Jean-Sébastien Bilodeau, médecin coordonnateur régional des dons d’organes et de tissus, a prononcé une conférence sur le sujet, jeudi.

Le Saguenay–Lac-Saint-Jean fait figure de modèle mondial en don d’organe

La région du Saguenay–Lac-Saint-Jean se classe parmi les meilleures au monde pour le taux de don d’organes par million d’habitants. Et ses particularités médicales font en sorte que les statistiques devraient augmenter au cours des cinq prochaines années.

Le médecin intensiviste Jean-Sébastien Bilodeau, coordonnateur régional des dons, présentait une conférence, jeudi, dans le cadre de la Semaine nationale du don d’organes et de tissus. Il y a fait l’état de la situation dans la région, en plus de survoler les clientèles admissibles.

Depuis deux ans, le Saguenay–Lac-Saint-Jean dénombre douze donneurs, ce qui est au-delà de la moyenne mondiale de 43 donneurs par million d’habitants.

Le déploiement de l’aide médicale à mourir a eu un effet à la hausse sur le nombre de donneurs, tout comme la nomination d’un médecin responsable de la gestion de cette activité médicale qui permet de sauver des vies.

L’aide médicale à mourir change la donne

Selon le Dr Bilodeau, l’an dernier, trois des douze donneurs étaient des personnes qui ont eu recours à l’aide médicale à mourir et qui ont accepté le don. Cette année, après seulement trois mois, six personnes ont effectué des dons d’organes, dont deux après avoir reçu l’aide médicale à mourir.

« [En matière d’aide médicale à mourir], nous sommes dans une situation idéale puisque nous pouvons avoir le consentement de la personne. Généralement, les personnes ne sont pas en mesure de donner un consentement, et il y a encore des réticences au sein des familles, même si le donneur a rempli tous les papiers », explique le médecin.

Chaque fois qu’une personne obtient une réponse favorable à une demande d’aide médicale à mourir, l’équipe médicale procède à une évaluation du dossier afin de déterminer si elle est en mesure de donner des organes, ce qui exclut automatiquement les personnes atteintes de cancer.

« Quand la personne est acceptée, la question du don d’organes est abordée. Il y a des rencontres et des discussions. Il est aussi possible de parler avec la famille. Le seul inconvénient est que la procédure de l’aide médicale à mourir doit être réalisée à l’hôpital pour diminuer au maximum le délai entre le décès et le prélèvement », ajoute l’intensiviste.

Les réactions des personnes qui sont en fin de vie sont en général surprenantes, selon Jean-Sébastien Bilodeau. Certains voient le don d’organes comme une sorte de mission qui leur permet de prolonger la vie. Le médecin va même jusqu’à dire que le don d’organes dans un contexte d’aide médicale à mourir peut, d’une certaine façon, faciliter la tâche des professionnels de la santé.

Dans un tel cadre, tous les organes sont récupérables, à l’exception du coeur. Le médecin coordonnateur indique que les protocoles devraient permettre de le récupérer à court terme.

Le prélèvement des poumons est le plus délicat, puisqu’il nécessite l’intervention d’un anesthésiste pour faire le branchement sur un respirateur mécanique.

Maladies neurodégénératives

La prévalence dans la région de certaines maladies neurodégénératives musculaires compte aussi dans l’équation. Les personnes atteintes de ces maladies incurables en arrivent à demander l’aide médicale à mourir, alors qu’elles sont, en général, dans la cinquantaine.

Le médecin croit que la prévalence de ces maladies pourrait faire passer le nombre de donneurs à une quinzaine par année. Il s’agit de gains significatifs, puisque chaque donneur a la possibilité de venir en aide à cinq personnes, et même jusqu’à sept dans certains cas.

En théorie, les douze donneurs de 2018 ont permis de venir en aide à 60 personnes. Quinze personnes ont été amenées au bloc opératoire pour le prélèvement d’organes, mais dans trois de ces cas, les chirurgiens ont établi que les organes n’étaient plus en état pour des transplantations.

Au cours des deux dernières années, au moins 40 personnes ont confirmé leur intention de faire un don d’organes.

Le coordonnateur régional a souligné l’importance de signer les différents documents autorisant le don d’organes, et surtout d’en parler en famille.

Enfin, il ne croit pas que la stratégie privilégiée par la Nouvelle-Écosse, qui fait de chaque personne un donneur sur le plan légal, constitue l’approche à privilégier.