Les défis de l’enseignement supérieur en ligne

Au cégep et à l’université, la pandémie de COVID-19 a forcé les professeurs à transformer la manière d’enseigner en quelques jours à peine. Alors que le défi se gère plutôt bien pour certaines matières, d’autres cours doivent être abandonnés ou reportés, du moins en partie. Tour d’horizon.

« Les termes “enseignement à distance” sont galvaudés, car il faudrait plutôt parler d’enseignement en quarantaine », souligne d’emblée Pierre-Luc Ménard, professeur en philosophie et président du Syndicat des enseignantes et des enseignants du Cégep de Saint-Félicien.

« L’enseignement à distance, ça se prépare, alors qu’on cherche présentement à sauver les meubles en enseignant l’essentiel des compétences à acquérir », dit-il. Pour donner une image, les professeurs cherchent donc « à sauver le patient jusqu’à ce qu’il arrive à l’hôpital ».

Les étudiants disposent aussi d’outils exceptionnels en cette session offerte en pleine pandémie. Ils peuvent, par exemple, demander l’annulation d’un cours, ce qui n’entraînera pas d’échec.

N’empêche que les choses se passent plutôt bien dans les circonstances pour la majorité des cours, ajoute-t-il. « On a la chance d’avoir des étudiants assez autonomes qui participent bien aux cours de manière générale. »

Certains programmes, ou les laboratoires, les manipulations et les sorties sur le terrain sont importants sont toutefois beaucoup plus problématiques. C’est notamment le cas de certains cours offerts dans la Technique de milieu naturel, comme l’explique le professeur Sylvain Larouche. « Dans un de mes cours sur les microorganismes, 75 % des cours restants devaient se faire en laboratoire », dit-il. Plusieurs techniques de laboratoire doivent être présentées autrement et certains éléments de compétence ne pourront pas être atteints, déplore-t-il. « Il y a des limites à ce qu’on peut enseigner à distance ».

L’enseignant utilise donc les visioconférences pour faire des cours en direct ou pour répondre aux questions des étudiants, mais surtout des présentations de style PowerPoint, avec des commentaires vocaux et écrits. « Je me concentre beaucoup sur les outils écrits parce que j’ai une étudiante malentendante », remarque Sylvain Larouche.

Les trous dans le programme sont aussi flagrants dans la technique de santé animale. « C’est difficile d’enseigner à un étudiant comment faire une anesthésie sur papier, soutient Hélène Morissette, une enseignante. On travaille fort pour faire des mises en situation, mais les étudiants arriveront en 3e année sans jamais l’avoir fait sur un animal ». De plus, les étudiants n’ont pu faire qu’une ou deux semaines sur les dix semaines de stage qu’ils devaient compléter. « Il manque une expérience très concrète, en milieu de travail », ajoute la professeure, qui a l’impression d’offrir des diplômes à rabais.

Stéphane Lévesque, le directeur des études du Cégep de Saint-Félicien, est bien conscient des limites de l’enseignement à distance, mais il tient aussi à souligner le travail exceptionnel des enseignants qui font des pieds et des mains pour enseigner les compétences nécessaires. Ce dernier souligne que le ministère de l’Éducation a assoupli les règles d’enseignements permettant d’acquérir les compétences autrement. Ainsi, des simulations virtuelles peuvent remplacer des expériences sur le terrain, dit-il.

« Les ordres professionnels reconnaissent que les cours ne sont pas bâclés et que les finissants pourront passer l’examen de l’Ordre. » Les étudiants de 1re et de 2e année, qui seront de retour au cégep, auront l’opportunité de faire les apprentissages manquants plus tard pendant leur parcours, soutient également Stéphane Lévesque.

Au Cégep de Chicoutimi, Christian Tremblay, le directeur des études, dresse un portrait similaire. « Les professeurs ont dû changer de façon d’enseigner en un quart de tour, en utilisant de nouvelles pratiques pédagogiques sans y avoir été préparés », dit-il, avant d’ajouter que la moitié de la session avait déjà été complétée avant la fermeture du collège. Par exemple, des portions de cours de physiothérapie devront être complétées à l’automne pour les étudiants qui reviennent. « Pour les autres, on doit présumer qu’ils ont suffisamment de pratique, parce qu’on ne peut pas inventer des solutions qui n’existent pas », dit-il.

Même son de cloche au Cégep de Jonquière, où l’institution d’enseignement souhaite reprendre certains apprentissages plus tard pour les élèves en 1re et 2e années, tout en s’assurant de que toutes les 3e années puissent diplômer, explique Sabrina Potvin, la coordinatrice aux communications. « Des professeurs ont mis sur pied des initiatives créatives pour s’adapter, dit-elle. Par exemple, des vidéos animées ont été produites dans le cadre d’un cours en éducation spécialisée pour parler de l’importance des relations d’aide. Des professeurs de physique ont développé des montages vidéos et trouvé des mises en situation en ligne pour transmettre le contenu, car des simulations prévues en laboratoire n’ont pas pu se faire.»

Déconfiner en partie l’éducation

Après un arrêt des stages causé par la pandémie, les étudiants en inhalothérapie sont retournés en milieux hospitaliers après des discussions avec le CIUSS. Des solutions en ligne ont aussi été mises en place pour plusieurs cours, dont la technique en soins infirmiers. « Nous avons abonné tous les étudiants à l’application Prima, qui permet de réviser les cours et de se pratiquer pour la reprise s’ils échouent l’examen », note Christian Tremblay.

À l’UQAC, une partie des cours en soins infirmiers est en train d’être déconfinée, soutient Marie-Karlynn Laflamme, la directrice des communications. « Les travaux pratiques et les stages ont repris à la clinique universitaire », assure-t-elle.

Alors que la session d’hiver est bien terminée, l’institution cherche des solutions pour réorganiser ses espaces de laboratoire pour offrir des cours en présentiel, lorsque nécessaire à l’automne, en respectant les normes de distanciation sociale, un peu comme l’offre faite par les centres de formation professionnelle à compter du 11 mai (voir autre texte).

L’autonomie en plein air confinée

Le trimestre hivernal du baccalauréat en plein air de l’UAQC a été sauvé, mais quelques cours n’ont pas pu être offerts, comme le cours d’intervention d’urgence, qui aurait nécessité des simulations de secours et donc d’importantes manipulations, explique le professeur David Mepham. « Deux cours devront être offerts en présentiel plus tard », dit-il, espérant pouvoir les donner à l’automne.

Alors que l’équipe de plein air de l’UQAC avait l’impression d’être une unité indépendante et autonome, « on se retrouve étrangement plus vulnérable que jamais parce qu’on a perdu la capacité d’être en groupe ». Un curieux sentiment pour un professeur qui enseigne l’autonomie, la survie et la gestion des risques.

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Formation à distance : une opportunité pour l’UQAC ?

En forçant la mise en place d’une solide structure de formation à distance, la pandémie pourrait bien créer de nouvelles opportunités pour l’UQAC, estime Marie-Karlynn Laflamme, la directrice des communications. « Nous n’étions pas reconnus pour la formation à distance, mais la situation nous force à mettre des solutions en place, ce qui va nous permettre de nous mettre sur la mappe », dit-elle. Un comité d’experts a donc été mis en place pour développer les programmes à distance de façon pérenne. « Ça pourrait nous permettre de rejoindre plus d’étudiants qui veulent apprendre à distance, peu importe où ils habitent. »