Les résidants Steeve Allard et Louise Godin pourraient être expropriés par le ministère de la Sécurité publique parce que leurs installations septiques sont trop près de la rive.

Les conclusions mal accueillies

La construction de structures massives en roches au fond de l’eau, à l’endroit où les rivières Péribonka et Petite Péribonka se rencontrent, pourrait régler le problème d’érosion du bout de la pointe Langevin, dans le secteur Vauvert à Dolbeau-Mistassini.

C’est du moins ce que croit François Groux, ingénieur pour la firme WSP, mandatée par Rio Tinto pour mieux comprendre le phénomène qui continue, jour après jour, à causer des ravages aux terrains de ce secteur.

« Une avancée d’enrochement à l’intérieur de la rivière pourrait dériver la force de l’écoulement et ainsi forcer les chenaux des deux rivières à se déplacer un peu plus au large de la pointe », explique M. Groux.

L’aménagement d’un ou de plusieurs murs sous l’eau pourrait coûter entre 5 et 10 millions $ et son efficacité n’est pas assurée. La Ville assure qu’elle n’a pas les moyens financiers d’assumer les coûts liés à ces travaux majeurs.

Les gouvernements interpellés
Le maire de Dolbeau-Mistassinni, Pascal Cloutier, interpelle donc les gouvernements fédéral et provincial afin qu’ils en prennent la responsabilité.

Chose certaine : le dossier ne pourra cheminer à court terme, puisque la situation est fort complexe.

« Quand on parle de [structures rocheuses] dans l’eau, on parle de Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). Ça peut prendre quatre ou même cinq ans, et on ne sait même pas si, en bout de ligne, ce sera accepté », souligne le maire.

La firme d’ingénierie WSP se base sur des données de 2017 pour tirer les conclusions de son étude.

Les statistiques du printemps 2018 n’ont donc pas été prises en compte, mais François Groux assure que Rio Tinto « suit la situation de près ».

WSP confirme ainsi l’hypothèse émise en 2017 voulant que le problème d’érosion soit causé par la rencontre des deux rivières.

Ainsi, la multinationale « ne peut prendre en charge ce secteur dans son programme de stabilisation des berges en raison de la cause de l’érosion », écrit-on dans une brève déclaration envoyée par courriel, mardi après-midi, aux médias.

Une opposition bien franche
Le président de la Ligue des propriétaires de Vauvert, Daniel Murray, ne croit pas un mot du fait que la rivière Petite Péribonka puisse causer autant de ravages. Pour lui, il s’agit seulement d’une ruse de Rio Tinto afin de se dégager de toute responsabilité.

« Je ne suis pas capable d’acheter cette version. Au fond, ce qu’on nous dit en pleine face, c’est que personne n’en assumera la responsabilité. Rio Tinto s’en lave les mains », déplore-t-il.

Plus encore : il craint que les résidants du bout de la pointe perdent tour à tour leurs propriétés sans que rien ne se fasse.

« Il n’y a rien qui se fait dans l’immédiat. Il faut pourtant continuer d’essayer. On est en absence de solution physique, et s’il n’y a pas de gestes qui se posent, ce sera [le troisième voisin] et les riverains suivants qu’on verra partir peu à peu », craint Daniel Murray.

Les résidants du secteur Vauvert à Dolbeau-Mistassini étaient invités à entendre les conclusions du rapport de WSP, présentées par M. Groux, mardi soir, à l’hôtel de ville de Dolbeau-Mistassini.

Le député fédéral de Lac-Saint-Jean, Richard Hébert, un représentant du bureau de comté provincial et des employés de deux différents ministères, ceux de la Sécurité publique et du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, étaient présents à la rencontre.

Le maire de Dolbeau- Mistassini, Pascal Cloutier, et le président de la Ligue des propriétaires de Vauvert, Daniel Murray, constatent l’ampleur des dégâts de ce printemps.

+ Une deuxième expropriation à prévoir

Steeve Allard et Louise Godin savaient que, par mesure de sécurité, ils perdraient éventuellement l’accès à leur terrain, qui s’érode à vue d’œil, ou presque, ce printemps. Ils auraient cependant voulu « savourer un dernier été » à leur résidence secondaire avant de lui dire adieu.

Or, leur expropriation pourrait venir plus vite que prévu puisque leurs installations septiques sont rendues trop près du rivage. Leur résidence est voisine de celle du bout de la pointe, qui a récemment été achetée par Rio Tinto. Ce printemps, ils ont perdu l’équivalent de plusieurs mètres de plage et de terre ferme.

Mardi après-midi, des employés du ministère de la Sécurité publique ont fait un bref arrêt chez eux, avant la rencontre publique tenue en soirée à l’hôtel de ville de Dolbeau-Mistassini.

« Ils sont ici sur une base préliminaire pour voir si on peut encore habiter notre chalet. Cette possibilité-là, celle d’être expropriés, on ne l’a pas vu venir. On avait espoir de passer un dernier été ici et on croise les doigts pour qu’ils soient indulgents avec nous », explique Mme Godin, avec beaucoup d’émotion dans la voix. 

Steeve Allard et Louise Godin avaient tout récemment entrepris des projets de rénovation dans le but de se faire un petit nid douillet où passer leur retraite. Ils ont tout arrêté lorsqu’ils ont constaté l’ampleur des dégâts causés par l’érosion de ce printemps. 

« Notre terrain ne vaut plus rien, et Rio Tinto s’en lave les mains à tort ou à travers. Nous, on a tout perdu. L’année prochaine, il sera déjà trop tard pour mettre en place quelque mesure qu’il soit », explique M. Allard.

Leur propriété valait 220 000 $ en 2016, mais les choses sont bien différentes aujourd’hui. Il pourrait, par ailleurs, leur être difficile d’obtenir un dédommagement du gouvernement provincial puisqu’il s’agit de leur résidence secondaire. 

« Rio Tinto pourrait nous acheter à notre tour, mais à moins d’un jeu de coulisses, c’est peu probable. Nous, on ne veut pas se rendre malades avec ça. Après tout, ce n’est que de l’argent », expliquent-ils. 

Le couple Allard-Godin croit que le maire de Dolbeau-Mistassini, Pascal Cloutier, a démontré beaucoup d’empathie à leur égard.