Le transport scolaire réglé au quart de tour

Bien des questions ont été soulevées sur le transport scolaire, au cours des derniers jours, quand un enfant a été laissé à la mauvaise maison, à deux kilomètres de chez lui. Heureusement, la situation a été vite rattrapée et le petit a été conduit à ses parents. Notre chroniqueur, Roger Blackburn, a rencontré les responsables du transport des écoliers, à Saguenay, pour y découvrir un sport extrême où les obstacles se multiplient au gré des nouvelles réalités. La suite, vendredi, dans Le Quotidien.
Les chauffeurs d'autobus scolaire du Saguenay-Lac-Saint-Jean sont au coeur d'un système qui transporte pas moins de 7500 élèves, matin et soir, pour les amener de la maison à l'école et de l'école à la maison, et ce, à travers 165 circuits routiers à coup de 45 enfants par autobus. Ça tient du miracle organisationnel que chacun soit déposé devant sa porte chaque jour.
« Il faut que ça soit réglé au quart de tour. L'information doit circuler entre les parents, les professeurs, les responsables du service de garde, la commission scolaire, la compagnie de transport et le chauffeur. Avec les familles éclatées, c'est toute une gymnastique d'organiser les transports et plus les enfants sont jeunes, plus il faut être vigilants », fait savoir Hugo Gilbert, propriétaire d'Intercar, qui emploie 190 chauffeurs d'autobus scolaire dans la région.
Ce n'est pas simple à organiser, surtout avec les familles éclatées et les gardes partagées des enfants. « Pour certains enfants, c'est un véritable casse-tête. Ils vivent une semaine avec leur mère et une semaine avec leur père, ce qui veut dire deux circuits d'autobus différents. Des fois, il faut composer avec trois adresses différentes, car ce sont les grands-parents qui accueillent les enfants quand les parents travaillent avec des horaires irréguliers », témoigne le transporteur.
Tout est planifié en fonction des écoles, des quartiers, des circuits, des adresses, mais c'est le chauffeur d'autobus qui doit livrer la marchandise au bout du compte et la marchandise, dans ce cas-ci, ce sont des enfants avec leurs qualités et leurs défauts. « À la fin de chaque circuit, le chauffeur a l'obligation de vérifier tous les bancs jusqu'à l'arrière pour s'assurer qu'il ne reste personne dans l'autobus. Parfois, les plus jeunes s'endorment à la fin de la journée. Il faut que le chauffeur connaisse par coeur les adresses, les noms des jeunes et leur calendrier. Les gardes partagées varient d'une famille à l'autre, certains enfants débarquent à trois ou quatre adresses différentes selon les ententes entre les parents et les grands-parents », explique le transporteur.
« Heureusement, dit Hugo Gilbert, nous comptons sur des chauffeurs d'expérience ; l'expertise devient très importante dans le transport des enfants. »
Ça devient compliqué par moment, mais les chauffeurs assurent et sont comme un filet de sécurité. « La plupart connaissent les tout-petits par leur prénom et ont eu des contacts avec les parents. Il y a de belles complicités qui se développent entre les parents, les enfants et les chauffeurs », témoigne Hugo Gilbert, qui a succédé à son père Jasmin au volant de l'entreprise qui existe depuis 1959.
Si les chauffeurs ne devaient s'occuper que des adresses, des calendriers et des circuits, ce serait déjà pas si mal, mais en plus ils doivent conduire leur autobus avec des jeunes qui se tiennent debout, se bousculent, crient, rient, sautent sur les bancs, s'amusent avec les sacs à dos. À chaque arrêt, ça demande des yeux tout le tour de la tête pour s'assurer que les voitures arrêtent aux signaux clignotants pour qu'on puisse laisser descendre les enfants.
En plus de conduire un autobus rempli d'enfants, les chauffeurs doivent faire de la discipline, gérer des conflits, surveiller l'intimidation, le taxage et la violence, verbale et physique. On l'oublie, mais un autobus scolaire, c'est un milieu de vie où les jeunes se côtoient entre 15 et 45 minutes. C'est plus de temps que dans la cour de récréation. Le chauffeur doit aussi faire preuve de tact, faire des commentaires positifs, créer des contacts. Il doit conduire en gardant un oeil dans son rétroviseur, pour surveiller les enfants, et un autre oeil dans ses miroirs de côté pour surveiller la circulation. C'est un miracle quotidien alors qu'il y a 10 000 raisons d'être inquiet.
« Le vendredi après-midi vers 17 h, quand il neige abondamment, je me sens toujours soulagé de savoir que tous les autobus sont rentrés avec leur chauffeur et que les enfants sont bien au chaud à la maison ; transporter des enfants, c'est une énorme responsabilité », assure le propriétaire d'Intercar.