Denis Lemieux

Lemieux n'a pas touché un cent de son salaire

Denis Lemieux avait promis d’être le député fédéral le moins coûteux, d’être un élu bénévole au service de la population. À quelques jours de son mi-mandat, le député de Chicoutimi-Le Fjord bombe le torse et ouvre ses relevés bancaires au journaliste du Progrès.

On y constate que son salaire de député lui a rapporté, net, 189 201,36 $ au cours de ces deux années. En revanche, les dons qu’il a faits totalisent 193 034 $ ce qui, pourrait-on croire, lui donnera de généreux reçus pour l’impôt.

« Je ne demande jamais de reçus. Ce sont des dons anonymes et sans déduction fiscale. Point final ! », lance le député, avec dans les mains la pile de relevés où s’alignent les colonnes de chiffres.

Denis Lemieux ne dit pas ça pour se vanter, il rend des comptes. Lorsqu’il s’est lancé en politique, il avait juré qu’il ne sortait pas de sa retraite de sept ans pour s’enrichir, mais enrichir ses concitoyens. Élevé dans un milieu pauvre, il n’a jamais renié ses racines et ce qui le rend plus heureux n’est pas de contempler ses avoirs, mais aider les autres.

Les dons sont aussi variés que leurs destinataires. Il soutient plusieurs organismes, mais il préfère les dons personnels. « J’aime ça regarder la personne dans les yeux, bien connaître celui ou celle à qui ça va servir. » En ouvrant ses livres, le député nous a demandé de ne pas dévoiler le nom des bénéficiaires. Mais on a pu y voir défiler ceux de personnes bien connues dans la région qui soutiennent des causes diverses.

Parfois, ce sont de parfaits anonymes. Des personnes dans le besoin qui sollicitent l’appui de leur député qui, au lieu d’aller quémander des fonds publics, leur remet de l’argent de sa poche. Il a même payé des soins médicaux pour une personne démunie. Il supporte parfois aussi des causes à l’international, comme une somme de 11 000 $ pour construire des habitations après la catastrophe à Haïti.

« Je ne suis pas le seul à donner. Certains députés gagnaient quatre ou cinq fois le salaire avant d’être élus. C’est aussi une forme de don », dit celui qui s’enorgueillit aussi du fait qu’il n’utilise pas tout son budget d’opération de 392 000 $ par année, estimant ses dépenses à moins de 300 000 $.

Du plaisir

Denis Lemieux ne cache pas son bonheur à faire de la politique, même si c’est un sport extrême et souvent sale, où les coups bas sont permis. Mais les insultes lui coulent dessus comme sur le dos d’un canard. La seule chose qui le choque, c’est de voir certains politiciens nuire carrément à l’avancement de certains projets seulement parce qu’ils ne peuvent s’en arroger tout le mérite. Ça ne le dérangerait pas de se faire traîner dans la boue si cela permettait de faire avancer sa région.

« Moi, je te dis tout de suite que je suis prêt à rester député de Chicoutimi-Le Fjord tant que Justin Trudeau sera premier ministre. J’adore ma job, car je pense que je livre la marchandise. Mais si tu demandes à ma famille, elle veut que je démissionne ce soir même. Mes proches trouvent ça très difficile. »

L’ingénieur à la retraite qui avait fondé Hydralfor en 1999 appuie sans réserve la candidature de Richard Hébert dans Lac-Saint-Jean. En plus d’être très présent l’été dernier avec plusieurs ministres, M. Lemieux a fait du travail de terrain, au cours des dernières semaines, pour multiplier les rencontres.

« J’espère avoir de l’aide au Lac-Saint-Jean avec l’élection de Richard Hébert. Il pourrait même être ministre », a soutenu celui qui préfère rester à l’extérieur du cabinet pour garder toute sa marge de manoeuvre.

Plus de 136 M$ pour Chicoutimi-Le Fjord

Comme son premier ministre, Denis Lemieux estime avoir livré la marchandise au cours de ses deux premières années de mandat, et entrevoit encore de belles choses pour la suite.

Ainsi, le fédéral a octroyé dans Chicoutimi-Le Fjord 136 610 293 $ en deux ans pour 252 projets. Même si certains ont pu naître sur la table à dessin du précédent gouvernement, rien n’est coulé dans le béton tant que le fédéral n’a pas donné le oui final.

« Je ne pense pas qu’il y a beaucoup de circonscriptions au Canada qui ont eu de tels investissements. En tout cas, j’en connais qui n’ont même pas eu 10 millions $. »

L’argent n’est pas tout dépensé, mais les sommes sont engagées. La part du lion va à la base de Bagotville, avec 96,1 M $, pour la construction de deux hangars et des modifications à la chaufferie. Le ministère de l’Innovation, des Sciences et de Développement économique Canada (DEC) a distribué plus de 15 M $ pour 38 projets.

