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Le vapotage encore trop accessible pour les jeunes
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Le vapotage encore trop accessible pour les jeunes
De plus en plus observé chez les adolescents, le vapotage est souvent banalisé par ceux-ci. Les données et les risques qui y sont associés ne sont pas encore totalement connus et les conséquences pourraient être lourdes d'ici quelques années.
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L'importance de parler du vapotage chez les jeunes

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L'importance de parler du vapotage chez les jeunes

Guillaume Pétrin
Guillaume Pétrin
Le Quotidien
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Selon le Conseil québécois sur le tabac et la santé (CQTS), seulement 5% des parents croient que leurs enfants vapotent. En réalité, cette proportion serait beaucoup plus élevée, jusqu’à six fois plus! Les récentes données démontrent même que 42,7% des jeunes de 4e et 5e secondaire ont déjà vapoté, dont 22% qui l’ont fait au cours des 30 derniers jours.

Apparue il y a une quinzaine d’années, la cigarette électronique devait servir à cesser de fumer, bien que l’efficacité réelle n’a pas été encore prouvée.

En revanche, le vapotage étant de plus en plus populaire chez les jeunes et comme ces produits leurs sont facilement accessibles, l’effet serait totalement inverse, alors que la cigarette électronique permettrait aux adolescent de s’initier au tabagisme.

« On est vraiment passé à côté de l’objectif, qui était louable à la base. On se rend compte avec les données que depuis l’arrivée de la vapoteuse, on ne voit pas de baisse significative des gens qui fument la cigarette traditionnelle. [...] Nos jeunes vapotent, alors qu’ils ne fumaient pas la cigarette traditionnelle. Ils ne fumaient pas à la base et ont découvert une nouvelle habitude de vie qui est cool, le fun, avec des saveurs », a expliqué Marie-Josée Michaud, conférencière pour l’organisme Le Grand Chemin, qui vient en aide aux adolescents ayant développé une quelconque dépendance.

Même si vapoter semble plus inoffensif que de fumer la cigarette traditionnelle, les jeunes qui vapotent risquent de devenir dépendants à la nicotine.

« Ça, c’est clair, à moins de ne pas vapoter de la nicotine, ce qui est très rare. L’ensemble des jeunes qui vapotent le font pour avoir la nicotine et aussi le buzz. »

Elle raconte qu’« à 21 mg, c’est considéré comme une dose très élevée. Dans les écoles, j’ai déjà remarqué à quelques reprises que des jeunes arrivaient à l’infirmerie en ayant des nausées, de la diarrhée et des vomissements, car ils avaient consommé du 50 mg. »

Et contrairement à la cigarette traditionnelle, dont les risques et conséquences sur la santé sont étudiés et documentés depuis des décennies, l’inhalation par vapotage des substances chimiques a des effets sur la santé qui ne sont pas encore connus.

Marie-Josée Michaud, spécialiste en activités cliniques, formatrice et conférencière pour l’organisme Le Grand Chemin.

« Il n’y a personne qui peut dire qu’elle les connaît, car ça ne fait pas suffisamment longtemps pour que l’on puisse se prononcer sur le sujet. Les gens qui vapotent aujourd’hui et qui vont vivre les conséquences négatives se retrouveront peut-être en milieu hospitalier dans 15 ou 25 ans », a précisé la spécialiste en activités cliniques.

Herpès buccal

Outre les possibles risques pour les poumons, il y a le risque bien réel de transmission de feux sauvages et d’infections fongiques buccales. La hausse de ceux-ci est proportionnelle à l’augmentation de l’utilisation des produits de vapotage chez les jeunes.

« On parle de champignons dans la bouche et d’une propagation de feux sauvages. L’herpès est en augmentation en ce moment, en partie à cause que les jeunes se prêtent leur vapoteuse. [...] Qu’ils gardent leur vapoteuse pour eux, car l’herpès, on a ça pour le reste de notre vie. »

Messages aux jeunes et leurs parents

Les raisons qui expliquent pourquoi un adolescent vapote sont nombreuses et les stratégies de marketing employées par l’industrie sont séduisantes, alors il est donc normal que plusieurs jeunes adoptent cette tendance.

Marie-Josée Michaud lance un message aux jeunes. « Faites des choix éclairés en ayant toutes les informations avant de vous ramasser avec une dépendance, mais ce n’est pas une chose simple. »

À cela s’ajoute également un travail personnel, en lien avec l’estime de soi. «Il faut aussi travailler l’estime du jeune, car un jeune qui veut être accepté de tout le monde, il y a fort à parier qu’il aura plus de difficulté à dire non. »

Aux parents, elle les encourage à montrer l’exemple, de faire preuve d’honnêteté et d’être à l’écoute de leurs enfants, tout en adaptant le discours selon leur âge.

Et si le jeune décide tout de même de vapoter, elle suggère de choisir le bon moment pour discuter, en évitant le plus possible la crise ou la confrontation surprise.

