L’épidémie de tordeuse des bourgeons de l’épinette prend de la vigueur

Guillaume Roy
Guillaume Roy
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
Les superficies infestées par la tordeuse des bourgeons de l’épinette (TBE) sont passées de 9,6 à 13,5 millions d’hectares, entre 2019 et 2020, soit une augmentation de 40 % en une année seulement. Les ravages de l’insecte sont en forte augmentation au Saguenay-Lac-Saint-Jean (+59 %), dans la Capitale-Nationale (+57 %), en Abitibi-Témiscamingue (+106 %), en Outaouais (+648 %) et, dans une moindre mesure, sur la Côte-Nord (+21 %).

Ces données ont été publiées, le 28 septembre dernier, sur le site Internet du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP). Depuis 1967, la direction de la protection des forêts du MFFP effectue des relevés aériens pour « évaluer l’étendue et la gravité des dommages causés par les principaux ravageurs forestiers, dont la TBE », peut-on lire dans le rapport intitulé Aires infestées par la tordeuse des bourgeons de l’épinette au Québec en 2020.

Les données recueillies permettront notamment de cibler quels endroits devront être traités, l’an prochain, par la Société de protection des forêts contre les insectes et les maladies (SOPFIM) qui pulvérise des peuplements forestiers avec un insecticide biologique pour limiter la défoliation, et ainsi maintenir les arbres en vie, en attendant la récolte.

Le rapport souligne que les superficies affectées sont en forte augmentation, atteignant 13 537 272 hectares cette année. Ces superficies infestées sont classées par degré de sévérité de la défoliation annuelle. Une défoliation légère représente une perte de feuillage dans le tiers supérieur de quelques arbres, une défoliation modérée représente la perte du feuillage dans la moitié supérieure du houppier de la majorité des arbres, et une défoliation grave fait référence à une perte de feuillage sur toute la longueur du houppier de la majorité des arbres.

Au total, on compte 7,29 millions d’hectares avec une défoliation légère, 4,29 millions d’hectares avec une défoliation modérée, alors qu’une défoliation sévère a été observée sur 1,95 million d’hectares.

D’une région à l’autre, les impacts sont fort variables. Les forêts de la Côte-Nord, par exemple, sont défoliées depuis déjà quelques années et la progression de l’insecte y est moins importante, même si les superficies infestées ont augmenté de 21 %.

Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, « l’augmentation des dommages est nettement marquée pour tous les niveaux, “léger”, “modéré” et “grave”, avec une augmentation des superficies ravagées de 59 %. Au total, la tordeuse fait désormais des dommages sur 2,99 millions d’hectares dans la région ».

L’Abitibi-Témiscamingue n’est pas en reste, alors que l’insecte a plus que doublé son emprise, couvrant désormais 2,55 millions d’hectares contre 1,24 l’an dernier.

Les pousses de sapin baumier constituent la nourriture préférée de la tordeuse des bourgeons de l’épinette.

C’est en Outaouais que la progression est la plus marquée, car l’insecte y était peu présent jusqu’à cette année. Les superficies infestées passent de 83 371 hectares à 623 835.

Dans la Capitale-Nationale, les superficies touchées passent de 70 725 ha en 2019 à 110 915 ha en 2020.

Pendant ce temps, la situation demeure stable en Gaspésie, alors que 1,48 million d’hectares ont été défoliés. La situation est semblable au Bas-Saint-Laurent, où l’augmentation est de 9 %, passant de 1,2 à 1,3 million d’hectares entre 2019 et 2020.

Avec 13,5 millions d’hectares défoliés, l’insecte couvre désormais une superficie plus grande que la Grèce. Lors de la dernière épidémie de tordeuse des bourgeons de l’épinette, au début des années 1980, l’insecte a détruit 35 millions d’hectares, soit un territoire aussi grand que l’Allemagne.

Carte des infestations de la TBE au Québec en 2020.

Bon an, mal an, la SOPFIM traite environ 5 % des superficies infestées par la TBE afin de préserver la qualité du bois pour une récolte future. L’organisation protège donc des forêts à plus long terme, car le bois mature le plus affecté fait partie de plan de récupération spécial développé par le MFFP.

La SOPFIM protège donc des forêts de plus de 30 ans, qui ont le potentiel de survivre cinq à dix ans lorsqu’elles sont protégées avec un insecticide biologique, explique Jean-Yves Arsenault, le directeur général de la SOPFIM.

Croissance variable

La croissance de population de l’insecte est variable d’année en année selon les conditions climatiques, mais elle dépend aussi de la relation de l’insecte avec les arbres hôte et ses prédateurs, des parasites et parasitoïdes, explique Hubert Morin, spécialiste de l’écologie forestière à l’Université du Québec à Chicoutimi.

« Si l’insecte a pondu en grande quantité, l’an dernier, et que la mortalité a été faible pendant l’hiver, avec un printemps clément, les conditions optimales étaient peut-être présentes pour le développement de l’insecte », dit-il.

La tordeuse s’attaque d’abord aux arbres les plus vieux, mangeant chacune de ses aiguilles jusqu’à ce que l’arbre soit complètement défolié. Lors d’épidémies, la tordeuse cause des ravages spectaculaires, tuant en moyenne 75 %, et parfois jusqu’à 95 % des sapins affectés. La chenille, qui devient un papillon au stade adulte, utilise les vents dominants pour se déplacer et pour aller pondre ses œufs ailleurs, là où la nourriture est plus abondante. À la fin de l’épidémie, la nourriture vient à manquer et les prédateurs sont plus abondants, ce qui cause une chute draconienne des populations de tordeuse… jusqu’à la prochaine épidémie .