coûte très cher, et selon l'âge des infrastructures municipales, ça ne peut pas être fait sans avoir à tout refaire les canalisations d'eau potable et d'eaux usées, a-t-il cependant précisé. (...) Le ministère préfère alors que les municipalités optent pour des étangs aérés. » Les étangs aérés permettent de traiter les eaux usées par des procédés mécaniques qui augmentent l'oxygénation de l'eau.
Dans le cas de certaines municipalités, un soutien financier aux particuliers pour la mise aux normes des fosses septiques serait plus approprié et moins coûteux, une option qui commence à faire son chemin auprès du gouvernement provincial, estime le préfet. Les fosses septiques des habitants de Rivière-Éternité, par exemple, doivent subir une importante mise aux normes. Le secteur de l'hôtel de ville et de l'église a pour sa part été mis aux normes il y a quelques années.
M. Savard a bon espoir que les petites municipalités de la région et de la province pourront compléter leur mise aux normes d'ici 2025. « On sent qu'il y a vraiment une volonté du gouvernement de régler ce dossier », a-t-il conclu.