Les avantages de la psychologie en ligne

Du jour au lendemain, les psychologues de la province ont dû troquer fauteuil et calepin pour un ordinateur et une caméra. Autrefois sceptiques, plusieurs thérapeutes trouvent que la consultation par visioconférence présente de nombreux avantages.

Un patient a peur de prendre l’autobus. Son rythme cardiaque s’accélère et il a de la difficulté à respirer quand les portes de l’autobus s’ouvrent devant lui.

Pour affronter sa peur, il entre dans l’autobus, des écouteurs sur les oreilles : son thérapeute est au bout du fil. Tout au long du trajet, le psychologue parle à son patient, lui demande comment il se sent, d’où provient son inconfort.

« Sans téléthérapie, on ne pourrait pas faire des choses comme ça, explique Stéphane Bouchard, professeur de psychologie à l’Université du Québec en Outaouais. Un thérapeute ne pourrait pas entrer dans un autobus avec son client et s’asseoir à côté de lui. »

Avec l’arrivée de la pandémie, la plupart des psychologues ont passé à la téléthérapie. Certains d’entre eux avaient peur que le contact ne soit pas le même derrière un écran.

« Avant Noël, c’était vu comme un peu fou ou pour les pauvres personnes qui n’ont pas accès en personne à un thérapeute, explique le Dr Bouchard. Maintenant, il y a des professionnels qui voient ça d’un meilleur œil. »

Et pour cause : la thérapie à distance serait aussi efficace qu’en face à face. Stéphane Bouchard en sait quelque chose : il a passé les vingt dernières années à documenter les bienfaits de cette pratique. Il dirige depuis 2003 la Chaire de recherche en cyberpsychologie clinique, la première de ce genre au Canada.

En ligne, le niveau d’attention du psychologue et de son patient serait le même qu’en bureau. « Quand une personne nous dicte une liste d’épicerie au téléphone, on gribouille et on décroche, mais quand quelqu’un vous dit par exemple “ je vais me tuer ”, on écoute et on est impliqué. »

La téléthérapie permet parfois au psychologue d’avoir une meilleure idée du milieu dans lequel la personne évolue pour pouvoir mieux l’aider. Le Dr Bouchard donne l’exemple d’une thérapie familiale. « Quand on fait ça en télématique, on se retrouve dans la vie des gens. Tu vas voir, par exemple, les interactions avec le petit frère, en temps réel. Ça peut vraiment aider à comprendre. »

Un autre avantage : l’accessibilité. Certaines personnes devaient se déplacer sur de longues distances pour voir un psychologue, ils n’ont maintenant plus qu’à ouvrir leur ordinateur.

Cette méthode permet aussi de mieux répondre aux besoins partout au Québec. Un thérapeute de la Gaspésie peut parler à un client à Montréal. Les psychologues peuvent désormais travailler aux quatre coins de la province.

Et pour les patients ?

Plusieurs personnes semblent apprécier cette nouvelle façon de fonctionner. « Je trouve que c’est libérateur. Tu es chez toi, dans un espace sûr », explique Éloïse Chagnon-Léveillé.

Pour elle, le fait pouvoir parler à un thérapeute à distance élimine un stress. Plus besoin de se presser pour prendre l’autobus de peur d’être en retard.

« Je sais que ma psychologue m’écoute, qu’elle prend des notes. Elle me regarde dans les yeux, dit Éloïse Chagnon-Léveillé. Je ne sens pas qu’elle est moins là parce que c’est à distance. »

Même son de cloche pour une Almatoise de 25 ans qui demandé à ce que son nom ne soit pas divulgué pour protéger sa vie privée. « J’étais un peu stressée au début, je me demandais si ça allait connecter au téléphone. Finalement, ça a vraiment accroché avec le travailleur social », dit la jeune femme.

Elle doit cependant s’assurer de ne pas être dérangée pendant l’appel. « Ça demande une plus grande organisation : je vais dans ma chambre et j’avertis les gens avec qui je vis que j’ai un rendez-vous téléphonique. »

Cette composante peut parfois être un problème pour les patients, rapporte le Dr Bouchard. « Certaines personnes ont leur ordinateur dans le salon, ils doivent alors trouver un autre endroit comme la voiture. »

Pas pour tout le monde

Le but n’est pas d’abolir la thérapie en face à face, explique Stéphane Bouchard. L’idée est de mieux comprendre dans quels contextes utiliser l’une ou l’autre des deux thérapies.

« Les gens qui sont très timides, qui font de l’anxiété sociale, ce serait peut-être intéressant pour eux de rencontrer un thérapeute en personne. », dit le Dr Bouchard.

Pour une personne qui souffre de schizophrénie, le fait de parler avec un psychologue à travers un écran peut-être anxiogène. Il est mieux dans ce cas de prioriser la rencontre en personne.

Même chose avec les jeunes enfants. « On utilise beaucoup la thérapie par le jeu avec eux », affirme le chercheur. Il peut devenir difficile de créer un contact avec cette clientèle derrière un écran.