Selon la Fédération canadienne de l’agriculture, les pertes dans l’industrie frôlent les 2,6 milliards $ depuis le début de la pandémie.
Selon la Fédération canadienne de l’agriculture, les pertes dans l’industrie frôlent les 2,6 milliards $ depuis le début de la pandémie.

Les agriculteurs se sentent abandonnés

Laura Lévesque
Laura Lévesque
Le Quotidien
« Je ne veux pas être prophète de malheur, mais s’il y a des drames, je vais m’assurer de rappeler au gouvernement qu’il n’a pas été là pour aider les gens. On arrive au bout nous. Va falloir dire les vraies affaires. »

Le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA) section Saguenay-Lac-Saint-Jean, Mario Théberge, accuse Ottawa d’abandonner les agriculteurs. L’aide de 252 millions $, annoncée mardi matin par Justin Trudeau, est « ridicule », alors que les pertes sont estimées à 2,6 milliards $ par l’industrie.

« Nos demandes, en frais de compensation, ont été estimées à 2,6 milliards $, la semaine dernière. Pensez-vous qu’on est content de 250 millions $? Quand on pense aux 9 milliards $ qui ont été donnés aux étudiants pour qu’ils restent chez eux, elle est où la logique? « , interroge le président régional de l’UPA.

Ce dernier fait référence à cette aide (PCUé) de 1250$ par mois, donnée aux étudiants qui ne travaillent pas. Ils peuvent garder ce montant, s’ils gagnent moins de 1000 $ par mois. Il est presque plus rentable de travailler à temps partiel et conserver la PCUé que de travailler à temps plein et de recevoir l’incitatif de 100 $ par semaine de Québec pour encourager les gens à travailler dans les champs.

« Les producteurs stressent, n’ont même pas de main-d’oeuvre. Les étudiants savent compter. Ils savent que c’est plus payant de rester à la maison qu’aller travailler à la ferme. C’est rire de nous et ça nous montre encore une fois que l’agriculture, la souveraineté alimentaire, ce n’est pas si important pour M. Trudeau », martèle M. Théberge.

L’aide d’Ottawa prévoit la création d’un fonds d’urgence de 77,5 millions de dollars pour aider les producteurs à obtenir des équipements de protection individuelle. D’autres programmes seront mis en place, mais rien qui ne sera injecté directement aux producteurs, dénonce l’agriculteur.

« Déjà que sur les 250 millions, il y 77 millions $ qui vont au matériel de protection. Le reste c’est pour des programmes basés sur des promesses qui vont s’étirer dans le temps. »

Les temps sont durs pour les éleveurs, dont ceux de porcs, bovins et même poulets. Les abattoirs ont dû limiter leur production, forçant les agriculteurs à conserver plus longtemps leurs bêtes, à les nourrir plus longtemps. Ces frais s’ajoutent également à la baisse du prix d’achat des transformateurs.

« Les abattoirs fonctionnent au ralenti. Pas capables de fournir à la demande, ils ont baissé leur prix d’achat. Le prix donné au producteur a baissé en moyenne de 30% », indique M. Théberge.

«Les autres productions voient aussi une baisse, dans le prix d’achat, dont le soya. Le surplus de lait a aussi causé du tort aux producteurs. Car le prix donné aux agriculteurs est calculé en fonction de la production. Donc si on jette 10% de lait, ça fait baisser la moyenne du prix », énumère le président.