Étienne Hébert est professeur à l’UQAC, psychologue et conférencier.
Étienne Hébert est professeur à l’UQAC, psychologue et conférencier.

Le stress au temps du coronavirus

Courir les épiceries pour du papier de toilette, acheter des caisses de bouteilles d’eau, remplir ses armoires de pâtes alimentaires et de jus de tomates.

Des milliers de Saguenéens et Jeannois se sont rués dans les commerces et grandes surfaces, jeudi, comme si une pénurie de denrées venait d’être annoncée. Allant même jusqu’à magasiner dans des endroits fréquentés par une masse de personnes, alors que le gouvernement demande d’éviter les lieux trop achalandés.

Une réaction disproportionnée survenue après l’annonce des mesures d’urgence, faite par le premier ministre Legault.

« Les gens réagissent plus fort lorsqu’ils ne comprennent pas les phénomènes qui leur arrivent. Quand une personne est placée devant un « stresseur », une des premières choses qu’elle se demande, c’est si elle est capable de bien y répondre. Plusieurs réagissent par émotion. Par exemple, une personne va chercher du papier de toilette parce qu’elle craint une quarantaine. Le fait d’aller acheter l’article, ça lui donne une fausse impression de contrôle », décrit Étienne Hébert, psychologue, conférencier et professeur à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

Heureusement, cette façon de réagir « par émotion » ne dure pas longtemps chez la plupart des gens. Les personnes se calment rapidement et reviennent à leur sens.

« C’est une réponse basée sur l’émotion qui peut être correcte, car ça permet de calmer la personne. Ce n’est pas très grave. Parce que l’émotion finit par se dissiper. C’est momentané », vulgarise M. Hébert, ajoutant toutefois que c’est le type de réaction qui a le potentiel d’être la plus handicapante.

L’effet d’entraînement a aussi encouragé ce mouvement de panique, jeudi. Des centaines de photos montrant des tablettes vides ont sans doute fait craindre le pire aux gens, alors qu’aucune pénurie de denrées n’a été rapportée.

Bien informer la population

La clé pour calmer la population, selon le psychologue, est de bien communiquer des informations objectives et donner des directives claires. Plus les gens sont informés, plus ils réagissent de manière normale.

« On ne peut pas être trop informé. C’est là-dessus qu’il faut se concentrer. Lorsque les gens connaissent la bonne demande, la bonne directive, ça permet de reprendre une forme de contrôle et ainsi réduire le stress. Ça permet aux gens de se sentir moins menacés. C’est donc important de diffuser largement les informations objectives et être le plus transparent possible », indique le professeur.

Le premier ministre a d’ailleurs promis de s’adresser à la population tous les jours. Un pas dans la bonne direction, selon le psychologue, qui préfère toutefois ne pas commenter le message transmis aux citoyens.

Mais même si le gouvernement détaille clairement ses demandes à la population, l’effet de nouveauté vient un peu brouiller les cartes. En effet, une telle situation n’a jamais été vécue au Québec.

« L’aspect nouveauté est très insécurisant et joue un rôle important dans toutes ces réactions. Des gens se sentent menacés, c’est normal », nuance M. Hébert.

Le nouveau coronavirus fait l’objet de plusieurs blagues. Ce qui n’étonne pas le psychologue, car l’humour est une arme contre le stress. Au même titre que l’optimisme et l’entourage.

« L’humour est en effet un facteur de protection du stress, c’est pour ça qu’on voit beaucoup de blagues sur le sujet. L’optimisme aussi aide. Par exemple, on entend les gens dire « qu’en s’isolant, on prend les bonnes décisions, c’est pour aplanir la courbe. Des discours plus encourageants, en fait, qui aident à passer à travers cette situation. »