Jacques Fortin, conseiller municipal à Saguenay, minimise le rôle de surveillance et de contrôle d'un conseil d'administration de coopérative.

«Les autres aussi n'ont rien vu»

L'ex-président du conseil d'administration de la Coopérative de solidarité et de maintien à domicile et la Dînette roulante, Jacques Fortin, réfute les commentaires critiques d'un juge de la Cour du Québec envers les lacunes de son organisation lors des représentations sur sentence de l'ex-directrice coupable de fraude.
Le juge s'indignait qu'un cosignataire signe des «chèques en blanc» pendant des années, ce qui expliquait que la fraude ait pu dépasser 440 000$ en cinq ans.
«C'est pas vrai qu'il y a eu de l'aveuglement. C'est moi qui l'ai trouvée, la bonne femme qui a fraudé. En plus, il y avait le conseil d'administration, il y avait les caisses populaires; tout le monde était au courant et personne ne l'a trouvée. Il n'y avait pas que Jacques Fortin dans ça.»
«Moi j'ai jamais vu ces chèques-là", a-t-il déclaré au sujet de sa signature au bas des chèques rédigés par l'ex-directrice.
Questionné à savoir s'il a signé des chèques d'avance, le conseiller est formel: «Pas du tout. Absolument pas.»
Jacques Fortin, qui a cédé la présidence à la fin des années 2000, estime que la coopérative a été victime de sa directrice de l'époque: «Moi, je n'ai pas témoigné et il n'y a que sa version à elle. Heille! C'est pas drôle, elle passe pour une victime cette femme-là. Elle a volé du monde! C'est comme si moi, j'étais blâmé.»
«Je n'ai jamais vu ces maudits chèques. Ceux que j'ai signés (à des fournisseurs), ceux-là, je les ai signés.»
Contrôle
Jacques Fortin, conseiller municipal à Saguenay, minimise le rôle de surveillance et de contrôle d'un conseil d'administration de coopérative. «Elle (l'ancienne directrice) a fait de fausses résolutions, des affaires qu'on n'a jamais votées. Nous étions des bénévoles. Elle gérait tout cela, autant l'administration que les finances. On était bénévoles, nous autres, on ne pouvait pas tout voir.»
«Ce qui me choque, c'est qu'on me dise que Fortin a fait de l'aveuglement. Mais moi ce que je dis, il y avait Samson Bélair; eux autres, c'étaient nos vérificateurs. Il y avait la Caisse populaire; les chèques passaient dans leurs mains. Ils les voyaient pas, eux autres? Les employés qui travaillaient avec, ils les ont pas vus, eux autres, non plus?»
«Ce qui me choque c'est qu'on me dise que c'est rien que moi qui ai rien vu. Les autres aussi ont rien vu non plus. Il y avait un conseil d'administration et je n'étais pas tout seul.»
Délai
Le juge a signalé que pendant trois ans, il n'y a eu aucune plainte à la police. Jacques Fortin explique cette retenue et ce silence par la volonté de remettre sur pied la coopérative qui employait 85 personnes à une époque où elle était «dans le rouge de 85 000$".
«À partir de 2004, on avait un procureur avec nous et on avait le choix: on dépose une plainte à la police et on ne pouvait revenir avec. On perdait la possibilité de poursuivre le vérificateur, de poursuivre la caisse populaire.»
Précisément, l'entrée en scène d'un nouvel avocat et la signature d'une entente de remboursement déposée à la Cour supérieure en 2009 a pavé la voie à une plainte criminelle à la Sécurité publique de Saguenay qui l'a transmise à la Sûreté du Québec, pour plus de transparence, étant donné les personnes en cause.
Selon Jacques Fortin, «la décision prise par le conseil d'administration a été d'aller chercher le plus qu'on peut et sortir la coopérative du trou. On s'est dit: pendant les prochaines années, on va remonter la coopérative».
«Moi je ne suis pas parti quand c'est arrivé, en 2004. Je suis parti quand la coopérative avait refait ses finances. Quand je suis parti, ça allait très bien il y avait 150 000$ dans le compte et depuis ce temps-là, ça va très bien.»
«On s'est fait avoir par une femme qui a fraudé tout le monde. C'est elle qui a fraudé, c'est pas moi. Le problème c'est qu'il n'y a pas eu de témoignage: elle a plaidé coupable et il n'y a eu que sa version à elle.»
Somme toute, il se déclare satisfait que l'ancienne directrice générale Fabienne Bélanger se soit fait prendre et qu'il y ait eu plainte à la police, puis condamnation. Il s'estime content que la coopérative ait pu redresser la situation et continuer de fonctionner.
Fabienne Bélanger a été accusée en janvier 2014 d'avoir fraudé entre 1999 et 2004. Elle a été condamnée à deux ans moins un jour de prison dans la collectivité. Elle travaille aujourd'hui dans un poste de responsabilité où elle n'a pas accès aux finances de son employeur.