Samedi, le député Denis Lemieux (à droite) a fait du porte-à-porte en compagnie du candidat de l’Équipe du renouveau démocratique (ERD) dans le district #12, Michel Potvin.

Les appuis en campagne, pas toujours payants

Le jeu des appuis publics à une candidature pendant une campagne électorale ne serait pas déterminant pour le résultat final dans la plupart des cas, mais aurait tout de même un effet au sein de la population qui peut être fort utile dans un contexte de lutte serrée.

Depuis le début de la présente campagne électorale municipale à Saguenay, les candidats à la mairie ont joué cette carte de différentes façons pour fédérer le maximum d’électeurs à leur cause. Selon le professeur en marketing de l’Université du Québec à Chicoutimi Damien Hallegate, il faut jouer de prudence quand on décide d’avoir recours à cette stratégie qui, à la limite, pourrait se retourner contre celui qui tente d’en tirer profit.

L’événement le plus récent est survenu mardi alors que des jeunes ont décidé d’organiser un point de presse pour supporter la candidature de M. Arthur Gobeil et justifier ce choix. Un geste qui, selon le professeur, laisse le message que M. Gobeil, un candidat qui peut être considéré par certains comme étant vieux, a la capacité de rallier des jeunes et répond donc à leurs attentes.

« L’association à une personne doit être un complément logique. Elle peut dans certains cas permettre à un candidat de s’allier à une personne qui a des qualités qu’elle ne possède pas nécessairement, mais qui ne sont pas à l’opposé de ses valeurs pour autant », explique le professeur.

Il renforce cet impératif quand il observe le candidat Dominic Gagnon, chef du Parti des citoyens de Saguenay (PCS). Il ne voit pas comment M. Gagnon pourrait logiquement s’associer à un écologiste de grande renommée. Il fait ici référence à la fameuse question du bac brun que le candidat tente d’associer à la candidate Josée Néron comme si ce fameux bac constitue un problème insurmontable.

Le candidat Gagnon fait très régulièrement référence aux saines habitudes de vie. Il n’a pas hésité à publier sur la page Facebook du PCS une photographie avec Alexandre Cloutier confirmant d’une certaine façon l’appui du député de Lac-Saint-Jean à l’Assemblée nationale. La dernière publicité du PCS montre Dominic Gagnon en compagnie du maire sortant Jean Tremblay malgré le fait que le candidat se présente comme la nouvelle génération.

La candidate Josée Néron a pratiquement lancé le bal des appuis lorsqu’elle a tenu un point de presse dimanche dernier en compagnie des députés péquistes Mireille Jean et Sylvain Gaudreault. Dans ce cas, le spécialiste en marketing affirme que les stratèges ont dû mesurer cette association. Il y a un croisement entre politique municipale et provinciale.

Le professeur évoque la possibilité que des électeurs favorables à Mme Néron, qui ne sont pas nécessairement des souverainistes, pourraient ne pas apprécier que la candidate de leur choix s’associe à des députés péquistes. L’inverse est également vrai. Sur le plan des qualités personnelles, l’association n’est pas contradictoire.

« On pourrait penser que Mme Néron n’est pas une personne aussi accessible qu’elle devrait l’être. Il serait donc dans l’ordre qu’elle s’associe à une personne dont c’est la force, mais qui partage aussi des valeurs avec la candidate. L’idée est de faire en sorte que ces associations permettent d’aller chercher une force qu’un candidat ne possède pas totalement tout en mesurant bien son impact », poursuit le spécialiste.

Bien malin celui qui peut mesurer en bout de course le véritable impact de tel ou tel appui, estime le professeur. « On ne peut pas le quantifier, mais il est certain qu’il y a un impact. Pas pour 100 % des électeurs puisque 75 % d’entre eux ont déjà une idée bien arrêtée. »

Damien Hallegate croit que pour les 25 % qui ont à faire un choix, la théorie de la multitude des petits éléments peut jouer un rôle. C’est ainsi que ces électeurs vont prendre une décision qui sera basée sur un élément particulier de ce que ce candidat représente. À ce moment, il est possible que l’appui formulé par une autre personnalité publique pendant la campagne soit un facteur de décision Il se peut qu’un autre élément soit considéré dans la prise de décision et il est également possible que ce choix soit basé sur plusieurs petits événements ou déclarations.

« C’est comme les pancartes électorales que nous voyons partout. On ne sait pas le rôle qu’elles jouent avec précision dans le choix de l’électeur, mais elles font partie de cette gamme de moyens que les stratèges doivent déployer pour attirer l’attention de l’électeur dont l’idée n’est pas nécessairement arrêtée. »

Dans le cadre d’une élection comme celle de Saguenay où il y a quatre candidats et dont l’issue de la campagne à la mairie risque de se jouer à l’intérieur d’une majorité de quelques milliers de votes, tous ces petits détails pourraient avoir une influence déterminante.