Le Conseil de recherches en sciences naturelles et Génie du Canada a investi un peu plus de 11 M $ dans 116 projets et près de 5 M $ ont été investis via le programme d’infrastructures et petites collectivités. Une foule d’autres petits programmes ont distribué les autres sommes.

Visibilité

À ce palmarès, Denis Lemieux ajoute toute la visibilité dont jouit le Saguenay et l’ensemble de la région depuis la prise de pouvoir de Justin Trudeau.

Tout d’abord avec le caucus national d’août 2016 à Chicoutimi, puis le caucus québécois de septembre au Lac-Saint-Jean. Sans compter la présence de Justin Trudeau au grand souper dans les rues de la Traversée internationale du lac Saint-Jean.

« À cela s’ajoute l’information que vous avez sortie dans Le Quotidien annonçant le passage des chefs d’État du G7 à l’aéroport de Bagotville pour le Sommet de juin 2018 dans Charlevoix », énumère M. Lemieux.

Avenir prometteur

Le député libéral ne s’inquiète pas pour le reste de son mandat, car il estime que la table est mise pour que le Saguenay-Lac-Saint-Jean tire son épingle du jeu. Il mise sur l’aluminium vert, une reconnaissance que la région n’aura pas de difficulté à obtenir grâce à son électricité propre, et le projet de développement d’un aluminium de haute pureté dont la mise au point a commencé l’an passé. « J’ai fait la tournée des constructeurs automobiles nord-américains et la demande d’aluminium sera très forte ; de la demande d’aluminium vert. »

La tarification du carbone devrait donner un autre coup de main, cette fois à l’industrie forestière qui, par ses coupes sélectives, contribue à l’émergence de nouvelles forêts captatrices de carbone. « J’ai confiance que nos saines pratiques forestières viendront à bout de la désinformation véhiculée par Greenpeace », dit-il, qualifiant la forêt boréale canadienne de poumon de la planète.

Un bon dénouement

Denis Lemieux ne regrette pas de s’être versé un sac de poudre de lait sur la tête, au début de son mandat, pour appuyer les producteurs laitiers. Car aujourd’hui, il estime qu’on sort de la crise du lait diafiltré.

« C’est moi qui ai piloté le dossier, avec l’aide précieuse de Michel Potvin (producteur de Chicoutimi). Nous avons convaincu les importateurs d’utiliser les protéines de lait canadien. C’est l’industrie qui a réglé le problème. » De plus, Ottawa a débloqué 350 M $ pour améliorer les fermes du Canada. Par exemple, si un producteur veut acquérir des robots de traite, le fédéral paye 50 % de la facture jusqu’à concurrence de 250 000 $. « Le programme a été tellement populaire qu’au bout de cinq jours, la première moitié de l’enveloppe était déjà épuisée. »

Denis Lemieux s’est battu également pour protéger les petits producteurs de fromage des conséquences de l’ouverture du marché canadien aux produits européens, en intervenant « en haut lieu » pour qu’ils puissent obtenir des quotas d’importation. « Pour une fromagerie comme Boivin, par exemple, ça va leur permettre d’augmenter leurs parts de marché sans investir de grosses sommes », dit-il, rappelant pour conclure que le premier ministre lui-même a promis aux producteurs laitiers qu’il défendrait bec et ongles la gestion de l’offre lors des renégociations de l’ALÉNA.

Bois d’oeuvre

Dans le dossier du bois d’oeuvre, le député Lemieux estime que le programme d’aide de 867 M $ parrainé par les banques BDC et EBC est une porte de sortie inattaquable par les Américains.

« Ça leur envoie le message qu’ils ne nous auront pas à l’usure, car nous sommes supportés par des banques. Et parce que ce sont des banques, ils ne pourront pas dire que ce sont des subventions illégales. »

Il donne une bonne note à son gouvernement dans son ensemble pour les 257 projets d’infrastructures pour une valeur de 2,4 milliards $ au Québec, l’adoucissement de l’assurance emploi qui a fait passé de deux à une semaine la période de carence, le retour de l’âge la retraite à 65 ans et la hausse de 10 % du supplément de revenu garanti pour les personnes âgées les plus vulnérables, la nouvelle politique du logement social qui sera dévoilée avant les Fêtes et l’accès, pour les vétérans, aux services d’aide aux militaires et à leur famille.

Enfin, le député Denis Lemieux attend avec impatience de connaître le lieu où se trouvera le centre de recherches sur les saines habitudes de vie que son comité a convaincu l’ancienne ministre Jane Philpott d’implanter.