Suzie Tremblay

Le souvenir d’une enseignante passionnée

Suzie Tremblay, l’enseignante décédée tragiquement après s’être effondrée en classe en raison d’un anévrisme, mercredi, laisse surtout le souvenir d’une femme passionnée à ses élèves et au personnel de l’École secondaire Camille-Lavoie, à Alma au Lac-Saint-Jean. L’établissement de quelque 730 jeunes reste cependant douloureusement marqué.

La triste nouvelle a été confirmée jeudi, alors que la quadragénaire, mère d’une fillette de neuf ans, était jusque-là plongée dans un coma artificiel à l’hôpital. Vendredi, le nom de celle qui enseignait les sciences principalement aux étudiants de quatrième et cinquième secondaire résonnait toujours dans bien des conversations. 

« C’était pire hier, tout le monde pleurait, les profs aussi », confie un jeune homme de quatrième secondaire à la sortie des classes, l’air affecté.

Marguerite (nom fictif) était assise à l’avant durant le dernier cours de chimie donné par Suzie Tremblay, mercredi en fin d’avant-midi. Elle a vu l’enseignante tomber sur le côté, juste en face d’elle. 

« Je l’ai mise en position latérale de sécurité, comme on l’a appris l’an passé dans le cours de premiers soins. Je lui demandais “Mme Suzie, qu’est-ce qui se passe, qu’est-ce qui se passe ? ” J’ai vu qu’elle saignait et qu’elle avait les lèvres bleues. Puis, les agents de sécurité sont arrivés et ils nous ont dit de partir », raconte l’adolescente, le visage encore rougi par les larmes.

 Elle a pu discuter du drame avec une intervenante à l’école.

Même si elle se dit « traumatisée » par les événements, Marguerite préfère en parler, pour laisser partir ces troublantes images. « Ça fait du bien. J’aime mieux venir à l’école, car c’est pire quand je suis toute seule. Je ne fais que penser à ça. Je ne dors plus et j’ai fait une crise de panique hier soir. »

Souvenirs heureux

Lorsque rencontrée par Le Progrès, la jeune fille était accompagnée par deux amies. Le trio se rappelait l’enseignante de bon coeur. Elle travaillait à l’école almatoise depuis un mois et demi seulement, après plusieurs années à l’école Curé-Hébert à Hébertville, dans la même commission scolaire.

« Ça ne faisait pas longtemps qu’elle était ici, mais on a eu le temps de connaître sa personnalité, assure une élève de Suzie Tremblay. Elle ne sera pas oubliée. »

Les jeunes ont préparé une grande carte dans laquelle ils ont écrit des mots en l’honneur de leur enseignante. Elle devrait être remise aux membres de la famille lors des funérailles.

« S’il y a un mot à retenir de Mme Suzie, c’est qu’elle était passionnée. Elle disait “La chimie, c’est mon dada ! ” Elle était toujours positive et souriante. Son énergie était contagieuse. Elle bougeait beaucoup et dansait presque au tableau. Une fois, quelqu’un lui a posé une question pendant un examen et elle s’est mise à chanter le tableau périodique des éléments », se remémorent Marguerite et ses amies.

Le mot « amour » revient souvent dans les propos des adolescentes. « Mme Suzie nous aimait beaucoup. Elle était contente de nos notes et elle disait qu’on lui avait redonné le goût d’enseigner. Elle avait plein de projets, elle voulait nous emmener à Saguenay pour une sortie scolaire. On aurait vraiment eu une belle année avec elle, s’attristent les trois étudiantes en chimie. Elle était tellement aimée aussi. Elle nous parlait beaucoup de sa vie. »

Aux dires de ses élèves, Suzie Tremblay était dédiée à son travail et ne comptait pas ses heures.

« On nous a expliqué que sa mort est aussi une leçon de vie. Elle était tellement positive, elle ne voudrait pas nous voir nous apitoyer si elle était là. Il faut vivre la vie pleinement pour ne pas passer à côté », philosophent les trois amies.

L'école secondaire Camille-Lavoie

Des cours de réanimation déjà offerts

La mort de Suzie Tremblay a pris tout le monde par surprise. À l’École secondaire Camille-Lavoie où elle travaillait, jeunes et adultes tentent de vivre leur peine ensemble pour mieux traverser cette épreuve.

