L’artiste de 77 ans a dû prendre une pause, trop affaibli par les cancers de l’oesophage et du côlon qui l’affligeaient. Mais depuis quelques semaines, la santé revient, l’énergie aussi, et Victor Dallaire a pu renouer avec sa passion.

Le sculpteur Victor Dallaire honoré pour son oeuvre

« J’ai travaillé toute ma vie dans ça, j’en ai fait ma carrière. On vieillit et on ne pense pas à ça. J’ai fait le saut quand on m’approché, mais c’est mieux d’avoir cet honneur quand on est vivant ! »

Le sculpteur Victor Dallaire recevra la Médaille du lieutenant-gouverneur pour mérite exceptionnel, lundi, à l’hôtel de ville de Chicoutimi, en compagnie des membres de sa famille. Un beau moment pour celui qui s’est tenu loin des couteaux pendant quatre ans, plus occupé à retrouver la santé qu’à travailler le bois.

En effet, l’artiste de 77 ans a dû prendre une pause, trop affaibli par les cancers de l’oesophage et du côlon qui l’affligeaient. Mais depuis quelques semaines, la santé revient, l’énergie aussi, et M. Dallaire a pu renouer avec sa passion. Quelques minutes à la fois, à son rythme.

« Je n’ai jamais été vraiment malade pour en mourir, mais j’étais plus faible. Mes mains étaient plus faibles, mais ça recommence un peu. »

Victor Dallaire et son épouse, Madeleine Coulombe, ont accepté de recevoir Le Progrès dans leur maison de La Baie, vendredi après-midi. Un beau moment où l’un complétait la phrase de l’autre. Mais c’est une fois dans son atelier, situé à l’arrière de la résidence, que l’artiste était vraiment dans son élément. Couteau à la main, oeil vif, il n’a jamais quitté des yeux la policière qu’il est en train de sculpter.

« C’est la première sculpture que j’entreprends depuis que j’ai recommencé à travailler le bois », dit-il, sans détourner le regard de son oeuvre en devenir. Avant d’être malade, M. Dallaire pouvait passer jusqu’à 10 heures par jour dans son atelier.

« J’en fais de temps en temps. Je recommence un peu. C’est une passion, c’est toute une vie. J’ai trouvé ça difficile d’arrêter du jour au lendemain. Ça rentre dans l’ordre tranquillement. »

Le moral de l’artiste revient peu à peu même s’il ne peut pas entreprendre de grandes choses.

« Ça prendrait une deuxième vie pour tout faire. Pour savoir ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire. »

Victor Dallaire retrouve très vite sa modestie quand on revient sur l’hommage qui lui sera rendu lundi.

« Je le prends, mais c’était mon travail et je voulais gagner ma vie avec ça. J’aime sculpter, j’aime dessiner. Il faut prendre tous les moyens du bord pour rester dans ce qu’on aime. Ça prend une bonne tête de cochon. Mais ça me fait un velours, c’est certain. Je n’aurais jamais pensé à ça. »

« C’est plaisant, mais il reste humble, ajoute sa conjointe des 52 dernières années. Les gens vont se souvenir de lui. Mais il n’a pas sculpté pour ça. »

Mme Coulombe n’a jamais vraiment sculpté, elle a « gossé un peu, mais pas plus ! ».

« Ça me prenait une gérante, sinon ça n’aurait pas marché », a ajouté M. Dallaire en riant, lui qui s’est déplacé dans des expositions en Europe pendant plus de 20 ans.

Le désir de sculpter est né très tôt chez l’artiste. C’est en regardant son père et son grand-père qu’il a eu la piqûre, et le dimanche, il prenait un couteau et il s’amusait.

Le frère Isidore Bergeron, des frères Sainte-Croix de La Baie, a découvert son talent et c’est lui qui l’a aidé à percer dans son art.

« J’ai toujours fait ça ! J’ai gagné ma vie comme ça », raconte celui qui a ensuite partagé sa passion avec ses élèves de l’école des arts plastiques de Jonquière. Il sera d’ailleurs avec des élèves, dimanche, au Salon des métiers d’art, à l’hôtel Le Montagnais, où il offrira une démonstration aux visiteurs.

Même si sa passion s’est transmise d’une génération à l’autre, ce ne sera pas le cas avec ses trois enfants, Manon, Marc et Patrice. Sa fille dessine, ses garçons sont « de bons bricoleurs », mais la sculpture n’a jamais fait partie de leur passe-temps.

Quand on lui demande de parler de ses oeuvres marquantes, M. Dallaire a de la difficulté à choisir. Il nomme tout de même le parloir qu’il a sculpté pour Benoît Allard, la statue du patineur Marc Gagnon située à l’entrée du Centre Georges-Vézina et la crèche de 35 pieds, « la plus grosse crèche du monde », celle qu’il a grimpée dans un arbre de Rivière-Éternité en 2002.

« J’ai toujours eu beaucoup de liberté. C’étaient des créations sans modèle, à moins que ce soit un portrait », précise-t-il, tout en racontant qu’il se fabriquait des couteaux avec des clous qu’il plaçait sur les rails des chemins de fer, en face de la maison.

« J’ai toujours eu une lame ou un couteau dans les mains. J’aime sculpter et dessiner », répète celui qui a fait les croquis de toutes ses sculptures, dont la grande majorité a été remise à la Société historique du Saguenay.

En saluant la journaliste et le photographe du Progrès, avant qu’ils ne quittent l’atelier, M. Dallaire a levé les yeux, visiblement satisfait d’avoir retrouvé sa passion.

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L'INITIATIVE DE FRANÇOIS TREMBLAY

C’est le député caquiste de Dubuc, François Tremblay, qui a eu l’idée de porter le dossier du sculpteur Victor Dallaire à l’Assemblée nationale. 

Le fait qu’il ait pris la décision de faire sa carrière chez lui, à La Baie, tout en ayant une renommée internationale, justifie sa décision. 

«M. Dallaire n’a jamais eu d’hommage. J’ai monté le dossier pour la Médaille du lieutenant-gouverneur pour mérite exceptionnel», a expliqué M. Tremblay, ajoutant que le dernier à avoir reçu cet honneur dans la région est le chercheur Michel Perron, notamment connu pour ses efforts pour lutter contre le décrochage scolaire.

Le député annonce avoir aussi déposé le dossier de M. Dallaire pour en faire un Chevalier de l’ordre national du Québec. 

«C’est la plus haute distinction qu’il pourrait recevoir. Nous allons le savoir en mai.»