CF-18

Les délais de remplacement des CF-18 inquiètent Richard Martel

« La négligence du gouvernement libéral qui retarde le remplacement de la flotte de chasseurs CF-18 risque d’augmenter davantage la pénurie de pilotes et de techniciens, comme l’a constaté le dernier rapport du Vérificateur général. »

Pour le député de Chicoutimi-Le Fjord, Richard Martel, le manque d’équipement ne peut faire autrement qu’avoir un effet démobilisateur chez les troupes. « Les pilotes de chasse ont de la difficulté à faire le nombre d’heures minimum annuel requis parce que les avions ne sont pas disponibles, et pendant ce temps, les lignes aériennes les courtisent en leur offrant le double de leur salaire. C’est inacceptable », s’est insurgé le député fédéral, au cours d’une discussion à bâtons rompus tenue jeudi dans son bureau de comté.

Dans son rapport, le VG a relevé que le Canada a pris plus de 10 ans de retard dans le processus de remplacement de ses avions de chasse qui devait être complété en 2020. Cela fait en sorte que la flotte actuelle peine à remplir sa mission auprès de la Défense aérospatiale Nord-Américaine (NORAD) et du traité de l’Atlantique nord (OTAN). Mais en plus, le Vérificateur général constate une pénurie de techniciens d’entretien d’aéronefs qui rend encore plus problématique le maintien en état de vols des avions vieillissants. Et comme si ce n’était pas suffisant, il note aussi une pénurie de pilotes de chasse.

« Nous avons constaté que la force de chasse du Canada n’était pas en mesure de satisfaire à la nouvelle exigence opérationnelle instaurée par le gouvernement, soit avoir chaque jour un nombre suffisant d’appareils disponibles pour répondre au niveau d’alerte le plus élevé du NORAD et honorer dans le même temps l’engagement du Canada envers l’OTAN. La force de chasse ne pouvait pas satisfaire l’exigence, parce que la Défense nationale manquait déjà de personnel et que les CF-18 étaient vieux et de plus en plus difficiles à entretenir. Nous avons aussi constaté que la solution proposée par le gouvernement, à savoir acheter des aéronefs pour un usage provisoire (les 25 F-18 australiens), ne permettra de régler ni la pénurie de personnel ni le vieillissement de la flotte », écrit le Vérificateur général.

Le député Richard Martel dénonce le laxisme du gouvernement dans la gestion des équipements militaires.

« C’est un manque flagrant de planification du gouvernement libéral, accuse le critique conservateur en matière de Défense nationale. L’armée du Canada a toujours eu une bonne réputation internationale. Mais ce n’est plus le cas avec les libéraux parce qu’ils ne lui donnent pas les budgets dont elle a besoin. Si on veut que nos alliés soient là pour nous défendre, nous devons être en mesure de faire notre part et c’est pourquoi il faut acquérir les nouveaux avions de chasse au plus tôt. Pas acheter les vieux avions australiens rongés par le sel », dit M. Martel.

Le point de non-retour

Si on laisse aller les choses, l’Aviation royale canadienne va atteindre le point de non-retour. La pénurie de techniciens cloue les avions au sol et selon le VG, 28 % des pilotes de chasse avaient enregistré moins que les 140 heures de vol requises pour maintenir leur qualification en 2017-2018. « Si le nombre de techniciens expérimentés affectés à l’entretien n’augmente pas, le nombre d’heures de vol que pourra effectuer chaque pilote de CF-18 diminuera », peut-on lire dans le rapport.

« De plus, la Défense nationale a déterminé qu’elle disposait de seulement 64 % des pilotes de CF-18 qualifiés dont elle avait besoin pour satisfaire à la nouvelle exigence du gouvernement, et devrait donc augmenter considérablement le nombre de pilotes qui sont formés. Or elle n’est vraisemblablement pas en mesure de le faire, car le rythme auquel les pilotes quittent la force de chasse est plus rapide que celui auquel elle peut en former de nouveaux. Selon la Défense nationale, entre avril 2016 et mars 2018, l’Aviation royale canadienne a perdu 40 pilotes de chasse qualifiés et en a formé seulement 30 nouveaux. Depuis, 17 autres pilotes de chasse sont partis ou ont manifesté leur intention de le faire. »

Sans plan pour régler expressément le grave problème que posait le manque de pilotes de CF-18, le Vérificateur général craint qu’à ce rythme, il n’y aura pas assez de pilotes expérimentés pour former la prochaine génération de pilotes de chasse, et la Défense nationale n’aura pas suffisamment de pilotes pour être en mesure de respecter les exigences du gouvernement.

Richard Martel, qui attend avec impatience de voir les appels d’offres pour l’acquisition des nouveaux avions de chasse le printemps prochain, promet qu’un gouvernement conservateur élu en octobre 2019 s’attaquerait à ce problème urgent : « Si on en parle et qu’on tire la sonnette d’alarme, c’est parce qu’on veut le régler », conclut-il.

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EXTRAITS DU RAPPORT DU VÉRIFICATEUR GÉNÉRAL

Le Canada a acheté ses CF-18 au début des années 1980. À cette époque, il était prévu de les remplacer au bout d’environ 20 années de service. Des projets de modernisation de ces appareils ont retardé la date de leur mise hors service. En 2010, le gouvernement a annoncé son intention d’acheter 65 avions de chasse F-35 pour remplacer les CF-18 d’ici 2020. Vu que le gouvernement n’avait toujours pas décidé, en 2014, d’acquérir les aéronefs de remplacement, la Défense nationale a reporté la date prévue de mise hors service des CF-18 jusqu’en 2025. En décembre 2017, le gouvernement a annoncé qu’il avait l’intention de lancer un appel d’offres pour acquérir 88 nouveaux avions de chasse en remplacement des CF-18 d’ici 2032.

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Depuis 2014, les départs de techniciens de CF-18 expérimentés ont réduit l’expertise globale de la force de chasse, ce qui a nui à l’entretien de la flotte. En raison de ces départs, le nombre moyen d’heures de maintenance nécessaires pour chaque heure de vol d’un CF-18 est passé de 21 à 24 entre 2014 et 2018. De plus, à mesure que la flotte vieillit, il va devenir de plus en plus long et difficile pour les techniciens d’entretenir les CF-18.

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Selon la Défense nationale, l’achat des F/A-18 australiens lui permettrait d’avoir un plus grand nombre d’appareils et de pièces de rechange pour contribuer à la gestion de la flotte de CF-18. Toutefois, cet achat ne réglera pas les faiblesses fondamentales de la flotte : le déclin de la capacité de combat des aéronefs et la pénurie de personnel. À notre avis, l’achat d’aéronefs pour un usage provisoire n’aide pas la Défense nationale à satisfaire systématiquement à la nouvelle exigence instaurée en 2016. Sans un plus grand nombre de techniciens et de pilotes, cette mesure aura un effet minime sur les opérations de la force de chasse.

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Nous avons constaté que la capacité de combat des CF-18 n’avait pas été améliorée de manière significative depuis 2008, notamment parce que la Défense nationale prévoyait qu’une flotte de remplacement serait opérationnelle d’ici 2020. La Défense nationale n’a donc pas établi de plan pour mettre à niveau la capacité de combat de ces aéronefs, et ce, même si les CF-18 devront désormais pouvoir voler jusqu’en 2032. Selon le Ministère, si la flotte n’est pas modernisée, les CF-18 deviendront plus vulnérables à mesure que des avions de chasse et des systèmes de défense aérienne avancés seront mis au point et utilisés par d’autres pays.