La communauté des Antoniennes de Marie de Chicoutimi est le deuxième foyer d’éclosion le plus important de la COVID-19 au Saguenay-Lac-Saint-Jean.
La communauté des Antoniennes de Marie de Chicoutimi est le deuxième foyer d’éclosion le plus important de la COVID-19 au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

L’éclosion sous contrôle, selon les Antoniennes-de-Marie de Chicoutimi

L’éclosion de COVID-19 au sein de la congrégation des sœurs Antoniennes-de-Marie de Chicoutimi est actuellement sous contrôle, estime la supérieure de la communauté, près d’un mois après la confirmation d’un premier cas. Le confinement demeure néanmoins difficile à vivre pour la congrégation, qui est le deuxième foyer d’éclosion du virus au Saguenay-Lac-Saint-Jean, et qui espère maintenant que le pire est derrière elle.

La supérieure générale de la congrégation, sœur Ginette Laurendeau, qui se remet actuellement elle-même de la COVID-19, connaît bien les ravages du nouveau coronavirus, une infection qui a fauché la vie de quatre sœurs et infecté un total de 40 religieuses et membres de personnel de la communauté depuis le premier cas confirmé, le 31 mars.

Toujours confinée dans sa chambre de la maison-mère située sur la rue Jacques-Cartier, la supérieure dit bien se remettre de la maladie, elle qui a reçu son diagnostic le 14 avril dernier. La congrégation, qui est la première au pays à avoir perdu une religieuse des suites de la COVID-19, se remet, elle aussi, progressivement.

«On peut dire cette semaine qu’on est sécurisées, que le personnel est à l’aise, en tout cas ; celles qui sont dans la maison et nos employés qui travaillent», partage sœur Laurendeau, à l’autre bout du fil, lors d’un entretien avec Le Quotidien, mardi.

«On est en contrôle, mais on n’est pas à l’abri», prévient cependant celle qui reconnaît que cet équilibre demeure précaire. À la demande de la Santé publique, et par respect pour la confidentialité des familles, elle indique qu’elle ne peut préciser combien de sœurs et d’employés ont respectivement été infectés au sein de la congrégation.

Le dernier décès confirmé au sein de la communauté remonte à une semaine et cinq nouveaux cas de COVID-19 ont été confirmés depuis.

Un soutien apprécié

Après avoir lancé dans Le Quotidien un appel pour obtenir des ressources humaines et du matériel pour soutenir la communauté et son infirmerie, il y a près de trois semaines, le 10 avril, jour du premier décès survenu au sein de la communauté, la supérieure se dit aujourd’hui satisfaite du soutien apporté par la Santé publique.

La supérieure générale de la congrégation des Antoniennes de Marie de Chicoutimi, sœur Ginette Laurendeau.

«Pour nous, l’objectif, c’était de les garder avec nous jusqu’à la fin», insiste la supérieure, pour qui c’était un devoir que les sœurs emportées par la maladie puissent être accompagnées dans la dignité, au sein de la communauté à laquelle elles ont consacré des décennies de vie religieuse.

L’appel a été entendu par le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la région, alors que la Santé publique effectue un suivi quotidien et apporte le soutien nécessaire à la communauté et à ses employés, assure-t-elle. «On nous trouve du personnel et on nous trouve du matériel», a-t-elle souligné, avec reconnaissance. La communauté compte aussi sur un soutien de personnel provenant d’agences privées, qui a pu se stabiliser dernièrement.

Un confinement vécu difficilement

Le confinement des religieuses dans la maison-mère, depuis le début du mois d’avril, et la délimitation entre une zone verte et une zone rouge, soit l’infirmerie, est vécu difficilement par les membres de la communauté, qui souhaitent néanmoins suivre scrupuleusement les consignes de la Santé publique.

«Les sœurs qui ont 70 ans de vie religieuse, pour elles, la vie fraternelle et la vie communautaire, c’est très important, partage sœur Ginette Laurendeau. Même celles qui sont en déficit cognitif, elles veulent toujours voir du monde. Imaginez, elles sont dans leur chambre et elles ne peuvent même pas sortir.»

La congrégation des sœurs Antoniennes-de-Marie de Chicoutimi compte aujourd’hui 45 membres, âgées en moyenne de plus de 80 ans. La communauté a en outre perdu récemment sa doyenne, décédée de causes naturelles à l’âge de 104 ans, le 18 avril, après près de 85 ans de vie religieuse.

Signe cependant que la situation prend progressivement du mieux, des sœurs se trouvant dans la zone rouge sont autorisées depuis le début de la semaine à faire quelques pas dans le corridor, près de l’infirmerie, en étant accompagnées.

En l’absence de funérailles, qui sont remises, et d’un cercueil pour se recueillir, alors que les corps doivent être incinérés par mesure préventive, les sœurs prient en mémoire des religieuses décédées. Elles espèrent voir le soleil se poindre, elles qui peuvent maintenant profiter de sa chaleur une fois par jour, sur la galerie de la congrégation, où elles vont marcher seules, selon un horaire préétabli.

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LA SUPÉRIEURE CRAINT POUR LES PETITES COMMUNAUTÉS

La supérieure générale de la congrégation des Antoniennes-de-Marie de Chicoutimi, sœur Ginette Laurendeau, craint que des communautés religieuses qui n’ont pas les ressources et la préparation qu’avait sa congrégation puissent difficilement faire face à une éclosion de COVID-19.

Avant l’éclosion, la communauté a réactivé un plan mis sur pied lors de l’épidémie de SRAS, en 2003, et a suivi une formation en lien avec la COVID-19, donnée via la Conférence religieuse canadienne. Mais « personne n’était préparé à ça », concède la supérieure, face au nouveau coronavirus qui a étonné par sa virulence et sur lequel les connaissances évoluent chaque semaine.

«On était déjà proactives, avant qu’on nous appelle [pour confirmer le premier cas]. On est tombé des nues, on se préparait pour la guerre», laisse tomber celle pour qui l’appel a eu un effet de «coup de massue».

La communauté pouvait alors déjà compter sur son infirmerie et sur ses employés. «Les petites communautés religieuses, qui n’ont pas d’infirmerie dans leur maison, quand ça va rentrer... En France, des petites communautés religieuses ont été décimées.»

La situation n’en est pas moins préoccupante dans les grandes communautés qui possèdent leur infirmerie, souligne-t-elle, comme celle de la congrégation des sœurs de Sainte-Croix de Montréal. La communauté, qui compte 200 religieuses, peine actuellement à recevoir des renforts du secteur public et des agences privées, alors que le nouveau coronavirus a fait son entrée au sein de la congrégation.

« J’ai presque pleuré », se désole à ce sujet sœur Laurendeau, qui n’a pas eu jusqu’à maintenant de contacts avec la communauté, qui a lancé un cri du coeur en fin de semaine. « Trouver du matériel, trouver du personnel, c’est ça qu’il faut, pour ces résidences privées », insiste celle qui croit qu’une aide extérieure s’impose dans de telles situations.