La présidente de l’organisme Pour le droit des femmes du Québec, Diane Guilbault, a défendu le projet de loi 21 sur la laïcité en rejetant les accusations voulant que ce projet ne vise que le voile islamique. Il s’inscrit selon elle dans une tradition récente du Québec pour exclure la religion des affaires de l’État.

Le voile a été instrumentalisé

Les opposants au projet de loi 21 du gouvernement du Québec sur la laïcité ont fait du voile islamique un symbole et de celles qui le portent des victimes, alors que le débat plus large doit porter principalement sur l’ensemble des signes religieux qu’il faut écarter sans distinction quand l’État est en cause.

Voilà ce qu’estime la présidente de l’organisme Pour les droits des femmes du Québec (PDF Québec), Diane Guilbault, qui n’est pas surprise que le voile soit devenu la défense des opposants au projet, tout comme il a été érigé en symbole politique après la révolution iranienne de 1979.

« Le voile n’est quand même pas le sixième pilier de l’Islam », a lancé Diane Guilbault, dans le cadre d’une activité organisée par l’organisme Saguenéens et Jeannois pour les droits de la personne.

« À la fin des années 1990, les protestants et les catholiques du Québec ont accepté une modification constitutionnelle pour mettre en place des commissions non confessionnelles », a rappelé la conférencière, pour bien faire comprendre que le projet de loi 21, mis au feuilleton par la Coalition avenir Québec (CAQ), s’inscrit dans une démarche initiée depuis plusieurs années au Québec, alors qu’une volonté manifeste se dégageait pour s’assurer de bien séparer les affaires de l’État et le rôle de l’Église.

Diane Guilbault admet que depuis le dépôt du projet de loi, les opposants ont marqué le pas. Elle a salué la réplique de pas moins de 1000 intellectuels et personnalités qui ont publié au cours des derniers jours un appui au projet de loi, tout comme les ex-présidents des syndicats d’enseignants qui défendent le principe de la séparation de l’Église et de l’État dans les écoles du Québec. Cette dernière a réitéré à plusieurs reprises que ce projet de loi n’avait rien de restrictif pour les droits individuels et se voulait avant tout un consensus citoyen.

L’organisme qu’elle préside met en ligne des capsules vidéo de différentes personnes, québécoises et immigrantes, qui défendent la loi. « Ce n’est pas vrai. On se le fait dire : Adil Charkaoui n'est pas représentatif des personnes immigrantes du Maghreb. Pendant que des femmes manifestent sous l’influence de cet intégriste dans les rues de Montréal, des femmes manifestaient pour célébrer leur liberté dans les rues d’Alger. »

La télévision a présenté des témoignages de jeunes femmes qui refusent de retirer leur voile pour avoir la possibilité d’obtenir une carrière dans l’enseignement. La présidente de PDF Québec souligne qu’on est en droit de se questionner sur les véritables convictions d’une future enseignante qui place à ce niveau-là la loi de Dieu alors que son rôle est d’enseigner aux enfants la loi des Hommes.

Diane Guilbault est revenue à plusieurs reprises sur la notion des droits collectifs et des consensus sociaux que les Québécois ont acceptés au fil des ans. Elle cite en exemple un sikh qui ne voudrait pas porter de casque de motocyclette pour des raisons religieuses. « Les Québécois ont adopté l’assurance-maladie. Tout le monde est assuré. Le motocycliste aussi est assuré et en contrepartie, pour des questions de sécurité, il doit porter un casque pour se protéger, puisque ce sont tous les assurés qui vont assumer ses soins en cas de blessure. Il n’y a pas que des droits dans une société, il y a aussi des obligations. »


«  Pendant que des femmes manifestent sous l’influence de cet intégriste dans les rues de Montréal, des femmes manifestaient pour célébrer leur liberté dans les rues d’Alger.  »
Diane Guilbault

En tant qu’individus, les fonctionnaires du gouvernement ont droit à leur opinion. On leur impose toutefois un devoir de réserve lorsqu’ils dispensent des services aux citoyens.

La présidente de PDF Québec atténue les arguments voulant que le Québec soit mis au ban par le reste du Canada et d’autres pays pour l’adoption de cette loi qui interdira le port des signes religieux pour l’enseignement et les employés qui détiennent un pouvoir de coercition. L’organisme a une veille sur ce qui s’écrit du côté du Canada anglais, et tout indique que les opinions des lecteurs sont beaucoup moins virulentes que celles des commentateurs de l’actualité à l’endroit du Québec.

+

UN BILAN POSITIF POUR SA RÉCENTE CAMPAGNE

L’organisme Saguenéens et Jeannois pour les droits de la personne a tracé un bilan positif de la campagne menée pour contrer les problèmes de discrimination contre les femmes en emploi et estime avoir rejoint pas moins de 38 % des personnes de 18 ans et plus de la région.

L’organisme a mené une campagne radio pendant 21 semaines. Elle a par la suite mené un sondage afin de vérifier l’état d’esprit des citoyens de la région par rapport à cette problématique.

« Une proportion de 87 % des répondants au sondage Léger pense qu’il est temps de promouvoir une main-d’œuvre plus mixte. Pour la grande majorité, les inégalités entre les hommes et les femmes ne sont jamais justifiées (82 %). Une proportion presque similaire (81 %) considère que devant la pénurie de main-d’œuvre qualifiée, les femmes représentent une source inexploitée dans les métiers spécialisés », stipule l’organisme.

Un premier sondage réalisé avant la campagne de sensibilisation avait démontré qu’au moins 22 % des Saguenéens et des Jeannois avaient été victimes de discrimination en emploi. Ils ont identifié au moins l’un des 14 motifs reconnus par la charte. Les trois motifs qui ont fait le plus de victimes, selon les répondants, sont l’âge, le sexe et la grossesse. Ces motifs faisaient plus de victimes chez les femmes et ont donc été intégrés à la campagne de sensibilisation.

Le directeur général de l’organisme, Normand Bernier, a indiqué que l’organisme, dans le cadre de sa prochaine campagne, allait intervenir sur la discrimination à l’endroit des Autochtones vivant dans les villes. Il considère qu’il s’agit d’un enjeu important pour les ressortissants des communautés.

D’autre part, Saguenéens et Jeannois pour les droits de la personne a adopté une résolution d’appui au projet de loi 21 sur la laïcité, tout en militant pour les droits de la personne. L’organisme considère que dans certains cas, il est nécessaire de prendre en considération les droits de l’ensemble de la population, ce qui implique un État qui offre des services dans un environnement laïc, et ce, également dans les écoles.