À cette école de la Commission scolaire du Lac-Saint-Jean (CSLSJ), des cours de réanimation cardiorespiratoire (RCR) sont offerts aux étudiants de quatrième secondaire durant les périodes d’éducation physique. Parmi les adolescents qui assistaient au cours de chimie de Mme Tremblay mercredi, Marguerite (nom fictif) se félicite de l’avoir suivi. Elle a agi rapidement quand son enseignante s’est effondrée devant ses yeux, même si elle n’aurait pas pu la sauver.

« Le programme devrait même être amélioré et offert à tous les élèves, peu importe leur âge. Si c’était arrivé dans un cours de secondaire II, personne n’aurait su quoi faire », remarque l’adolescente encore ébranlée, dans la journée de vendredi.

Son amie était dans la pièce voisine lorsque le drame s’est produit. « On a entendu un gros “toc” quand elle s’est cogné la tête. Tout le monde paniquait, relate la jeune femme. Il y a des téléphones dans les classes, mais on ne peut pas passer d’appels à l’extérieur de l’école. Les cellulaires sont aussi bannis. Il y avait une fille qui avait le sien, mais elle n’a pas pu l’utiliser de toute façon. Elle a eu le réflexe de partir à la course chercher un responsable. »

Quand l’alarme signalant la fin du cours a retenti, les étudiants des autres groupes sont restés en classe encore une dizaine de minutes pour laisser les secours faire leur travail. Ils n’ont pas eu de nouvelles au cours de la journée et pensaient que l’enseignante allait se remettre de son malaise. Ce n’est que le lendemain, jeudi, qu’ils ont appris par un psychologue le décès de Suzie Tremblay.

« J’étais en chimie la période juste avant et elle était comme d’habitude, énergique et souriante, affirme une autre élève. On a eu une remplaçante aujourd’hui et elle a rendu un petit hommage à Mme Suzie. Tout le monde pleurait. »

Vendredi, la direction de l’école n’a pas voulu s’adresser directement aux médias. Un message a été envoyé aux parents jeudi, où elle offre ses condoléances aux proches de Mme Tremblay et assure que tout le soutien nécessaire sera apporté aux élèves et au personnel.

« C’est perturbant, l’ambiance est lourde, mais on vit tout ça ensemble, décrit l’amie de Marguerite. Les profs aussi ont de la peine, mais ils parlent avec nous. Tout le monde est compréhensif. Les examens qu’on devait avoir à la fin de la semaine ont été reportés. »

Marguerite apprécie l’appui qu’elle sent autour d’elle. « Même si ce ne sont pas mes amis proches dans la classe, les autres font attention à moi. » Son amie renchérit : « Nous sommes une école unie. Ce n’était jamais arrivé un événement comme ça, mais c’est dans ces temps-là qu’on voit que nous sommes bien entourés. »

Onde de choc sur les réseaux sociaux

L’annonce du décès de l’enseignante Suzie Tremblay a causé une onde de choc sur les réseaux sociaux. L’article paru vendredi matin dans Le Quotidien a été partagé près de 800 fois sur Internet. Plusieurs anciens élèves avouent être «sous le choc» et les messages de sympathie abondent. Les plus touchants s’adressent à la fillette de neuf ans qui a perdu sa mère. 


Mes condoléances ma belle petite [...] d’amour et à toute ta famille. Reste forte dans cette épreuve difficile, ta maman est avec toi en pensée ! Elle est partie entourée de l’amour de tous et surtout de toi sa petite princesse.
Anne-Frédérique Côté

Une p’tite boule d’énergie qui avait 1001 façons de faire comprendre la matière à ses élèves. Repose en paix.
Jean-François Duchesne

Une prof en or qui a fait la différence pour plusieurs...
Franceska Vézina

J’ai beaucoup de difficulté à croire que ce soit arrivé à une femme tellement pleine de vie et dynamique. Merci pour ce que vous nous avez appris et de nous avoir transmis votre passion avec tout votre coeur ! Vous allez nous manquer énormément.
Alexina Gagné