Magda Vandendorpe présente son livre Vivre un deuil périnatal. Celle qui a perdu son petit Alexandre à l'âge de trois mois aura mis 35 ans avant de faire son deuil. Elle est ici accompagnée de Marianick Jean, directrice adjointe du Complexe funéraire Carl Savard, qui oeuvre beaucoup auprès de parents touchés par le deuil périnatal.

Le silence universel du deuil périnatal

Magda Vandendorpe a perdu son petit Alexandre lorsqu'il n'avait que trois mois. Ce n'est que 35 ans plus tard que la dame originaire de la Belgique, mais établie au Québec depuis belle lurette, a été en mesure de briser le silence et de faire enfin son deuil. Aujourd'hui, elle lance le livre Vivre un deuil périnatal, espérant ainsi venir en aide à bien des parents touchés par cette triste réalité.
Le deuil périnatal concerne tous les parents de bébés décédés avant un an, mais aussi les mamans ayant eu à surmonter une fausse couche ou une interruption de grossesse. « On parle du moment où une petite graine grandit dans notre ventre jusqu'à ce que le bébé ait un an. Le deuil périnatal peut parfois sembler abstrait, surtout lorsqu'on parle de fausse couche, mais il est aussi important et aussi grand pour les parents », a affirmé Magda Vandendorpe, qui vivait en Afrique lorsque son petit Alexandre est décédé. À cette époque, souffrant d'une forte fièvre, le poupon a commencé à être malade soudainement. Vivant en région très éloignée (le mari de la dame travaillait en Afrique à ce moment), l'enfant n'a pu être transporté en avion que trois jours après l'appel de détresse de la maman. Lorsque la dame est enfin arrivée à l'hôpital avec Alexandre, il était trop tard. Le petit est décédé et les parents n'ont jamais vraiment su de quoi il avait souffert.
« Je me suis alors emmurée dans un silence qui aura duré 35 ans. J'ai caché ça en moi. Lorsqu'on vit une telle épreuve, nous passons par toutes sortes d'émotions. Un grand sentiment d'échec et de honte s'est emparé de moi. J'ai eu tellement peur de décevoir mon entourage. Lorsque je suis rentrée en Belgique, il y avait un grand vide en moi, puisque je n'avais pas mon bébé à présenter à mes proches. Il y a aussi eu de l'anxiété de ne plus être capable d'avoir d'enfants », raconte Mme Vandendorpe, qui demeure au Québec depuis 42 ans maintenant.
« Habituellement, les femmes ont besoin de parler de leurs émotions dans de telles épreuves. Pas moi. J'ai été élevée en me faisant dire qu'il ne fallait pas pleurer. Heureusement, alors que ce genre d'épreuves peuvent éloigner les couples, de notre côté, ça nous a soudés, mon mari et moi », confie la dame, qui parle aujourd'hui ouvertement de son vécu. Elle est d'ailleurs au Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean depuis vendredi (elle est présente également aujourd'hui samedi) pour présenter son livre.
La dame aura mis au monde cinq enfants par la suite. Mais c'est la naissance de ses petits-fils qui l'aura poussée à parler de ce qu'elle avait vécu, 35 ans plus tôt.
« Je me suis dit, Magda, c'est assez. Il faut en parler, il faut faire son deuil. J'ai été en thérapie et je me suis mise à écrire ce livre, pour moi. Je ne pensais pas le publier. Mais, aujourd'hui, j'espère que mon discours et mes écrits aideront d'autres femmes à vivre cette épreuve qui arrive plus souvent qu'on le pense », note-t-elle, faisant surtout référence aux fausses couches qui touchent de nombreuses femmes et qui restent encore un peu taboues.
« Disons que c'est un peu banalisé par le corps médical parce qu'il y en a énormément. De plus, l'entourage ne sait pas toujours comment réagir, car c'est un peu abstrait pour les proches. La maman ressent un vide affreux, mais pour les autres, c'est souvent difficile à comprendre », note l'auteure.
Ce que Magda Vandendorpe espère, c'est que la société se soucie davantage de ces femmes qui ont perdu un bébé avant sa naissance. « On a oublié de donner une valeur à la perte. Il faut s'occuper de la peine de ces femmes, mais aussi de celle des hommes », souligne celle qui aborde d'ailleurs la question des pères endeuillés dans son livre. « L'homme vit la douleur et la tristesse différemment, mais il la vit quand même. Instinctivement, on va moins s'occuper du père en se concentrant sur la femme, mais il faut leur donner les moyens d'évacuer cette tristesse », estime Mme Vandendorpe.
L'auteure compare d'ailleurs le deuil périnatal à un silence universel. Et même s'il lui aura fallu 35 ans pour briser ce silence, Magda Vandendorpe compte aujourd'hui continuer d'en parler afin que les femmes et les hommes touchés se sentent moins seuls et qu'ils puissent, à leur tour, faire leur deuil.
Aujourd'hui, le petit Alexandre a retrouvé sa place au sein de la famille de Magda. « Il fait partie de notre quotidien. Il est là, parmi nous », a souligné la charmante dame de 70 ans.