Le chanteur Antoine Larocque manipule l'accordéon avec une aisance diabolique.

Le Winston Band, apôtre de la musique cajun

Il existe un décalage entre le bonheur que procure la musique cajun et sa présence dans les festivals.

Chaque fois qu’un groupe qui en a fait sa spécialité aboutit sur une scène, on voit des gens sourire, dodeliner de la tête, danser avec une énergie suspecte, y compris les adolescents et les jeunes adultes que tous les organisateurs cherchent à fidéliser. Le problème est que l’offre est modeste, on pourrait quasiment dire accidentelle, comme l’apparition du Winston Band au Festival de la chanson de Tadoussac.

De mémoire, la dernière fois qu’on y a présenté de la musique cajun remonte à une dizaine d’années, soit à la visite de l’excellente formation Grouyan Gumbo au Gibard. Zachary Richard a aussi fait son tour, mais ses compositions appartiennent à un monde différent. Elles sont plus sages, plus poétiques.

Donc, il faisait bon de découvrir le Winston Band jeudi, tard en soirée. C’était le premier des deux spectacles donnés par le quintette à l’Auberge de jeunesse et ça tombait bien, puisque des jeunesses, il y en avait beaucoup au pied de la scène. Elles dansaient avec vigueur, à la limite du slam, pendant que les musiciens faisaient monter la température sous le chapiteau grâce à Zoo Town.

C’est évidemment l’accordéon qui rythmait les élans, celui que le chanteur Antoine Larocque manipule avec une aisance diabolique. Quand il presse le pas, impossible de demeurer sur son quant-à-soi. On se sent happé par la musique. Et quand, au contraire, l’instrument se fait plus doux, ce qui est arrivé notamment sur Naufrageur, une valse à la fois belle, triste et somptueuse par moments, on a le goût de pleurer dans sa bière.

Le moment surréaliste du spectacle fut la reprise de La bastringue, prétexte à une chorégraphie s’apparentant à une séance de jogging. L’atmosphère était bon enfant, celle d’un party où tout le monde a du plaisir, sans se poser trop de questions. C’est dans sa foulée que le groupe a livré une version cajun du Here Comes The Sun des Beatles, Ben v’là l’soleil. Une jolie curiosité.

Le Winston Band a offert plusieurs compositions inédites, puisqu’elles figureront sur son prochain album. En attendant, le groupe tourne un peu partout, mais pour la première fois depuis des années, il ne fera pas de détour au Saguenay–Lac-Saint-Jean cet été. « Nous reviendrons en 2019 », a toutefois promis le bassiste Antoine Fallu au journal. Une affaire à suivre. Daniel Côté