RSI Environnement est située sur la rue des Mélèzes, à Saint-Ambroise. François Legault avait visité les locaux durant la dernière campagne électorale.
RSI Environnement est située sur la rue des Mélèzes, à Saint-Ambroise. François Legault avait visité les locaux durant la dernière campagne électorale.

Le système du plus bas soumissionnaire montre des lacunes

Samuel Duchaine
Samuel Duchaine
Le Quotidien
La direction de RSI Environnement à Saint-Ambroise est déçue et souhaite que les entrepreneurs, en particulier les sociétés d’État, changent leur façon d’octroyer des contrats pour abandonner le système du plus bas soumissionnaire et choisir une méthode qui inclut un calcul des impacts environnementaux.

Dans un texte paru plus tôt cette semaine dans La Presse+, on apprenait que le consortium chargé de la construction du Réseau express métropolitain (REM) à Montréal a choisi de faire enfouir 600 tonnes de matières dangereuses en Ontario, plutôt que de les faire décontaminer de façon écologique au Québec, afin d’économiser sur les frais de traitement. Une alternative verte qu’offre RSI Environnement.

« On avait eu des discussions avec eux pour que le matériel soit envoyé ici et on a appris par la suite que ç’avait été envoyé à l’enfouissement. Ce n’est pas la première fois. Je dirais même que ça arrive souvent que des sols et des matières dangereuses soient envoyés à l’enfouissement en Ontario, parce qu’ici, c’est illégal, alors qu’on a des options au Québec pour les traiter », a expliqué le directeur des ventes chez RSI, Luc Caza.

Ce dernier est conscient que le procédé pratiqué par son entreprise est beaucoup plus dispendieux, mais il trouve aberrant qu’en 2020, les impacts environnementaux ne soient pas considérés dans de telles décisions. « On fait du traitement thermique à haute température. C’est sûr que ça coûte plus cher et que ça prend plus de main-d’oeuvre que de les mettre dans un trou et de les enterrer. La base du problème, c’est le système du plus bas soumissionnaire. Tant que ça va rester comme ça, c’est sûr que ça va continuer et que les sols contaminés vont finir à l’enfouissement et non au traitement », déplore M. Caza.

Sylvain Gaudreault dans le camp de RSI

Le député de Jonquière et porte-parole en matière d’environnement du Parti québécois, Sylvain Gaudreault, dénonce lui aussi la situation et compte revenir à la charge pour tenter de changer les choses.

« Au final, les sols ne seront pas décontaminés. Le consortium, qui est sous-traitant de la Caisse de dépôt et placement du Québec, dit que c’était trop cher, mais ne nous donne pas les coûts. On va se retrouver avec un passif environnemental important avec ce problème-là. On est peut-être mieux de payer plus cher, mais au moins de s’assurer qu’il est décontaminé. »

Le politicien ne s’est pas gêné pour parler d’hypocrisie. « On est dans un contexte où l’on dit qu’il faut relancer l’économie et encourager les entreprises d’ici. On a une entreprise, au Saguenay, qui a la technologie pour le faire. C’est financé par la Caisse de dépôt et ils ne le font pas. C’est de l’hypocrisie. De plus, c’est une entreprise qui fait du développement de technologies vertes. C’est dans cette direction-là qu’il faut aller, vers une économie verte et locale », a poursuivi M. Gaudreault.

M. Caza est heureux de voir que M. Gaudreault partage son avis. « On est contents de voir la réaction de Sylvain Gaudreault. Ça passe le message qu’on essaie d’envoyer depuis plusieurs années. On a une solution viable côté environnement et on se bat contre le fait que c’est moins cher l’enfouissement. C’est un peu de laisser ça aux générations futures. On n’est jamais à l’abri d’une inondation ou d’un tremblement de terre et que les contaminants se retrouvent dans les nappes phréatiques de nos voisins. »

Il partage d’ailleurs le sentiment de M. Gaudreault quant à l’hypocrisie du gouvernement. « Le gouvernement dit d’encourager l’achat local. De voir qu’on a une solution au Québec et qu’on choisit d’aller ailleurs, c’est un peu décevant. C’est toujours une question de coûts et on comprend ça, surtout que ce sont les sous des contribuables, mais c’est dommage de voir des contrats comme ça partir dans d’autres provinces. »

M. Gaudreault ne sait pas comment il pourra tenter de faire changer les choses, mais il sait qu’elles doivent changer. « Est-ce que ça va se faire par règlement ? Est-ce qu’on va changer la Loi sur la Caisse de dépôt et placement du Québec ? Je ne sais pas, mais ça n’a pas de bon sens que ce soit comme ça. D’autant plus que le REM, ce sont des milliards de dollars à Montréal, et là, on avait l’occasion de faire profiter une entreprise en région des retombées du REM. Tout le monde est d’accord pour le faire pour répondre à un besoin, mais si on peut faire profiter une entreprise en région, il faut le faire. Il faut s’assurer que la Caisse de dépôt, dans les contrats qu’elle accorde, s’assure que ça se fasse au Québec et qu’il n’y ait pas de détournement de sols contaminés quand on a la technologie chez nous. Quand tu es une société d’État, tu dois encourager tes entreprises locales », laisse entendre Sylvain Gaudreault.

Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a pris position après l’entrevue réalisée avec M. Gaudreault, mentionnant que le gouvernement doit encourager les entreprises vertes québécoises et revoir la méthode d’attribution des contrats et qu’une annonce à ce sujet serait faite bientôt.

Pour M. Caza, des solutions existent déjà et plusieurs entreprises utilisent un système de pointage pour choisir la meilleure option possible. « Il y en a des appels d’offres où les propriétaires ou les gestionnaires vont y aller avec un système de pointage, où il faut que la solution soit viable, et qui exigent que les contaminants soient détruits. Quand c’est le plus bas soumissionnaire, c’est sûr que ça finit à l’enfouissement », conclut Luc Caza.