« Informez-vous et ayez ces discussions avec vos enfants bien avant de trouver la vapoteuse de votre enfant. Même s’il n’a que 8, 9 ou 10 ans, dès qu’il y a une perche, comme en voyant quelqu’un qui vapote à la télévision, il faut donner le maximum d’infos le plus vite possible pour que le jeune puisse se faire une tête. Malheureusement, les parents réagissent souvent quand la situation arrive. »

Mais selon elle, la prévention directe est une responsabilité qui revient à tous ceux et celles qui gravitent autour du jeune.

« Si tu ne fumes pas, tu n’as pas besoin de vapoter »

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« Si tu ne fumes pas, tu n’as pas besoin de vapoter »

Guillaume Pétrin
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L’entrepreneur Simon Anctil prône ce discours. Ses trois dépanneurs E-Distribution ont beau vendre des produits destinés au vapotage, il encourage les adolescents à ne pas commencer à le faire, même si ceux-ci représentent une clientèle potentielle intéressante lorsqu’ils auront atteint l’âge adulte.

« Je n’ai jamais pensé de même. Mon futur, c’est leur futur aussi. Inciter un jeune à vapoter, c’est comme si je ne me respectais pas. Ça revient aussi à se demander jusqu’à quel point quelqu’un est là juste pour faire de l’argent. »

Il est d’avis que les campagnes publicitaires gouvernementales auprès des jeunes devraient simplement lancer le message suivant : « Si tu ne fumes pas, tu n’as pas besoin de vapoter. Il n’y a aucune raison que tu le fasses. »

Et quand un jeune adulte entre dans l’un de ses trois magasins et que celui-ci désire s’initier au vapotage, il soutient que son équipe le sensibilise tout en l’informant des risques qui y sont associés.

« Quand quelqu’un qui n’a jamais fumé désire une vapoteuse, on lui demande pourquoi il veut commencer. [...] On fait aussi beaucoup d’éducation. »

Il est aussi d’avis que les mesures de répression envers les jeunes ne sont pas assez sévères. Il croit qu’un jeune qui se fait prendre à vapoter devrait recevoir une contravention.

Dosage et saveurs

À l’instar de la conférencière Marie-Josée Michaud, de l’organisme Le Grand Chemin, il remet en question le dosage de nicotine légal permis au Canada.

« 50 mg, c’est beaucoup trop. C’est énorme même. Tous mes employés sont d’accord aussi. Cela a été long avant que l’on vende du 50 mg. On ne voulait pas, car ça n’avait pas de sens. Par contre, les autres commerçants en tenaient, alors mes clients s’en allaient chez mes compétiteurs. »

Selon lui, la dose maximale devrait être limitée à 20 mg. Pour ce qui est des saveurs, qui sont souvent décriées par plusieurs, il croit que le gouvernement fédéral devrait agir de la même manière qu’il l’a fait dans le dossier du cannabis.

À Saint-Félicien, le dépanneur E-Distribution est tout juste situé à côté de la SQDC.

« Les gens peuvent facilement s’approvisionner sur Internet si le Canada décide de bannir les saveurs. Cela va engendrer un problème encore plus grave selon moi, car il y aura du marché noir. Le gouvernement a légalisé le cannabis entre autres pour avoir un certain contrôle et pour offrir un produit de meilleure qualité aux consommateurs. »

Il en va de même également pour le marketing et l’étiquetage, qui varient énormément entre les produits provenant de l’étranger vendus sur le Web et ceux en magasin.

Cigarette électronique jetable

Il déplore qu’encore aujourd’hui, des cigarettes électroniques jetables, qui sont non rechargeables avec un nombre de doses limitées, sont encore accessibles sur les tablettes des commerces.

Bien que ses dépanneurs en vendent aussi, il aimerait bien voir de tels produits être bannis à jamais.

« On est en 2021 et l’industrie sort des produits comme ça. [...] Elles sont faciles d’accès, c’est rapide et ça ne coûte pas cher. Tu l’achètes, tu la déballes et tu vapotes. C’est très attrayant pour les jeunes.»

Dépanneurs

Alors qu’il se dit contre le vapotage chez les jeunes, Simon Anctil demeure convaincu que le vapotage est une façon efficace pour arrêter de fumer, témoignages de clients à l’appui, jure-t-il. « Avec la bonne approche, c’est possible. »

Malgré tout, il a entrepris au cours des derniers temps un processus en vue de transformer ses boutiques, qui étaient initialement spécialisées pour le vapotage, en dépanneurs « différents. »

La récente pandémie a aussi accéléré cette transition.

Maintenant, on y retrouve des produits importés, comme certaines boissons gazeuses plutôt uniques et d’autres aliments asiatiques.

Rappelons que sa première succursale a ouvert ses portes en 2015 à Saint-Félicien. Les magasins de Dolbeau-Mistassini et de Roberval ont suivi par la suite.